lundi 29 janvier 2024

Confessions d’un masque - Yukio Mishima

 

« Un menu constitué de la somme des angoisses de mon existence m’avait été attribué avant même que je ne sois capable de le lire. Il me suffisait de m’asseoir à table, une serviette autour du cou ».

Il y a deux parties bien distinctes dans cette autobiographie publiée en 1949 alors que Mishima n’avait que 24 ans. La première revient sur son enfance passée auprès d’une grand-mère tyrannique, la seconde s’attarde davantage sur son quotidien d’étudiant et de jeune adulte alors que le Japon subit les bombardements américains, à la fin de la seconde guerre mondiale.

L’enfance reste pour lui le moment clé de la formation de sa personnalité. Une époque où il découvre son attirance pour les garçons. Son trouble est grand face à la figure androgyne de Jeanne d’Arc ou face au martyre de Saint Sebastien, représenté par le peintre italien Guido Reni torse nu, les mains liées dans le dos. Perturbé par l’odeur de la sueur de ses camarades de classe, irrésistiblement attiré par l’un d’eux plus âgé que lui, il comprend très tôt que son existence ne rentrera jamais dans les normes.

En grandissant, il n’aura pourtant de cesse de vouloir s’intégrer à la société qui l’entoure, se persuadant même qu’une relation hétérosexuelle est envisageable avec la belle Sonoko, sœur de son meilleur ami Kusano. Malheureusement, leur premier baiser le ramène à son indifférence pour la gent féminine. Une indifférence confirmée lors d’une lamentable tentative de relation tarifée avec une prostituée.

Le masque du titre est l’artifice qui cache aux yeux du monde la véritable personnalité de Mishima. Une posture de façade devant lui permettre d’avoir une vie sociale « normale » alors que bouillonne en lui « le désordre des sens ». Un texte forcément introspectif, même si l’autobiographie semble parfois avoir été très romancée. Quoi qu’il en soit, la désillusion est au cœur du récit, couplée à une impitoyable lucidité. Au final, celui qui deviendra l'un des plus grands écrivains japonais de l'après-guerre prend conscience avec résignation qu’il ne pourra échapper à une vie en marge.  

Confessions d’un masque de Yukio Mishima (traduit du japonais par Dominique Palmé). Folio, 2020. 285 pages. 8,30 euros.



Le rendez-vous des Classiques c'est fantastique s'invite ce mois-ci aux portes de l'Asie.
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9 commentaires:

  1. oh il revient publier des romans pour les grands ! je veux le lire depuis longtemps, je viens de finir un classique de la littérature japonaise signée par un autre géant - du coup, je pense que je vais me procurer ce roman (français ou anglais ? ) la couverture est belle en tout cas. J'imagine effectivement, surtout à son époque, que découvrir sa sexualité a été très compliquée pour lui.

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  2. Je n'avais lu que Le pavillon d'or, trop japonais pour moi à l'époque. Mais j'avais alors appris le choix de l'auteur de mettre fin à ses jours.

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  3. Toujours pas lu cet auteur, mais je me sens assez mûre maintenant pour sauter le pas.^^

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  4. De Mishima, j'ai lu il y a bien longtemps Le marin rejeté par la mer. Mon fils aîné a beaucoup aimé ces Confessions. Une bonne idée de lecture, donc (et le plaisir de retrouver tes billets ; j'espère que d'autres suivront :-) )

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  5. L'homosexualité caché est une horreur quel que soit le pays

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  6. Je me rends compte avec ta chronique que ce titre est sur mes étagères. Comment ne pas avoir songé à le lire ? Merci pour ta participation !

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  7. Tu as l'air plus convaincu que Marion. Ce côté introspectif me plairait.

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  8. J'ai toujours échoué dans mes lectures de Mishima et j'en suis vraiment très triste. Il faudrait que je me fasse violence et que je retente de le lire.
    Ton billet est très intéressant et donne envie de découvrir cette autobiographie.

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  9. L'ourse bibliophile18 février 2024 à 19:12

    Un roman qui m'a toujours beaucoup touchée...

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