mercredi 22 juin 2022

Les saisons et les jours - Caroline Miller

Incroyable destin que celui de ce premier roman publié en 1933 et qui remporta le prix Pulitzer 1934. Rédigé par une Géorgienne totalement inconnue, Les saisons et les jours reçut un accueil enthousiaste, tant au niveau régional que national. A tel point que devant un tel succès, l’éditeur Harold Latham rechercha d’autres œuvres « du Sud » afin de surfer sur la vague. C’est ainsi qu’il se décida à publier l’ouvrage de Margaret Mitchell qui allait devenir le prix Pulitzer 1937 : Autant en emporte le vent. Ce dernier éclipsa rapidement Les saisons et les jours, qui restera quand même LE best-seller de l’année 1934 et qui a été réimprimé une quarantaine de fois depuis sa première édition. En France, l’ouvrage a été publié dès 1935 sous le titre « Colons en Géorgie » dans une version abrégée. Belfond propose ici le texte intégral dans une nouvelle traduction.

Contrairement à Autant en emporte le vent, Les saisons et les jours ne s’intéresse pas aux riches planteurs de la côte mais se focalise sur les fermiers du Sud profond d’avant la Guerre de Sécession. Des familles trop pauvres pour posséder un esclave qui tentent juste de survivre dans un environnement difficile. Saga familiale centrée sur le personnage de Cean Smith, jeune fille mariée à l’adolescence que l’on suit pendant des dizaines d’années, le roman dresse le plus fidèlement possible le portrait d’une époque. Cean aura en tout quinze enfants et deux maris. Une femme remarquable, totalement accaparée par la vie domestique, épuisée par les grossesses à répétition et qui ne sera pas épargnée par les drames. Autour de Cean et de son clan, Caroline Miller évoque le plus scrupuleusement possible l’existence de ces pionniers marquée par la succession des saisons, des semailles, des récoltes, des naissances et des deuils. Un travail presque ethnologique transcendé par une écriture proche du naturalisme. Entre le roman régionaliste et le Nature Writing, Les saisons et les jours relate à travers Cean et les siens une vie quotidienne fruste et répétitive, sans véritable horizon.  

Malgré quelques longueurs, des références religieuses parfois envahissantes et des passages fleurant bon La petite maison dans la prairie, ce texte fleuve vaut surtout pour son beau portrait de femme, en parfaite symbiose avec son époque et son statut : « Maintenant, elle avait compris : ce monde avait été créé pour que les êtres humains y fassent leur devoir et prouvent qu’ils n’étaient pas des brutes. Il fallait qu’elle fasse son devoir, qu’elle donne la vie continûment, lave, s’occupe du bébé jusqu’à ce qu’il marche, puis en ait un autre. Pourtant, elle ne l’acceptait pas sans rechigner, même si elle se taisait et faisait son devoir. » 

Les saisons et les jours, de Caroline Miller. Belfond, 2022. 438 pages. 14,00 euros.





5 commentaires:

  1. Connais pas, mais dans ces parutions vintage peuvent se nicher de bons romans...

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  2. Tu me manquais Jérôme ... tu reviens et c'est bien

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  3. Je ne sais pas si tu te souviens, mais tu me l'avais offert, il y a quelques temps ... J'en garde un bon souvenir, d'un charme vintage !
    https://aleslire.wordpress.com/2014/03/07/les-saisons-et-les-jours-caroline-miller/

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  4. J'aurais pu écrire la même chose que Luocine ! Ton avis est mitigé, je ne note pas...

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  5. L'écriture ne parait pas trop datée, on dirait.

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