samedi 13 octobre 2018

Trois fois la fin du monde - Sophie Divry

Trois fois la fin du monde, comme les trois parties de ce roman étrange, atypique et plein de charme. Joseph Kamal en est le héros, un candide embarqué par son frère dans un braquage qui tourne mal. Emprisonné, Joseph découvre les horreurs de l’univers carcéral jusqu’au jour où une catastrophe nucléaire lui ouvre les portes de la liberté. Errant seul dans un monde déserté par ses congénères, il trouve refuge dans une ferme au fond des bois dont il va faire son domaine, avec un chat et un mouton pour seuls compagnons.

La première partie, « Le prisonnier », est étouffante. La seconde, « La catastrophe », le libère de ses chaînes. Et la troisième, de loin la plus longue, déplie son quotidien d’ermite, les avantages et les inconvénients d’une existence solitaire où la quête de nourriture et l’entretien du logis deviennent les uniques et indispensables (pré)occupations. 

Rien de révolutionnaire sur le fond dans cette fiction survivaliste lorgnant du coté de Robinson Crusoé mais sur la forme, Sophie Divry étonne. J’avais gardé d’elle le souvenir d’une écriture enlevée, drôle, débridée, et d’une narration un poil foutraque. Je la retrouve ici avec une intrigue extrêmement construite d’un surprenant classicisme et un style beaucoup plus académique malgré le mélange des points de vue (première et troisième personne) et l’utilisation de divers registres de langue.

La solitude est pour Joseph une renaissance, une occasion de remettre les compteurs à zéro, de se reconstruire. Et même si le désir de « l’autre » est présent, le dégoût de la nature humaine pousse notre Robinson à se persuader qu’il vaut définitivement mieux vivre seul que mal accompagné. Au final, c’est un vrai plaisir de partager ses questionnements sur son isolement et de traverser avec lui les épreuves et les saisons.

Trois fois la fin du monde de Sophie Divry. Notabilia, 2018. 235 pages. 16,00 euros.






mercredi 10 octobre 2018

Sacha et Tomcrouz T2 : La cour du roi - Anaïs Halard et Bastien Quignon

Sacha et Tomcrouz, le retour ! Pour ceux qui ne les connaîtraient pas, Sacha est un enfant surdoué et Tomcrouz le chihuaha qu’il a reçu pour ses dix ans et qu’il a baptisé en hommage à l’idole de sa maman. Le problème avec Tomcrouz c’est qu’à chaque fois qu’il éternue sur un objet ancien son maître et lui sont transportés à l’époque de cet objet. Dans leur première aventure une fiole les avait emmenés chez les vikings, ici c’est une cuillère de Louis XIV qui va leur faire découvrir le quotidien de la cour du roi soleil.

Une série jeunesse sympa comme tout, qui allie humour, aventure et informations historico-scientifiques absolument véridiques. C’est ainsi que dans ce tome on découvre le rituel du dîner du roi, la médecine, l’hygiène, les conditions de vie du peuple et quelques anecdotes surprenantes, comme le fait que les gens dormaient assis pour éviter que le diable ne rentre dans leur corps. Il y a même une expérience réalisée par Sacha pour se sortir d’une situation difficile que l’on peut reproduire à la maison. Tous les éléments  « instructifs » n’arrivent pas comme des cheveux sur la soupe, ils prennent place naturellement dans le récit sans l’alourdir.

J’ai trouvé ce second tome plus rythmé, plus palpitant, mieux construit. Le dessin de Bastien Quignon, tout en souplesse et en vivacité, illustre parfaitement l’enchaînement des événements et ses superbes illustrations pleine-page offrent des respirations bienvenues au cœur d’une intrigue sans temps mort.

J’aime quand la suite d’une série me semble meilleure que ses débuts, j’y vois une progression des auteurs et une plus grande maîtrise de leurs personnages et de leur univers.

Un voyage dans le temps trépidant et instructif qui ravira à coups sûrs les petits lecteurs férus d’aventure et d’histoire.

Sacha et Tomcrouz T2 : La cour du roi d'Anaïs Halard et Bastien Quignon. Soleil, 2018. 88 pages. 16,95 euros. A partir de 8-9 ans.

Mon avis sur le tome 1





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mardi 9 octobre 2018

Papa est en bas - Sophie Adriansen

Le papa d’Olivia est arrivé en bas. Au rez-de-chaussée. Avant, sa chambre était à l’étage. Avant, il jouait au foot, il courait, il adorait les balades en forêt, il n’avait pas besoin de tenir la rampe de l’escalier pour monter les marches. Olivia a constaté cette évolution sans trop se poser de questions, au début du moins. Et puis l’évidence lui a sauté aux yeux : son papa avait un problème. Du coup elle a demandé des explications à sa mère, qui lui a tout avoué. Une maladie orpheline, dégénérative, inarrêtable. Et un quotidien chamboulé où la famille tente de tenir le cap dans la tempête. Sans nier la réalité, sans faire semblant de croire que tout va s’arranger, mais en essayant de prendre les choses comme elles viennent, sans se plaindre malgré les difficultés et l’inéluctable conclusion qui s’annonce…

Tellement difficile de parler de la maladie dans un roman jeunesse. Surtout d’une maladie incurable dont on connaît d’avance l’issue. Le risque est grand de sortir les mouchoirs, de verser des torrents de larmes, de crier à l’injustice. Sophie Adriansen n’a pas choisi ce chemin et c’est tant mieux. Son Olivia est une battante d’une étonnante maturité. Une jeube fille qui ne se voile pas la face mais parvient à faire face, avec pudeur et sans colère. Difficile de trouver le point d’équilibre, de montrer sa fragilité sans misérabilisme ni chercher à la rendre trop forte par rapport à la situation, au risque de la faire passer pour insensible.

Le trio familial est touchant de solidité dans l’adversité, la résignation se fondant dans une forme de sérénité apaisante. Un très beau texte, plein de vie, qui aborde à la fois la question de la maladie et du deuil avec une justesse et une sensibilité bouleversantes.

Papa est en bas de Sophie Adriansen. Nathan, 2018. 120 pages. 5,95 euros. A partir de 10 ans.





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mercredi 3 octobre 2018

Un automne à Beyrouth - Lisa Mandel

Invitée par une ONG au Liban pour faire un reportage dans un camp de réfugiés syriens à l’automne 2017, Lisa Mandel va y rester trois mois et tenir sur son blog le carnet de bord de son périple. Histoire, géopolitique, condition féminine, place de la communauté gay, classe dirigeante exploitant ses domestiques comme des esclaves, les sujets montrent à quel point le Liban est un pays aussi fascinant que compliqué.

L’air de rien je commence à être calé niveau carnet de voyage en BD. De Florent Chavouet à Julie Blanchin Fujita en passant par Emmanuel Lepage, Maïté Verjux, Benjamin Flao, Troubs ou Simon Hureau, j’en ai parcouru des kilomètres autour du monde. Si je devais classer celui-ci, je ne le mettrais malheureusement pas en haut de la pile, loin s’en faut. A vrai dire rien ne m’a plus dans cet album regroupant des pages prépubliées sur le site du Monde.

Trop autocentré, survolant les sujets, anecdotique, trop bavard… le propos n’a rien de passionnant. Quelques traits d’humour et d’autodérision font sourire mais je dois dire que deux jours après ma lecture il ne m’en reste pas grand-chose. J’aime beaucoup ce que fait Lisa Mandel pourtant, son travail de coéditrice de la collection Sociorama par exemple est remarquable (je vous conseille d’ailleurs chaudement sa Fabrique pornographique) mais là, rien à faire, je n’ai pas accroché du début à la fin.

Il faut dire que graphiquement, le dépaysement n’est pas au rendez-vous. Le dessin tient plus du crayonné brouillon torché à l'arrache que du croquis léché et l’absence de décor pose quand même un vrai problème dans un carnet de voyage ! La forme en elle-même, idéale pour une publication sur un blog, perd de son attrait et de sa force dans un ouvrage papier. Le manque de liant saute aux yeux, on passe trop souvent du coq à l’âne, sans compter les virages hors sujet. Que vient par exemple faire un chapitre entier sur le salon du livre de Francfort dans un récit consacré au Liban ? Surtout quand ce chapitre se résume à une quête de téléphone portable oublié au restaurant.

Bref, cet automne à Beyrouth ne me laissera pas un souvenir impérissable, voire pas de souvenir du tout, ce qui est encore pire. Je constate une fois de plus que le passage de billets de blog dessinés au format papier est rarement une bonne idée et que le résultat est encore plus rarement convaincant. Dommage.

Un automne à Beyrouth de Lisa Mandel. Delcourt, 2018. 112 pages. 14,50 euros.




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mardi 2 octobre 2018

Ce soir je le fais / Ce soir je le quitte - Cathy Ytak

C’est une soirée entre ados comme tant d’autres. L’alcool, la musique, les hormones en surchauffe. Simon se prépare à y aller avec enthousiasme, persuadé qu’il va y connaître sa première fois avec la jolie Méline. Sa meilleure amie Emma, l’hôte du jour, pense elle aussi qu’il va atteindre son but. D’ailleurs elle a changé les draps dans la chambre où les tourtereaux sont sensés passer la nuit. Pour Emma, la fête a également son importance. Ce soir elle est décidée à quitter Loïc. Entre eux il n’y a que le sexe qui compte. Et sans les sentiments, la jeune fille sait que cette relation ne la mènera nulle part. Il lui faut juste trouver le bon moment. Et espérer que Loïc va bien prendre la chose.

Je suis toujours bluffé par la facilité avec laquelle Cathy Ytak parvient à se mettre dans la peau des ados. Et dans leur tête, surtout. Elle dit l’intime avec une justesse et une pudeur qui forcent l’admiration. Sans langue de bois, elle pousse Simon et Emma dans leurs retranchements, soulève des interrogations existentielles typiques de cet âge où l’on tâtonne, où l’on se cherche, où l’on expérimente, entre petites défaites et grandes victoires, l’incertitude chevillée au corps. Ainsi Emma, consciente que Loïc est son premier mec, se demande si c’est le bon : « Qui c’est qui va me dire : arrête-toi là, t’auras pas mieux ? Et si c’était mieux ailleurs ? Qu’est-ce que j’en sais ? Rien. »

Le récit fonctionne en miroir dans une sorte de recto-verso où Simon et Emma prennent tour à tour la parole pour raconter leur soirée. Certains événements sont vécus en commun et même si les points de vue diffèrent, la chute les réunit et boucle magistralement la boucle. Un superbe texte, qui prouve s’il en était encore besoin que les élans du corps ne sont pas forcément ceux du cœur.

Ce soir je le fais / Ce soir je le quitte de Cathy Ytak. Rouergue, 2018. 65 pages. 8,50 euros. A partir de 14 ans.



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mercredi 26 septembre 2018

Noise T1 - Tetsuya Tsutsui

La campagne japonaise se vide peu à peu. L’exode rural ne laisse que des villages fantômes hantés par des vieillards attendant sagement la grande faucheuse. A Shishikari, l’espoir de renouveau est pourtant palpable depuis l’installation de Keita Izumi. Ce trentenaire a connu un vif succès en relançant la production d’une figue noire au goût délicieux. Le développement de son verger a permis à l’économie locale de repartir sur les chapeaux de roue, à tel point que la recherche de main d’œuvre est permanente. Mais le jour où un inconnu au comportement étrange propose ses services, tout dérape. Apprenant que l’homme est un assassin fraîchement sorti de prison, Keita refuse de l’engager. Lorsqu’il le voit de nouveau rôder près de son exploitation le lendemain et qu’il le surprend en train d’observer son ex-femme et sa fille, la peur et la colère le poussent à réagir de façon inconsidérée… 

Un manga à lire comme le premier épisode d’une série télé où se posent les bases d’une intrigue addictive. Rien de glauque, de morbide ni de sanguinolent, tout se passe ici dans les têtes (pour l’instant du moins). Je ne suis pas un grand lecteur de thriller (loin s’en faut !) mais il me semble que la trame de celui-ci ne brille pas par son originalité. Pour autant, la qualité est au rendez-vous de ce récit où des hommes sans histoire sont poussés dans leurs retranchements par la peur et l’angoisse. Il suffit parfois de l’arrivée d’un élément perturbateur pour faire vaciller la sérénité et l’équilibre d’une paisible communauté.

Au-delà des faits, Tetsuya Tsutsui fouille les recoins les plus sombres de la nature humaine. Il montre que sous des apparences tranquilles personne n’est à l’abri d’un écart de conduite. Dès lors les rôles se confondent ou s’inversent, les victimes ont tôt fait de basculer du côté des coupables. Et derrière les actes, les questions : Jusqu’où peut-on aller pour protéger les siens ? A quel moment s’autorise-t-on le droit de bafouer la loi ? Comment la simple méfiance peut se transformer en légitime défense ?

Aucune réponse dans ce premier tome mais autant d’hameçons lancés avec maestria pour ferrer un lecteur impatient de connaître la suite. Diaboliquement efficace !

Noise T1 de Tetsuya Tsutsui. Ki-oon, 2018. 190 pages. 7,90 euros.




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mardi 25 septembre 2018

À la belle étoile - Éric Sanvoisin

Pierrot est différent. Son handicap mental lui a valu un placement en institut spécialisé mais depuis qu’il a eu 18 ans il est revenu à la maison et ne fait rien de ses journées. Sa petite sœur Yaëlle lui propose un matin de l’accompagner à l’école, pour le sortir un peu et lui faire plaisir, depuis le temps qu’il rêve de voir une « vraie » école ! Seulement, quand les copines de sa sœur se moquent de lui, Pierrot s’enfuit. Dans le square où il s’arrête pour reprendre son souffle, il découvre une dame vivant dans son château en carton. Une dame qui va essayer de l’aider à rentrer chez lui…

Honnêtement j’ai eu peur. Le handicapé, la SDF, les bons sentiments qui risquaient de dégouliner à chaque page et rendre mes doigts collants de sucre et de miel, bonjour l’angoisse ! Heureusement, Éric Sanvoisin n’est pas un perdreau de l’année. Il a suffisamment de bouteille pour éviter les écueils d’une bienveillance caricaturale.

D’abord il choisit une narration tout sauf linéaire en offrant successivement, pour une même scène, les points de vue de Yaëlle, Pierrot et La Dame. Un choix formel intéressant pour  mettre en perspective le fait que chacun ressente différemment un événement vécu en commun. Ensuite, et c’est de loin le plus remarquable, il trouve les mots justes pour exprimer les pensées de Pierrot. Enfin, il a le bon goût de ne pas clore son histoire avec le happy-end attendu, un point aussi rare que positif, surtout en littérature jeunesse.

Un très joli texte, intelligemment mené et d’une touchante humanité.

À la belle étoile d’Éric Sanvoisin. Le muscadier, 2018. 76 pages. 9,50 euros. A partir de 12 ans.




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vendredi 21 septembre 2018

La générosité de la sirène - Denis Johnson

Denis Johnson cultive à merveille l’art de la chute. Pas la chute de ses nouvelles mais plutôt celle de ses personnages. Dans ce recueil sont présentées des histoires d’hommes simples, fragiles, perdus, loin des classiques portraits de mâles aux prises avec leur identité virile. Ainsi ce publicitaire constatant que son existence s’est écoulée trop vite et que le poids des ans commence à se faire sortir. Ou encore ce drogué en cure de désintoxication qui a « une douzaine d’hameçons dans le cœur », ce taulard imbibé de LSD, et ce poète obsédé par Elvis.

Ils sont là, en suspens, comme prêts à se dissoudre. Des âmes seules entourées de souvenirs, de fantômes. Et le lecteur de les accompagner avec une forme de retenue proche de la pudeur. Les découvrir sans les juger, sans chercher à les comprendre. J’ai aimé cette distance entre eux et moi, cette impression de les observer de loin avec attention, de partager des confidences qui ne m’étaient pas forcément destinées.

Décédé en 2017, Denis Johnson était admiré par ses pairs (Jonathan Franzen et Don DeLillo en tête) et considéré par les critiques comme un des auteurs les plus importants de sa génération. Dans ses nouvelles la filiation avec Carver saute aux yeux : même limpidité dans l’écriture, même minimalisme saisissant d’émotion. Mais Johnson y rajoute une touche de poésie, un soupçon de lyrisme, un trait d’humour. Surtout il porte sur le monde un regard désabusé d’une lucidité qui ne pouvait que me toucher en plein cœur.

La générosité de la sirène de Denis Johnson. Bourgois, 2018. 220 pages. 20,00 euros.









mercredi 19 septembre 2018

Kraken - Emiliano Pagani et Bruno Cannucciari

« Un petit village comme le nôtre est régi par des règles antiques qu’un homme de la ville ne peut pas saisir. »

Le village de pêcheurs se meurt. Les naufrages se multiplient, les enfants sont retrouvés noyés, le poisson a disparu, la conserverie tourne au ralenti. Pour les habitants, le Kraken est la source de tous les maux. Une créature fantastique, tapie dans l’ombre de l’océan, prête à frapper. Damien est le simplet du village. Enfant étrange, insaisissable, il est persuadé de pouvoir tuer le Kraken. Il débarque chez un présentateur télé célèbre pour son émission consacrée aux créatures des abysses afin de lui demander son aide. Ce dernier, une fois arrivé sur place, découvre des marins prisonniers de leurs peurs et de leurs coutumes. Il découvre aussi que les morts attribuées au Kraken cachent une vérité encore plus monstrueuse…

Un album poisseux, sombre, glauque, qui n’est pas sans rappeler le dernier roman de Philippe Claudel. Même enfermement d’une communauté sur ses certitudes obscurantistes, même cruauté, même esprit éclairé stigmatisé parce qu’il est « l’étranger », celui qui ne peut pas comprendre. Le message est clair : chez des populations repliées sur elles-mêmes les traditions ne font souvent que cultiver l’ignorance, les racines auxquelles ils s’attachent tiennent les gens cloués à leur terre. A travers la figure mythique du Kraken les auteurs dénoncent à la fois la bêtise des superstitions ancestrales et la destruction des ressources naturelles par l’exploitation de l’homme. Surtout, leur récit repose sur une question centrale : jusqu’où peut-on aller pour conjurer le mauvais sort ? 

Niveau dessin, le trait de l’italien Bruno Cannucciari est hyper expressif, proche du comics, porté par des couleurs vert de gris aussi tristes que les âmes des autochtones.

Une belle surprise, prenante, nerveuse, tendue, sans le moindre rayon de lumière. Clairement pas un album qui redonnera le moral à celles et ceux qui l’ont dans les chaussettes mais en ce qui me concerne ce genre d’ambiance me va comme un gant donc je me suis régalé. Et je ne suis apparemment pas le seul puisque ce Kraken vient de remporter le prix du meilleur album italien de l’année au festival de Rome.

Kraken d’Emiliano Pagani et Bruno Cannucciari. Soleil, 2018. 104 pages. 17,95 euros.




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mercredi 12 septembre 2018

Les Croques T1 : Tuer le temps - Léa Mazé

Céline et Colin sont jumeaux. Au collège, on se moque d’eux à cause de la profession de leurs parents. Il faut dire qu’il n’est pas tous les jours facile d’assumer le fait que ces derniers tiennent une entreprise de pompes funèbres. L’ambiance à la maison n’est déjà pas des plus joyeuses mais quand en plus on se fait traiter dans la cour de récré de croque-mort ou de croque-mitaine la coupe, bien pleine, a vite fait de déborder. Renvoyés de leur établissement après une bagarre, Céline et Colin sont chargés par leur père de nettoyer le cimetière accolé à la boutique familiale. Persuadés de s’ennuyer à mourir, les enfants ne se doutent pas qu’une inscription gravée sur une pierre tombale va les mener dans un sacré pétrin…

Ça aurait pu être une BD d’aventure jeunesse classique, genre chasse au trésor et rebondissements à gogo. Mais Léa Mazé la joue plus fine que cela. Elle prend d’abord le temps de nous présenter ses personnages, de décrire leur quotidien pas folichon. Les difficultés à l’école, les parents débordés qui ne leur accordent aucune attention, la complicité entre jumeaux qui n’exclut pas les conflits. Une fois l’univers posé et les caractères de chacun affirmés, elle peut développer son intrigue en se limitant aux prémices, histoire de faire monter la tension et de maintenir le suspens à son maximum.

Un plaisir de retrouver le trait caractéristique d’une dessinatrice découverte avec l’excellent Nora. Le choix des couleurs, l’ambiance mystérieuse et un poil flippante du cimetière associé à un duo d’enfants auquel le jeune lecteur peut facilement s’identifier sont autant d’ingrédients qui font mouche. Je ne m’étendrai pas sur la fin mais sachez juste que le premier tome de cette trilogie se conclut sur une scène qui ne peut que susciter l’émoi et une dévorante envie de connaître la suite. J’espère sincèrement qu’il ne faudra pas attendre trop longtemps pour savoir comment Céline et Colin vont se sortir du guêpier dans lequel ils se sont fourrés !

Les Croques T1 : Tuer le temps de Léa Mazé. Les éditions de la Gouttière, 2018. 72 pages. 13,70 euros. A partir de 8-9 ans.




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