samedi 1 février 2014

Concerto pour la main morte - Olivier Bleys

Mourava, Sibérie centrale. Un hameau ravitaillé par les corbeaux tous les trente-six du mois. Un trou perdu que voudrait quitter Vladimir Golovkine, surnommé l’éboueur. Seul moyen pour lui de rejoindre la grande ville la plus proche, prendre le bateau qui s’arrête (rarement) près du village. Mais Vladimir n’a pas suffisamment d’argent pour monter à bord. Faute de pouvoir partir, il va voir débarquer dans sa vie Colin, un musicien français arrivant chez lui avec son piano. Colin est venu s’isoler en Sibérie pour guérir l’étrange mal qui le ronge. A chaque fois qu’il se lance dans le concerto n°2 de Rachmaninov, sa main droite se recroqueville comme une pince de crabe et refuse de lui obéir. Pour l’éboueur et les soixante âmes qui peuplent Mouravia, l’arrivée du pianiste raté représente un événement aussi étrange qu’inattendu.

J’ai beaucoup aimé ce roman frais et léger, sorte de fable à la frontière de l’absurde et du surréaliste. La galerie de personnages vaut son pesant d’or. L’improbable duo Vladimir/Colin bien sûr, mais aussi Dimitri l’épicier, Sergueï l’indécrottable alcoolique, Oleg l’ancien spationaute devenu ermite ou encore Sveta la vieille rebouteuse. Et puis il y a la Sibérie. Sa nature sauvage, sa forêt profonde, son froid polaire, sa neige immaculée, sa vodka coulant à flot et ses ours parfois particulièrement agressifs.

Olivier Bleys enchaîne les scènes cocasses, les dialogues enlevés et les descriptions évocatrices. Le ton devient par instants plus grave mais on fini toujours le sourire aux lèvres. Ce Concerto pour la main morte est aussi une belle déclaration d’amour à la musique et à son charme universel. Bref,  ce roman est une réussite qui m’a quelque peu sorti de mes lectures habituelles et j’en suis ravi.

Un grand merci à Un chocolat dans mon roman qui n’a pas hésité à faire voyager ce livre depuis La Réunion afin que je le découvre.


Concerto pour la main morte d’Olivier Bleys. Albin Michel, 2013. 234 pages. 18 euros.






jeudi 30 janvier 2014

La fille surexposée - Valentine Goby

 « La fille est nue. De profil, côté droit. Les seins pèsent. Le bras droit replié masque les tétons. Les doigts tiennent une cigarette à peine allumée dont la fumée gris clair se dissout dans le gris foncé de l’arrière plan. Le ventre bombé répond courbe pour courbe à la cambrure, noir des reins creusés, blanc tranchant de l’abdomen. Le cadre coupe le corps au ras du pubis. Le visage incliné est bordé d’ombre, la peau est mate, c’est la vraie peau de la fille. Bouche charnue, nez épaté, yeux baissés. Visage statuaire, sans regard, qui fixe le sol. »

Une photo. Une carte postale coloniale représentant une femme-objet costumée selon les standards aguicheurs du début du 20ème siècle.  La photo date de 1924. En 2011, Isabelle découvre cette carte postale dans les affaires de son grand-père. Il l’a envoyée à son ami Alexandre en 1954. En 2011 toujours, l’artiste Miloudi Nouiga balafre cette même photo de peinture, dans un geste venu non du bras mais de l’estomac, chaque projection de couleur trempant « dans la bile du dedans. » Un geste provoquant, plein de révolte. On suit le parcours de cette carte à travers ceux qui, à moment ou l’autre, vont l’avoir en main. Miloudi, Isabelle, son grand-père Maurice, soldat français fréquentant dans les années 50 le Bousbir, ce quartier clos de Casablanca entièrement réservé à la prostitution mais aussi celui qui a pris le cliché en 1924 ou encore la prostitué qui a eu Maurice pour client. Une carte postale comme un symbole, tant du colonialisme d’hier et de son érotisme exotique que du changement profond connu par le Maroc depuis son indépendance.

Soyons franc, je n’ai pas été autant secoué par ce texte que par Kinderzimmer, mais en même temps, comment aurait-il pu en être autrement ? J’ai par contre retrouvé avec le même plaisir la « patte » de Valentine Goby. Une écriture sensuelle, précise, ultra descriptive, où le corps occupe une place fondamentale. Après tout je n’y peux rien si la petite musique de cette auteure me parle et me touche autant.

Dans une mini postface, elle explique sa réflexion autour des « multiples mensonges de l’image. » La photo saccagée par le peintre que l’on voit en couverture du livre, elle l’a croisée dans une galerie de Rabat. « Qu’est-ce qu’on voit vraiment ? De quoi, de qui est-ce qu’on parle ? Je dessine, restitue, invente le hors-champ, le hors-temps de l’image, du moment : cela fait des romans. » Position de l’écrivain par rapport à l’artiste dont elle cherche à comprendre la démarche. « Je suis la fille qui se trompe, […] voit dans le tableau un geste de censure où il a y en fait un appel, une terreur de l’oubli. Je suis la fille qui rencontre le peintre, comprend qu’elle s’est trompée d’interprétation, et cherche à rendre compte de son erreur, du véritable geste du peintre, des multiples mensonges de l’image depuis sa construction il y a presque cent ans, et des vérités qu’elle révèle, rappelle, fixe définitivement. »

Au final cela fait un roman. Un excellent roman.

La fille surexposée de Valentine Goby. Alma, 2014. 128 pages. 17 euros.


Une lecture commune que j’ai une fois de plus le plaisir de partager avec Leiloona et Noukette.



Un billet qui signe ma seconde participation au challenge de Valérie



mercredi 29 janvier 2014

La guerre des lulus, 1915 : Hans - Régis Hautière et Hardoc

Rappelez-vous des Lulus. Lucas, Lucien, Ludwig et Luigi. Quatre orphelins picards abandonnés au moment de l’évacuation de leur village à l’automne 1914. Quatre gamins obligés de se débrouiller seuls dans la forêt où ils ont construit une cabane. Rapidement rejoints par un cinquième élément, Luce, les enfants tombent nez à nez avec Hans, un soldat allemand mal en point.

Dans ce second volume, on les retrouve au début de l’année 1915, au moment où ils découvrent que Hans n’est pas forcément un ennemi. Cet homme est un déserteur fuyant l’horreur des combats et son seul objectif est de retrouver sa femme enceinte. Avec ce nouvel allié les Lulus vont affronter dans la bonne humeur le printemps et l’été qui s’annoncent. Mais l’horreur de la guerre n’est jamais bien loin et les enfants vont l’apprendre à leurs dépens.

Quel bonheur de retrouver ces personnages si attachants. Il y a dans cet album une forme de fraternité et d’humanisme qui fait un bien fou. Pour autant point d’angélisme, ce serait mal connaître Régis Hautière. Si la partie se déroulant au printemps allie légèreté et tendresse, la fin de l’été sera tragique. Parce qu’au fond, tout cela n’est pas un jeu et les dernières planches de ce second tome laissent à penser que les Lulus ne sont pas au bout de leur peine.

Graphiquement, j’ai l’impression qu’Hardoc a beaucoup progressé. Les nombreuses scènes se déroulant en forêt sont magnifiques et le travail sur la lumière est somptueux. Et le fan du noir et blanc que je suis dois bien avouer que la mise en couleur est de toute beauté.

Un deuxième volume encore supérieur au premier. La profondeur du propos, la façon dont l’histoire progresse dans une succession de scènes enjouées et d’épisodes douloureux rendent l’ensemble absolument irrésistible. Pas besoin d'en dire davantage, la Guerre des Lulus est une très grande série tout public, rare et précieuse.  

La guerre des lulus, 1915 : Hans de Régis Hautière et Hardoc. Casterman, 2014. 64 pages. 13,50 euros.

Une lecture commune que j’ai le plaisir de partager avec mes chères complices Moka et Noukette, elles aussi grandes fans des Lulus.

L'avis de Sandrine




Ce billet signe par ailleurs ma première participation au challenge « Une année en 14 » de Stephie.








lundi 27 janvier 2014

Une faim de loup : lecture du Petit Chaperon rouge - Anne-Marie Garat

Incroyable cette lecture du Petit Chaperon rouge par Anne-Marie-Garat. Incroyable parce que son explication de texte analyse le conte dans les moindres détails, même les plus inattendus. Déjà, précisons qu’elle ne s’intéresse qu’à la version de Perrault datant de 1697, pas à la guimauve des frères Grimm où le Chaperon s’en sort à la fin sans dommages, ni à toutes les variantes qui ont pullulé au cours des siècles.

Chez Perrault on est face à un texte adulte à l’érotique barbare, pas une bluette pour enfants. Pour autant ce conte est le seul de son recueil à avoir une fin aussi cruelle, aussi définitive. Il possède également une sobriété réaliste qui détonne : pas de magie, de fée, d’ogre ou de sorcière.

Anne-Marie Garat passe en revue toutes les composantes de ce récit court à l’unité de temps et d’espace remarquable. Le rôle de la mère, celui de la galette (important !) mais aussi celui du décor où la tragédie se joue, l’effrayante forêt des contes, celle où se déchaîne le Mal, où s’expriment la cruauté et le chaos de la nature.

Je ne vais pas revenir sur chaque chapitre pour éviter de tomber dans la paraphrase mais sachez que l’auteur passe Le Petit Chaperon rouge au tamis de l’histoire littéraire, de l’étymologie, de la stylistique et bien sûr de la psychanalyse. La question de la pédophilie est un élément central auquel vient se rajouter un soupçon de gérontophilie (le loup abuserait sexuellement de la grand-mère avant de se jeter sur elle et de la dévorer).

Mais en fait, ce que j’ai le plus apprécié, c’est la réflexion autour de la qualité littéraire du texte. Perrault est tout simplement parvenu à lui donner une musicalité exemplaire. « Il chante et chantonne, enchante de sa rythmique empruntée aux comptines et formulettes, les diminutifs variés multipliant le jeu de volubilité, l’alternance des voix et du récitatif répétant en leitmotiv toutes les tournures et les clés du langage. Il est un rite de passage, en son texte réglé comme portée musicale, à la note près, à la virgule près. »

J’ai aimé aussi apprendre comment le bourgeois Perrault, qui ne s’intéressait pas une seconde aux petites gens, à pu recueillir ces « textes de riens, venus d’une humanité sans valeur ». N’ayant pas accès à la source paysanne des contes,  il les recueille par l’intermédiaire de la nourrice de son fils Pierre, qui a lui-même consigné dans un cahier les histoires racontés par cette femme au coin du feu. Alors qui de Pierre ou de son père est le réel auteur ? A l’évidence, c’est la réécriture de Charles qui a magnifié la matière brute du départ : « Il ne s’agit donc pas d’un divertissement subalterne et sénile, ni d’une activité excentrique. Avec un immense esprit de sérieux et un sens aigu de la modernité, Charles Perrault entreprend, à la suite de Pierre, d’écrire l’oral, d’en fixer la variable et insaisissable matière en une forme rigoureuse, qui, tout en gardant son caractère originel, obéit aux exigences et à l’esthétique classique de son temps, et lui donne dignité littéraire, jusque dans son choix de la prose, pour la majorité de ses contes. »

Un ouvrage à la fois érudit et simple d’accès. Voila une explication de texte d’une imparable limpidité qui mérite bien un 20/20.

Une faim de loup : lecture du Petit Chaperon rouge d’Anne-Marie Garat. Babel, 2008. 232 pages. 7,70 euros.

Une lecture commune que j’ai l’immense plaisir de partager avec Marilyne (il y avait longtemps que nous n’avions pas débuté une semaine ensemble, comme tu dis, et ça me manquait !). Et un grand merci à Canel pour le prêt !

samedi 25 janvier 2014

Goodbye Bukowski - Flavio Montelli

Bukowski est mon écrivain préféré celui qui a fait de moi un lecteur, rien de moins. On « fête » en 2014 les 20 ans de sa mort et pas mal d’ouvrages lui seront consacrés. Des rééditions de ses textes, un recueil d’inédits que je suis en train de dévorer, quelques biographies que j’ai déjà lues et donc cette BD réalisée par un jeune dessinateur italien né en 1984.

On y découvre Bukowski à 50 ans, au moment où il tente de percer en littérature. Poète reconnu pour ses lectures publiques mouvementées, père d’une fillette de six ans, il s’abîme chaque jour un peu plus dans l’alcool et la solitude. Sa courte liaison avec Diana met fin à plusieurs années sans femme. Entre deux frasques éthyliques, il parvient à être un papa plein de tendresse. Puis on revient sur sa jeunesse, le père violent qui le fout à la porte à 18 ans, les petits boulots qu’il enchaîne à travers l’Amérique, de chambres minables en chambres minables, ses premières tentatives d’écriture qui se soldent par des refus de tous les éditeurs auxquels il soumet ses textes. Il échappe à la mobilisation en 1945, réformé pour instabilité mentale. Puis ce sont ses années de travail abrutissant à La Poste. Montelli raconte aussi la fameuse anecdote où il se retrouve à l’hôpital pour un terrible ulcère dont il réchappe miraculeusement. Le médecin lui dit que s’il boit un verre de plus, il y laissera sa peau. Buk l’écoute religieusement et en sortant de l’hosto il rentre dans le premier troquet et s’en jette un derrière la cravate. 

L'ouvrage se termine sur deux rencontres qui vont changer sa vie. D’abord un éditeur qui lui demande d’écrire un roman et lui propose de le rémunérer avant même la publication, ce qui lui permet de quitter son boulot. Il rédige alors « Le postier » en 21 jours. Ce sera le véritable début de sa carrière. Ensuite il rencontre Linda, avec laquelle il se mariera en 1985. Une femme extraordinaire qui veillera sur lui et l’accompagnera jusqu’à son dernier souffle.

Un album sympa mais sans plus. C’est assez décousu, on passe d’un événement à l’autre, d’une période à l’autre sans véritable lien. Le portrait est touchant sans tomber dans l’idolâtrie, ce que je craignais le plus. Maintenant je me demande à qui s’adresse cette BD. Les fans connaissant sa vie par cœur (c'est-à-dire moi) n’y apprendront rien de nouveau. Les autres risquent d’être un  peu perdus. Surtout, le plus gros problème selon moi c’est que l’on ressort de cette lecture sans avoir compris à quel point cet écrivain est gigantesque. Je ne sais pas, ça manque de citations, de quelques extraits, d’indices permettant à un néophyte de déceler la nature si particulière et incroyablement moderne de son œuvre. Du coup, « frustration » est le mot que je garderais en refermant ce livre.


Goodbye Bukowski de Flavio Montelli. Casterman, 2014. 156 pages. 15 euros.



jeudi 23 janvier 2014

Feu pour feu de Carole Zalberg

C’est la lettre d’un père à sa fille emprisonnée. Un père qui a quitté son pays d’origine alors qu’elle n’était qu’un bébé, le jour où tous les habitants de leur village ont été massacrés. Ensemble ils ont traversé des déserts et des océans avant d’échouer dans les rues et les parcs de villes sans nom. Ils ont erré, de centre de rétention en foyer de travailleurs, jusqu’à l’obtention du permis de séjour, ce Graal qui, enfin, aurait dû leur permettre de se réinventer une vie, même au cœur d’une cité délabrée. Mais le bébé, devenu une jeune fille hargneuse et révoltée, a commis l’irréparable…

Ce petit texte renforce ma conviction qu’il n’y a rien de tel que les écrits courts pour voir ce qu’un auteur a dans le ventre. Bon, en même temps je déteste les pavés, c’est pas un scoop alors je ne suis sans doute pas objectif mais quand même. Dans l’écriture minuscule l’écrivain se met à nu. Pas possible de se cacher ou de tricher, tout est dit en si peu de mots. C’est risqué, très casse-gueule même. Mais c’est un révélateur indiscutable. Et pour le coup ici, c’est parfait. Rien de trop, pas un poil de gras (petit clin d’œil en passant à Anne qui aime cette expression), on est tout de suite sur l’os. Évidemment je suis fan. Et puis quelle langue ! Le récit du père vous emporte, les interventions de sa fille vous laissent groggy, c’est magnifiquement construit.

Pour cette nouvelle lecture commune, Noukette m’a envoyé un petit message il y a quelques jours alors qu’elle venait de terminer le livre et que de mon coté je ne l’avais pas encore ouvert. En gros elle me disait « Ai fini Zalberg, outch ! ». Je crois que c’est ça, « outch ! ». Parce que cette histoire on la prend de plein fouet. L’histoire d’un homme qui fuit son pays en guerre avec son enfant sous le bras. Son voyage n’a rien d’une épopée au long cours. Rien non plus de glorieux, pas la peine d'en faire un roman fleuve, c'est juste une question de survie. On sent la tendresse, l’amour, le lien indestructible qui unit ces deux exilés. Mais avec les années le fossé se creuse entre le père et sa fille et l’inéluctable se produit : « J’ai accepté que le monde se glisse entre toi et moi et regarde, mon Adama, regarde où le monde t’a conduite ! Regarde où il t’a jetée ! ». Les mots disent la fragilité de l’homme, son incompréhension aussi. Naïvement, il a eu la faiblesse de croire que le plus dur était derrière eux : «  Je ne me pardonne pas d’avoir cru que toi et moi, parce que nous en avions eu notre content, de drame, nous en avions fini. » Mais son bébé est devenu une ado de 15 ans emportée par le tourbillon de la cité et pour ce père, le besoin de consolation est aujourd'hui impossible à rassasier (une expression que j'emprunte à l'écrivain suédois Stig Dagerman).

C’est beau, c’est fort, c’est intense. Une tragédie. Outch !

Allez, un dernier petit extrait, j'aurais pu en citer tellement d'autres : "Je ne pourrai remonter le cours de notre vie jusqu'au lit de ton crime car il est le dernier domino à tomber et j'ignore ce qui, de mon silence, de nos épreuves, de ton désœuvrement ou de tout autre chose encore a été le premier vacillement. Et quelle différence cela aurait-il fait si je t'avais raconté d'où nous venions ?"

Feu pour feu de Carole Zalberg. Actes Sud, 2014. 72 pages. 11,50 euros.

Une lecture commune percutante que j'ai le plaisir de partager avec Leiloona et Noukette.

Les avis enthousiastes de BrizeClara, Jostein et Un endroit pour lire




mercredi 22 janvier 2014

Les carnets de Cerise T2 : Le livre d’Hector - Chamblain et Neyret

Cerise l’apprentie détective, après avoir résolu le mystère du zoo pétrifié, se lance dans une nouvelle enquête. Pourquoi la vieille madame Ronsin se rend-elle toutes les semaines à la bibliothèque depuis des années pour emprunter toujours le même livre ? Un ouvrage sur la seconde guerre mondiale rédigé par un certain Hector Bertelon. Aidée de son amie romancière Annabelle Desjardin, Cerise s’investit tellement dans cette nouvelle affaire qu’elle va finir par se mettre à dos ses meilleures copines Line et Erica. Sans compter que pour parvenir à ses fins, elle va devoir mentir à sa mère…

Bon, soyons honnête, autant j’avais été séduit par le premier volume, autant cette seconde aventure m’a laissé sur ma faim. Il se dégageait du zoo pétrifié une forme de poésie rafraîchissante alors qu’ici l’histoire est attendue et manque singulièrement de peps. C’est peut-être une déformation professionnelle mais je n’ai pas non plus apprécié la mise en scène de la bibliothèque où les prêts se font encore sur des fiches, où la bibliothécaire n’est certes pas une vieille fille mais se voit affubler d’un chignon et d’une garde robe tristounette et où le mode de classement des documents m’est apparu des plus obscurs. Ce ne sont que des détails mais quand même…

Après, graphiquement, c’est toujours aussi agréable. Couleurs douces et chaleureuses, personnages aux mimiques craquantes, décors travaillés, alternance réussie entre les passages BD et le journal intime écrit de la main de Cerise, bref c’est un sans faute. Non, vraiment, c’est uniquement au niveau du scénario que je n’ai pas trouvé mon compte.

Je ressors certes de cet album assez déçu mais je ne compte pas pour autant abandonner Cerise et ses amies. Cette série girly à souhait possède trop de potentiel pour que je l’abandonne sans lui donner une nouvelle chance. Et puis j’ai une vraie fan à la maison donc quoi qu’il arrive, le troisième tome arrivera forcément sur nos étagères.

Les carnets de Cerise T2 : Le livre d’Hector de Chamblain et Neyret. Soleil, 2013. 80 pages. 15,95 euros.

Une lecture commune que j'ai une fois encore le plaisir de partager avec Noukette.

L'avis de Sophie/Herisson





mardi 21 janvier 2014

Tag : Série théâtrale rock en 3 épisodes - Karin Serres

Karin Serres m’avait enchanté avec son premier roman, Monde sans oiseaux, un texte inclassable à l’écriture sensuelle et poétique. J’ai donc eu très envie de poursuivre ma découverte de cette auteure en me penchant sur sa production théâtrale, un domaine dans lequel elle exerce son talent depuis plus de dix ans.

Tag est une pièce qui emprunte aux codes des séries télé actuelles. Des épisodes qui se terminent en plein suspense, une action permanente sans aucun temps mort, de nombreux flash-backs, des révélations inattendues, etc.  L’histoire est celle du lieutenant de police Giuseppe Ensam, membre de la brigade criminelle. Quelques lettres rouges sang taguées chaque nuit sur les commerces de son quartier lui rappellent de terribles souvenirs d’enfance. A la fin du premier épisode, le mystère est résolu lorsqu’un ultime rebondissement va relancer l’intrigue : une tagueuse a disparu, son copain punk demande de l’aide au lieutenant. Mais Giuseppe n’est plus dans son état normal, il semble se transformer en chien…

Les personnages sont très nombreux (Guiseppe, sa sœur Christel, leur mère morte, un punk, un garagiste et sa femme, un SDF, une restauratrice ambulante, une patronne de pompes funèbres, une brigade entière de police…) mais l’auteur précise  que l’ensemble de la pièce peut se jouer « à partir de 4 comédien /ne/s ». Tout se déroule à une vitesse effrayante et il faut s’accrocher pour ne pas perdre le fil. On a parfois l’impression d’être dans un puzzle dont chaque pièce s’emboîte sous nos yeux sans que l’on sache vraiment à quoi va ressembler le résultat final. C’est déstabilisant mais, un peu comme dans Monde sans oiseaux, je me suis laissé porter par cette narration légèrement "nébuleuse". Un homme-chien, un homme-femme, un fantôme, des animaux qui parlent, une musique rock omniprésente, les ingrédients peuvent paraître de prime abord indigestes mais il faut se laisser embarquer par le rythme endiablé sans trop se poser de questions.

Difficile d’imaginer un tel texte sur scène. La pièce a pourtant été montée fin 2013 par la compagnie Bouche Bée et jouée pendant plusieurs jours au Nouveau Théâtre d’Angers. Au départ prévu en trois épisodes de 50 minutes, Karin Serres a finalement composé une version compressée de deux heures. J’aurais aimé voir ça !

Tag : Série théâtrale rock en 3 épisodes de Karin Serres. Éditions théâtrales, 2013. 125 pages. 15 euros.



lundi 20 janvier 2014

Le fil de soie - Cécile Roumiguière et Delphine Jacquot

« A l’école, Marie-Lou n’est pas la reine. Elle s’emmêle dans les chiffres, elle peine à lire les lettres et les mots. » Le jour où la maîtresse lui crie dessus comme jamais, elle rentre à la maison en larmes. Heureusement, sa grand-mère est là pour la consoler : « Souviens-toi : ta beauté est à l’intérieur de toi. C’est un bouton de fleur secret. Ta maîtresse n’est pas le jardinier qu’il te faut, voilà tout. »

Marie-Lou adore cette grand-mère couturière hors-pair. Cette grand-mère qui chante toujours la même chanson dans une langue inconnue. Cette grand-mère portant au poignet un bracelet de cuir dont elle ne se séparerait pour rien au monde. Cette grand-mère cachant un secret qu'elle n’a jamais révélé.

Moka a écrit à propos de cet album, « c’est un livre bijou. » Comment résister ? Déjà, l’ouvrage est magnifique avec son dos toilé rouge. Surtout, le contenu est d’une rare qualité. Tellement de tendresse entre Mamilona et sa petite fille, tellement de finesse, de retenue et d’amour. La mise en page est simple et efficace : à gauche le texte, à droite une illustration absolument somptueuse de Delphine Jacquot.

Un livre bijou, je crois que c’est ça.



Le fil de soie de Cécile Roumiguière et Delphine Jacquot. Thierry Magnier, 2013. 32 pages. 15,50 euros. A partir de 6 ans

Les avis de Leiloona ; Moka ; Stephie








samedi 18 janvier 2014

La claire Fontaine - David Bosc

Juillet 1873. Gustave Courbet passe la frontière suisse avec son élève Marcel Ordinaire. Le maître fuit la France et les tracasseries causées pas sa participation à la Commune de Paris. Condamné par son pays, Courbet trouve d’abord refuge à Genève avant de s’installer à La Tour-de-Peilz, sur les bords du lac Léman. Il y mourra le 31 décembre 1877.

David Bosc ne donne pas dans le portrait précis et exhaustif. La biographie qu’il propose est incomplète, se focalisant sur les dernières années d’un artiste avant tout épris de liberté. On s’attarde sur la passion de Courbet pour la baignade, sa consommation délirante de vin blanc (plusieurs litres par jour) et son goût pour la bonne chère. En Suisse, Courbet ne peint plus rien de bon et se tue à petit feu avec la boisson. Mais l’intérêt est ailleurs. L’écrivain insiste sur le coté joyeux d’un personnage à la constante vitalité. Il montre le peintre au travail, le peintre au bistrot, le peintre au quotidien.

Le style de Davisd Bosc est à la fois élégant et laconique, davantage dans l’évocation que dans la précision. Son texte est magnifique, très visuel. Sa plume brosse un portrait comme d’autres feraient un tableau, jouant sur la lumière, les couleurs, l’atmosphère. Quelques coups de pinceaux tout en concision dont s’échappent parfois de délicieuses envolée proches de la poésie.

Au final, l’hommage est sobre et vibrant : «  Courbet a exercé sa liberté. Il était opiniâtre. Sa politique ? Pour tous la liberté, c'est-à-dire le devoir de se gouverner soi-même. » Une biographie comme une rêverie, loin des exercices scolaires proposés d’habitude. Entre son émerveillement et sa joie permanente d’être au monde, Courbet méritait bien ce coup de projecteur en tous points admirable et surtout éminemment  littéraire.

La claire Fontaine de David Bosc. Verdier, 2013. 116 pages. 14 euros.

L’avis de Marilyne qui m’a donné envie de découvrir ce texte.