mercredi 24 février 2021

Chroniques de jeunesse - Guy Delisle

 

« J’imagine que le bénéfice de travailler à l’usine quand on a moins de 20 ans, c’est qu’on voit de façon concrète à quoi serviront nos études. »

Cette phrase de Guy Delisle, c’est exactement ce que je me suis dit au même âge que lui quand j’ai été embauché dans une usine de crèmes glacées au début des années 90. Le rythme usant, le bruit, le côté répétitif des tâches, le temps qui n’avance pas, les horaires de nuit difficiles à supporter, la fatigue omniprésente… et la conviction qu’avec un peu de chance les études m’éviteraient de passer ma vie dans un tel environnement professionnel. 

© G. Delisle -
Delcourt 2021
Bref, tout ça pour dire que dans ces Chroniques de jeunesse le dessinateur canadien raconte ses étés successifs passés à partir de 1984 dans une usine de papier de la ville de Québec. Un travail harassant et un univers très particulier qu’il dissèque au fil des pages. Un peu comme dans ses carnets de voyage, il donne l’impression d’arriver dans un territoire inconnu avec l’obligation d’apprendre les mœurs et coutumes locales pour s’intégrer au mieux. A l’usine la population est scindée en deux, avec d’un côté le petit peuple des ouvriers et de l’autre les ingénieurs. Deux mondes qui cohabitent rarement, les premiers devant mettre les mains dans le cambouis pour faire tourner les machines tandis que les autres, dans leurs confortables bureaux, semblent regarder la plèbe de haut.

Au final on n’est presque dans une enquête sociologique. Ça aurait pu être passionnant, drôle ou émouvant mais en ce qui me concerne la mayonnaise n’a pas franchement pris. A l’image de la couverture l’ensemble est un poil terne, gris, tristounet. Ça manque de peps et d’entrain, on est dans l’anecdote en permanence et le seul sujet touchant (la relation au père, qui lui travaille dans l’usine depuis 30 ans) n’est que survolé alors qu’il aurait gagné à être davantage creusé je trouve.

Pas un coup de cœur donc. Attention, ce n’est pas désagréable à lire, loin de là, c’est juste que le récit ronronne trop pour soulever l’enthousiasme. Disons que je ne me suis pas ennuyé mais presque. De toute façon, en matière de BD autobiographique à la québécoise, le Paul de Michel Rabagliati garde à mes yeux plusieurs longueurs d'avance sur la concurrence.

Chroniques de jeunesse de Guy Delisle. Delcourt, 2021. 142 pages. 15,50 euros.



Les BD de la semaine sont à retrouver chez Noukette










36 commentaires:

  1. Dommage, mais je reste fan et espère lire cette BD

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  2. J'ai été tentée à plusieurs reprises en librairie mais je ne le sentais pas assez pour craquer. J'ai l'impression que mon instinct ne m'a pas trompée.

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    1. Faudrait que tu le trouves à la bibli maintenant.

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  3. C'est un thème qui m'aurait attiré aussi au départ... Dommage.

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  4. J'aime bien Guy Delisle, je le lirai sûrement du tout, même si ça n'a pas le sel de ses chroniques de voyage...!

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  5. Je tenterai si je le trouve à la bibliothèque, mais je suis plus attirée par ses chroniques de voyages.

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  6. J'aime beaucoup Guy Delisle et je ne connaissais pas cette BD, de plus je me suis fait moi aussi la même réflexion lors d'un boulot d'été. Dommage du coup pour les longueurs.

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  7. Une thématique qui me plaît mais ton avis en demi-teinte ne m'encourage pas à aller plus loin

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  8. Je suis comme Kathel, je préfère ses chroniques de voyages qui me dépaysent davantage.

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    1. C'est ce domaine qu'il excelle, incontestablement.

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  9. Bon je passe mon chemin. C'est drôle j'ai lu une bd hier et je me suis vraiment ennuyée. C'est un sentiment rare que j'ai découvert pour ce type d'oeuvres.

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    1. Malheureusement ça arrive de s'ennuyer avec une BD.

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  10. oh zut ! bon je vais attendre sa venue à la BM ou je le lirai à Québec dommage car je suis fan de ses autres romans graphiques !

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  11. (Et dire que je n'ai jamais lu Delisle...)
    (Mais bon, j'ai lu Rabagliati donc ça "me" rattrape un peu non ?)

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    1. A choisir mon coeur penche définitivement vers Rabagliati, tu le sais bien ;)

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  12. Mouais.... Je ne vais peut être pas me lancer dans cette lecture.

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  13. J'ai bien aimé ses chroniques de voyage, je pense que je me laisserai tenter par celle-ci, même si cela n'a pas la même saveur visiblement...

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  14. ça ronronne comme les machines à l'usine ;).

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  15. à la fois je suis intriguée par la morale et à la fois je pense passer mon tour, pas trop tentée par le dessin...

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    1. Le dessin de Delisle est particulier, ça passe ou ça casse.

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  16. Le seul album que j'ai lu de Guy Delisle c'est Le guide du mauvais père. Depuis j'ai du mal à être tentée par ses ouvrages, même quand les critiques sont enthousiastes.

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    1. C'est sympa Le guide du mauvais père mais quand même assez anecdotique finalement.

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  17. Malgré tes bémols, j'y jetterais un oeil, pour ce genre d'univers qui m'intéresse.

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