mercredi 18 novembre 2020

#Balance Ta Bulle

Il y a ce gars qui te pelote dans la rue, celui qui tente de t’agresser dans les toilettes d’une boîte de nuit, celui assis à côté de toi dans le train qui te caresse les cheveux sans te demander ton avis. Il y a ce voisin qui fixe ta poitrine en silence dès que tu es seule avec lui dans l’ascenseur. Il y a ce collègue qui cherche à t’embrasser de force en salle des profs, celui qui te propose un plan à trois avec sa femme et t’insulte quand tu lui dis non. Il y a ce concert où on t’a droguée avec une bière frelatée. Il y a ton frère qui t’a violée, ton père qui a frappé ta mère. Il y a ton oncle, il y a l’ami de la famille, il y a ton petit copain. Et il y en a tant d’autres. Tous coupables de gestes ou de mots déplacés, de violences physiques ou psychologiques.    

Elles sont soixante-deux. Soixante-deux dessinatrices du monde entier à témoigner des violences et traumatismes sexuels qu’elles ont subis au moins une fois dans leur vie. Soixante-deux récits édifiants de deux à quatre pages, tous différents mais tous portés par la même force de rester debout face au traumatisme.

Rarement une lecture aura été pour moi aussi pesante. Rarement une lecture aura autant perturbé l’homme et le père de trois filles que je suis. Parce que toutes les situations présentées soulignent à quel point, partout sur la planète, la culture toxique du patriarcat est un terrible poison pour les femmes. Il m’a été impossible d’engloutir ce pavé d’une traite, j’ai dû y aller par petits bouts. Trop de souffrance, trop de mauvais souvenirs, trop de détresse. L’ensemble est malgré tout traversé par une énergie brute, une volonté de ne pas s’appesantir, d’aller de l’avant. Une volonté de changement également, une volonté de ne plus être des victimes désignées, de ne plus culpabiliser mais de se dresser devant l'agresseur et de le mettre face à l’insupportable atrocité de son comportement. 

La réponse à la violence est ici esthétique. Réalistes ou suggestifs, toujours profondément intimes, les récits témoignent d’une incroyable vitalité créative. En dehors d’Emil Ferris qui signe la dernière histoire du recueil, je ne connaissais aucune des autres dessinatrices. D’âges, d’orientations sexuelles et de nationalités différentes, toutes expriment à travers leur expérience traumatisante un désir d’émancipation par l’art. L’ensemble forme au final un appel collectif et solidaire à la lutte contre les violences et le harcèlement sexuels. Un magnifique exemple de sororité qui a remporté le prestigieux prix Eisner 2020 de la meilleure anthologie. 

#Balance Ta Bulle (ouvrage collectif). Massot éditions, 2020. 304 pages. 28,00 euros.








18 commentaires:

  1. Forcément... Elle m'attend, il faut juste que je trouve le bon moment...!

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  2. Ouh j'imagine oui, à quel point cette lecture a dû être pesante... Mais je comprends aussi sa nécessité.

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  3. cela a l'air très dur en effet... mais oh combien nécessaire!

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  4. Outch. Touchée. Coulée. Intéressée.

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  5. Ouah 300 pages !!! Je l'emprunterai à la bibliothèque, merci pour la découverte Jérôme !

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  6. Je suis particulièrement attirée par l'idée de témoignages de dessinatrices du monde entier. Noté !

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  7. Pesant, ce n'est pas surprenant, c'est malheureusement à l'image de ce que subissent de nombreuses femmes et filles... merci pour cette proposition fort intéressante, en tous cas !

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  8. je le note pour un emprunt .. et oui malheureusement, on est toutes passées par là et je sais que toi avec tes trois filles, ça doit être difficile

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  9. Une BD d'utilité publique ... quand on libère notre parole les hommes sont surpris en prenant conscience de ce qu'ils nous font vivre parfois de manière totalement inconsciente il est temps que ce là change

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  10. Oh que ça m'intéresse ça! Je ne connaissais pas cette maison d'édition.

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  11. oki, je note et je vais voir pour me la procurer !!

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  12. Une lecture a mettre entre toutes les mains.

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  13. sans doute intéressant, mais pas le genre de lecture que je suis capable de digérer

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  14. Merci pour cette très belle chronique motivante. Bises

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  15. Très sombre en effet, mais indispensable

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  16. Je vais aller à contre-courant mais j'en ai marre de ce sujet, la surenchère à l'anecdote. J'ai l'impression que je vais lâcher mes deux fils dans un monde où quoi qu'ils fassent ils auront toujours le défaut d'être des mecs.

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