mardi 9 novembre 2021

Le Yark - Bertrand Santini et Laurent Gapaillard

10 ans déjà que le Yark est le cauchemar des enfants sages (à moins que ce ne soit l’inverse) et quoi de mieux pour célébrer cet anniversaire qu’une réédition collector absolument magnifique ! 

Pour ceux qui ne le connaissent pas (honte à eux !), le Yark est un monstre poilu. Un ogre méchant comme une teigne qui aime les enfants. « Il adore sentir leurs petits os craquer sous sa dent et sucer leurs yeux moelleux comme des bonbons fondants. » Le problème, c’est que le Yark ne mange que les enfants sages et des enfants sages, il y en a de moins en moins. Du coup, le Yark est sur le point de mourir de faim. Pour trouver des chères têtes blondes comestibles, il lui vient une idée. Qui mieux que le Père Noël pourrait le rencarder ? C’est bien connu, les enfants sages lui écrivent pour avoir des cadeaux. Il suffit donc de récupérer la liste du gros barbu pour connaître les adresses de futures proies toutes plus délicieuses les unes que les autres. Mais de mauvaises surprises en déconvenues, le Yark n’est pas au bout de ses peines…

Comment vous dire ? Il y a quelque chose de jubilatoire dans cette histoire. Parce que le Yark est un méchant à qui il arrive des tas de malheurs et que l’on finit par le plaindre. Parce que les gamins n’ont pas le beau rôle et qu’ils en prennent pour leur grade. Parce c’est drôle, irrévérencieux, et que ça bouscule beaucoup de lieux communs que l’on retrouve dans trop d’ouvrages pour la jeunesse. Parce que les illustrations sont belles, mais pas seulement. Elles participent à l‘ambiance très particulière qui se dégage du récit. Bref, ce livre devenu un incontournable de ces dix dernières années, un petit miracle au succès ô combien mérité qui a enchanté et continu d’enchanter petits et grands lecteurs du monde entier grâce à ses nombreuses traductions.

Pour fêter l’anniversaire du Yark, l’éditeur n’a pas fait les choses à moitié. Grand format, épaisse couverture cartonnée, papier ivoire, cahiers cousus, jaquette avec vernis sélectif et, cerise sur le gâteau, un tiré à part tout simplement somptueux. L’inoubliable monstre poilu possède maintenant un écrin digne de son statut de star, et c’est on ne peut plus mérité.

Le Yark, édition anniversaire de Bertrand Santini et Laurent Gapaillard. Grasset jeunesse, 2021. 80 pages. 17,00 euros. A partir de 8 ans.



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mercredi 3 novembre 2021

A mains nues T2 : 1922-1954 - Leïla Slimani et Clément Oubrerie

Après que son mari, n’ayant pu surmonter le décès de leur fille, se soit suicidé en se jetant dans la Seine, Suzanne Noël se voit proposer de créer le premier club soroptimist de France, une sorte de Rotary club au féminin. A plus de quarante ans, la défense du droit des femmes devient alors pour la chirurgienne plastique mondialement reconnue l’activité principale. Au cœur des années 20, militer pour que les femmes prennent le contrôle de leur vie et de leur corps est un combat difficile à mener et Suzanne Noël va aller porter la bonne parole (et surtout ses compétences chirurgicales) partout autour du globe pour venir en aide à ses sœurs d’infortune, de Berlin à Ceylan, d’Honolulu à Tokyo, de San Francisco à Shanghai.

J’attendais beaucoup de la conclusion de ce diptyque dont le premier tome m’avait emballé, la déception n’en fut que plus grande une fois la dernière page tournée. En fait tout va trop vite, les événements et les voyages s’enchainent, on ne fait que survoler les choses et Suzanne n’apparaît à aucun moment attachante. Il se dégage du récit un sentiment de froideur et de superficialité, on a l’impression de tomber dans l’anecdotique alors que le parcours de cette femme incroyable aurait à l’évidence mérité que l’on s’y attarde avec davantage de profondeur.

Une lecture décevante donc, bien plus frustrante qu’emballante, même si l’hommage rendu par Leïla Slimani et Clément Oubrerie à cette grande femme du 20ème siècle permettra à n’en pas douter de faire connaître au plus grand nombre son fabuleux destin et son impressionnante force de caractère. 

A mains nues T2 : 1922-1954 de Leïla Slimani et Clément Oubrerie. Les Arènes, 2021. 90 pages. 20,00 euros.   











vendredi 29 octobre 2021

Visa Transit T2 et T3 - Nicolas de Crécy

Où l'on retrouve Nicolas de Crécy et son cousin Guy à la frontière entre la Bulgarie et la Turquie. Le début d’un looooong trajet sur les routes poussiéreuses d’un pays qu’ils vont traverser du nord au sud, d’Istanbul à Antalaya. La vieille Visa qui leur sert de véhicule tiendra le choc jusqu’au bout, les nuits passées à la belle étoile ou sur la banquette arrière s’enchainent, la chaleur, la poussière et la crasse leur collent à la peau tandis que le fantôme du poète Henri Michaux, revenu d’entre les morts sous la forme d’un motard casqué, ne cesse d’hanter les rêves de Nicolas. 

J’avais bien aimé le premier tome mais j’avoue qu’avec la suite et la fin de cette trilogie, je suis descendu de plusieurs étages ! J’ai trouvé ça long, tellement long. Le récit n’a rien de bien excitant. Leur voiture est une ruine, les pays et paysages traversés ne retiennent pas vraiment leur attention et la découverte culturelle n’est clairement pas un objectif. Que reste-il alors ? Ben pas grand-chose. Une restitution de voyage très autocentrée, des digressions vers d’autres souvenirs (une résidence d’artiste en Biélorussie, un inventaire des nuits les plus pourries, des vacances d’enfance en bord de mer, une maladie chronique particulièrement douloureuse) pas follement passionnantes, qui ont certes le mérite de casser le rythme soporifique du périple en Turquie mais qui n’ont à aucun moment relancé mon intérêt pour ce que je lisais.

Le problème majeur est que le ton est beaucoup trop sérieux, limite pompeux, limite prétentieux, sans le moindre humour ni la moindre autodérision alors que c’est souvent ce qui fait le sel des carnets de voyage (Julien Blanc-Gras étant par exemple un maître du genre). C’est trop écrit, les cartouches de récitatifs sont bien trop nombreuses et bien trop bavardes, elles alourdissent la narration et finissent par la rendre indigeste. Entre l’ennui et l’agacement, la lecture fut tout sauf un moment de plaisir. Bref, je me suis bien fait ch… 

Et pas qu’un peu.

Visa Transit T2 et T3 de Nicolas de Crécy. Gallimard, 2021. 130 et 150 pages. 22,00 et 23,00 euros.





mercredi 27 octobre 2021

West legends T5 : Wild Bill Hickok

Suite de cette collection consacrée aux légendes de l’ouest qui, après être revenue sur les parcours de Wyatt Eaerp, Billy the Kid, Sitting Bull et Buffalo Bill, s’attarde sur l’emblématique Wild Bill Hickok, soldat admiré de l’Union pendant la guerre civile qui fut ensuite shérif, chercheur d’or et compagnon de route de Calamity Jane. Un as de la gâchette qui mourut d’une balle tirée dans le dos pendant une partie de poker dans un saloon de la tristement célèbre ville de Deadwood en 1876.

Le récit commence en 1869, dans un train. En pleine tempête de neige, ce dernier déraille et les rares survivants de l’accident se retrouvent isolés dans une vallée perdue. Ils ne le savent pas encore mais le danger qui les guette ne vient ni du froid ni des animaux sauvages qui rodent mais plutôt d’un de leur compagnon d’infortune. Wild Bill Hickok, puisque c’est évidemment de lui qu’il s’agit, est monté dans le train pour échapper à une horde de gangsters prêts à tout pour lui faire la peau, sans laisser le moindre témoin derrière eux…

Si les tomes précédents sortaient parfois des sentiers battus, on a ici affaire à un histoire ultra classique avec les innocents malmenés, les gros méchants impitoyables, la chasse à l’homme en milieu hostile et le feu d’artifice final particulièrement sanglant. Seules petites variations, les femmes ne sont pas des victimes désignées et le « héros » n’est pas là pour défendre la veuve et l’orphelin mais pour sauver sa peau. Une forme d’égoïsme plutôt atypique, qui ne rend pas le bonhomme particulièrement attachant mais lui confère un petit côté badass pas déplaisant.

Un western qui respecte à la lettre les canons du genre, sans véritable surprise donc, mais également sans défaut majeur. Ça se lit d’une traite et avec plaisir, même si l’on sait dès le départ à quoi s’attendre. Un album à réserver aux amateurs de grands espaces et des figures mythiques de l’Ouest sauvage. 

West legends T5 : Wild Bill Hickok : forty bastards de Nicolas Jarry et Laci. Soleil, 2021. 56 pages. 15,50.



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mardi 19 octobre 2021

Poing levé - Yaël Hassan

En plein confinement, le prof de français de Junior demande à sa classe de rédiger la biographie d’une personnalité qui a tenté de changer le monde. Alors que la mort de Georges Floyd vient de choquer la terre entière et que les manifestations antiracistes se multiplient aux États-Unis, le collégien d’origine antillaise décide de raconter la vie de Tommie Smith, athlète devenu célèbre pour avoir protesté contre les discriminations en levant un poing ganté sur le podium du 200 mètres des Jeux olympiques d'été de 1968 à Mexico.

Au début, j’avoue, je n’ai pas trop compris où Yaël Hassan voulait m’emmener. Un roman sur les discriminations raciales ? Sur les violences policières ? Sur un parallèle entre l’Amérique des années 60 et la France d’aujourd’hui ? Je me suis demandé à quel moment Junior allait être confronté au racisme. Directement je veux dire. J’ai attendu le drame, ce moment de tension, cet événement révoltant où le collégien allait affronter lui-même l’insupportable. Et en fait pas du tout. C’est bien plus subtil, c’est bien plus fin. 

Junior est la colonne vertébrale d’un récit aux multiples entrées. Qui parle de discrimination bien sûr, mais pas que. De communautarisme aussi, du vivre ensemble, des préjugés, des relations entre collégiens, des différences de point de vue parents/enfants et même d’amour. C’est à travers le jeune garçon que sont abordées ces thématiques, directement ou indirectement. Yaël Hassan fait preuve de pédagogie sans lourdeur, elle montre avec beaucoup de finesse que les choses ne sont jamais toutes blanches ou toutes noires (sans mauvais jeu de mot). Le propos est instructif sans être rasoir car au-delà des nombreux sujets évoqués, on reste touché par ces portraits d’ados croqués avec tant de justesse, des ados loin des clichés qui s’interrogent finalement avec beaucoup de subtilité sur le monde qui les entoure.

Un roman parfaitement dans l’air du temps, instructif et plaisant, dont les personnages attachants en diable raviront à coup sûr les jeunes lecteurs qui auront la chance de les rencontrer.

Poing levé de Yaël Hassan. Le Muscadier, 2021. 168 pages. 13,50 euros. A partir de 12 ans


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mercredi 13 octobre 2021

Moon River - Fabcaro

Betty Pennyway, célèbre actrice d’Hollywood, vient de subir une terrible agression pendant son sommeil. Bien que le coupable ait oublié son cheval dans le lit de la victime, le lieutenant Baxter, en charge de l’enquête, dispose de peu d’indices…

Voilà voilà, Fabcaro est de retour avec un récit au long cours et on se bidonne à (presque) chaque page. J’avais pourtant fini par me lasser de son humour absurde. La suite d’Open Bar l’an dernier m’avait donné l’impression de tourner en rond, comme si l’auteur de Zaï Zaï Zaï avait fini par s’enfermer dans une routine, une méthode qui a fait ses preuves et qu’il aurait décidé d’user jusqu’à la corde. 

Même s’il ne se renouvèle pas fondamentalement dans ce Moon River (utilisant par exemple toujours - mais moins que d’habitude - le gaufrier de six cases identiques où seul le texte change d’une case à l’autre), il montre sa maîtrise du running gag, son génie du non-sens et son art consommé de l’autodérision. Il y a l’enquête sans queue ni tête qui avance malgré tout avec une logique plutôt cohérente. Il y a les dialogues à hurler de rire. Et puis il y a l’insertion dans le récit du quotidien de l’auteur, un auteur qui a du mal à convaincre son éditeur du bienfondé de son scénario et qui est la honte de ses filles tant ledit scénario risque de faire d’elles des parias auprès de leurs connaissances. Cette incursion de l’autofiction dans la fiction est hilarante et suffisamment bien dosée pour ne jamais devenir trop envahissante, bref elle fonctionne à merveille. 

 Niveau dessin les décors sont comme d’habitude réduits au strict minimum et les visages toujours aussi peu expressifs, même si celui de Betty Pennyway est finalement le nœud de l’intrigue (si je puis dire et si je puis oser un brin d’humour au ras des pâquerettes – private joke pour celles et ceux qui ont lu l’album).

Un régal de bout en bout. Il n’y a décidément que Fabcaro pour me faire autant rire en BD. 

Moon River de Fabcaro. Éd. Six pieds sous terre, 2021. 80 pages. 16,00 euros.



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mercredi 6 octobre 2021

Wake up America, l’intégrale : 1940-1965 : 25 ans de lutte pour les droits civiques - John Lewis, Andrew Aydin et Nate Powell

Un pavé de près de 600 pages regroupant les 3 tomes parus précédemment qui relate l’incroyable parcours de John Lewis, né en 1940 dans une fratrie de 10 enfants au fin fond de l’Alabama et qui mena aux côtés de Martin Luther King le combat pour les droits civiques. On y découvre la construction de son identité politique et son engagement pour l’égalité à travers la croisade menée au début des années 60 par des étudiants et militants noirs baptisés « les voyageurs de la liberté » dont le but était de mettre un terme à la discrimination raciale dans les bus et les gares routières des états du sud. Apôtre de la non-violence, plusieurs fois emprisonné pour troubles à l’ordre public, il se bat pour que la population noire puisse s’inscrire sur les listes électorales dans le Mississipi et l’Alabama alors que dans ces états les autorités, défiant les lois fédérales, maintiennent la ségrégation. Infatigable défenseur de la liberté et de l’égalité, John Lewis fut, de 1986 à son décès en juillet 2020, sénateur de la Chambre des représentants, constamment réélu dans le 5ème district de Géorgie.

Une biographie dense, politique, aussi émouvante que révoltante, miroir de la lente et douloureuse évolution de la question raciale aux États-Unis dans la seconde moitié du 20ème siècle. Le propos est certes engagé mais il ne tombe pas dans le manichéisme primaire et ne cherche pas à régler des comptes. Pas de haine, pas de leçon de morale, les faits se suffisent à eux-mêmes et l’expression inadmissible de la ségrégation relève d’une évidence ne pouvant souffrir la moindre contestation. La complexité de la situation et des enjeux est d’ailleurs décrite avec un effort de vulgarisation qui rend l’ensemble d’autant plus instructif et marquant. John Lewis n’est pas présenté comme un super héros de la cause qu’il n’a cessée de défendre, le portrait n’a rien d’hagiographique, le discours étant au final plus pédagogique que militant. 

Niveau dessin, Le noir et blanc de Nate Powell, sobre et puissant, donne à voir à la fois l’ignoble réalité et la volonté inébranlable d’une communauté décidée coûte que coûte à ne plus se résigner et à gagner la dignité à laquelle chaque américain est en droit d’aspirer, quelle que soit sa couleur de peau. 

Une lecture parfois exigeante, toujours passionnante et absolument indispensable.

Wake up America, l’intégrale : 1940-1965 : 25 ans de lutte pour les droits civiques de John Lewis, Andrew Aydin et Nate Powell. Rue de Sèvres, 2021. 560 pages. 30,00 euros.
















vendredi 1 octobre 2021

Les fruits tombent des arbres - Florent Oiseau

 

« Je traversais l’existence comme une ombre, je flottais, je me promenais, mais je ne faisais pas grand-chose de palpable, de beau, de grand, de définitif. »

Pierre n’a rien d’un héros. Rentier à l’existence frugale, célibataire père d’une ado, il vit dans le petit appart parisien légué par ses parents. Il regarde « le football avec une ferveur identique à celle d’un ragondin qui se laisse dériver dans une rivière » et constate avec lucidité qu’après 50 ans « [sa] prostate commence à intéresser le corps médical, […], [ses] pectoraux ressemblent à des cernes, et, après trois verres de vin, [sa] queue n’a plus rien à envier à une glace oubliée sur une plage de la Costa del Sol en plein mois d’août. »

Il déambule dans les rues, fume avec les prostitués sur un bout de trottoir, regarde « Sauvez Willy » pour réconforter un voisin, participe à une course cycliste improbable, rédige des poèmes dans les commentaires de vidéos porno ou entretient une relation platonique avec une jeune femme écrivain qui a vingt ans de moins que lui. 

Dans un roman de Florent Oiseau, on se quitte pour un yaourt à la cerise. On meurt d’une crise cardiaque à l’arrêt de bus. On se fait alpaguer par une actrice célèbre qui vous supplie de lui faire une mayonnaise. On prénomme sa fille Trieste à cause d’un sac oublié dans un train. On admire Samantha le travesti chanter Dalida dans un bar Kabyle, « une Heineken en guise de micro ». 

Dans un roman de Florent Oiseau tout est anodin et insignifiant. On se satisfait du banal avec un détachement proche de la poésie. Dans un roman de Florent Oiseau la solitude ne dégouline pas de tristesse, la manque d’ambition se vit sans larmes et sans drame. Dans un roman de Florent Oiseau l’absurde débouche sans prévenir sur de sublimes moments d’humanité et le dérisoire n’a jamais rien d’un désenchantement.

J’aimerais tellement que ma vie soit comme un roman de Florent Oiseau.

Les fruits tombent des arbres de Florent Oiseau. Allary éditions, 2021. 236 pages. 17,90 euros. 






mardi 28 septembre 2021

Comme ton père - Gille Abier

 

« T’es bien comme ton père, tiens ! »
La phrase de trop pour Loris, prononcée par sa mère suite à un incident survenu au lycée. A 17 ans, le jeune garçon n’a jamais connu son père. Personne ne lui en a jamais parlé et il est temps pour lui de connaître la vérité. Alors Loris va monter dans un train en gare d’Enghien, direction Grenoble. C’est là-bas que sa mère et sa grand-mère vivaient au moment où il a été conçu. Il l’a appris de la bouche d’un boulanger en retraite chez qui travaillait sa grand-mère et à qui elle s’était confiée. Sur place, de révélation en révélation, une horrible réalité se fait jour sur ses origines…

« Tu crois qu’on peut être heureux quand on naît d’une violence ? »
Cette question est au cœur du parcours de Loris. Elle explique le silence de sa mère sur l’identité de son père. Elle explique son mal-être, sa difficulté à trouver sa place au lycée, et plus généralement dans la société. Mais la connaissance de la vérité est aussi un mal nécessaire pour se construire un avenir solide et résilient.

Comme d’habitude Gilles Abier ne ménage ni ses personnages ni ses lecteurs. Et comme d’habitude c’est fait avec tellement de talent qu’on lui pardonne volontiers de nous bousculer à ce point. C’est sombre et réaliste, cash, sans faux semblant ni volonté de forcer le trait. Si l’évidence n’est qu’une illusion, le drame est d’autant plus crédible que le déroulement des événements s’articule de manière imparable. On en ressort bluffé par tant de maîtrise narrative. Comme d’habitude j’ai envie dire. 

Comme ton père de Gille Abier. Ed. In8, 2021. 132 pages. 8,90 euros. A partir de 13-14 ans.  



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vendredi 10 septembre 2021

Au prochain Arrêt - Hiro Arikawa

Au Japon, la ligne de chemin de fer reliant Takarazuka à Nishinomiya dessert huit gares. Dans chaque gare, le va-e- vient des montées et descentes draine un flot continue de passagers, seuls ou accompagnés, perdus dans leurs pensées ou attentifs à tout ce qui les entoure. A bord du train, Masashi est abordé par Yuki, qu’il croise régulièrement à la bibliothèque et à qui il n’a jamais osé adresser la parole. Shoko repense avec plaisir au scandale qu’elle vient de causer au mariage de son ex. Tokié, veuve depuis peu, ne se laisse pas attendrir par son adorable petite fille. Misa, régulièrement battue et humiliée par son petit ami Katsuya, décide de le quitter une bonne fois pour toute. Etchan et ses copines lycéennes peinent à s’imaginer un avenir à la fac. Kei’chi et Miharu ont un coup de foudre aussi inattendu qu’inespéré. Des hommes et des femmes qui se croisent le temps d’un court trajet, des destins qui se nouent et se dénouent au fil de l’avancée sur les rails.

Huit chapitres correspondant aux huit gares traversées par le tain à l’aller, huit chapitres pour refaire le trajet dans l’autre sens, avec les mêmes personnages, quelques mois plus tard. Le schéma narratif est simple, la mécanique imparable. Certes, la ligne Takarazuka-Nishinomiya est la véritable héroïne du roman mais c’est un plaisir de découvrir l’évolution des protagonistes entre le printemps et l’automne. On les suit le temps d’un ou deux arrêts et même si notre rencontre avec eux reste furtive, on finit par s’attacher à ces gens simples aux aspirations « ordinaires ».

C’est doux et piquant, plein d’une retenue typiquement japonaise, les pensées les plus intimes étant toujours exprimées avec une grande pudeur. Bref, ce fut un vrai plaisir de parcourir ce récit tout en sensibilité qui ne verse heureusement pas dans l’excès de bons sentiments. 

Au prochain Arrêt d’Hiro Arikawa (traduit du japonais par Sophie Refle). Actes Sud, 2021. 184 pages. 18,50. 






mardi 31 août 2021

Dans la gueule du Diable - Anne Loyer

Photographe attitré de la Gazette du Bahut, Tom se voit associer à la mystérieuse Amina pour rédiger un article sur la fête foraine venant de s’installer en ville. Arrivée depuis peu au collège, cette fille ne lui inspire rien qui vaille avec ses fringues et ses attitudes de garçon manqué. Devant faire équipe avec elle malgré lui, Tom oublie vite ce désagrément une fois sur place, prêt à utiliser pour la première fois le magnifique appareil photo que ses parents viennent de lui offrir.

En cette fin d’après-midi la fête est encore déserte et la bouche grande ouverte du train fantôme attire les jeunes reporters comme un aimant. A l’intérieur de l’attraction, une macabre découverte les attend. Aussi inconscients que courageux, ils vont se lancer sur la piste de dangereux criminels, sans penser aux conséquences dramatiques que leur témérité pourrait engendrer.

Un petit roman à lire d’une traite pour suivre les aventures de Tom et Amina, des entrailles d’un manège flippant à une usine désaffectée encore plus flippante. Le rythme est enlevé, les courts chapitres participent à la montée de la tension et du suspens. Anne Loyer joue sur les codes classiques du thriller palpitant et sans temps mort tout en abordant l’air de rien des thématiques comme l’émancipation féminine et les premiers émois amoureux.

C’est simple, rondement mené, le suspens accrochera à coup sûr les jeunes lecteurs désireux de savoir comment tout cela va se terminer. Terriblement efficace quoi !

Dans la gueule du Diable d’Anne Loyer. Mijade, 2021. 180 pages. 7,00 euros. A partir de 9-10 ans.



Un billet qui signe la reprise des pépites jeunesse
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dimanche 29 août 2021

Quatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes - Lionel Shriver

 

Serenata, sexagénaire fringante et active, se désespère de ne plus pouvoir faire les activités physiques intenses qu’elles s’imposaient depuis l’adolescence à cause de ses genoux en piteux état. Son mari Remington vient lui porter un coup au moral supplémentaire le jour où il lui annonce qu’il a l’intention de participer à un marathon. Lui, le néo-retraité qui n’a jamais couru de sa vie !  La nouvelle est difficile à digérée pour Seranata, qui y voit d’abord une volonté de lui nuire, de la mettre face à sa propre décrépitude. Elle finit par se convaincre que ce n’est qu’une passade, qu’une fois le marathon achevé tout rentrera dans l’ordre. Malheureusement pour elle, elle se trompe dans les grandes largeurs et la nouvelle obsession de son homme pour le sport ne va cesser de croitre, creusant entre eux une distance toujours plus grande et plus profonde.  

Cette Serenata, quel personnage ! Misanthrope, cynique, atrabilaire et plutôt imbue d’elle-même, elle ne va cesser d’enchaîner les désillusions et de constater le déclin d’un mariage aux fondations jusqu’alors solides. La faute à son mari bien sûr, puisqu’elle-même a bien du mal à se remettre en cause. Entendons-nous, Remington n’est pas tout blanc non plus. Manipulable, en attente permanente du soutien de sa femme, devenu un monomaniaque de l’effort n’ayant plus d’autres centres d’intérêts que les kilomètres avalés chaque jour, il est insupportable ! 

Lionel Shriver n’épargne personne. Elle appuie là où ça fait mal. Tout le monde en prend pour son grade et les nombreux personnages secondaires sont savoureux. C’est acide, débordant d’une ironie mordante et, au-delà de la dénonciation du délire narcissique d’une société américaine obsédée par le culte de l’effort et de la compétition, elle se permet d’égratigner au passage la culture woke et le politiquement correct poussé jusqu’à l’absurde. Son roman interroge aussi sur la difficulté à se projeter dans la vieillesse et surtout, pour un couple, la difficulté de vieillir ensemble.

L’épilogue est un peu idyllique et caricatural. Trop consensuel aussi, en tout cas en décalage trop flagrant avec tout ce qui a précédé. Dommage mais ça n’a aucunement gâché le plaisir que j’ai eu à découvrir une plume terriblement incisive. 

Quatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes de Lionel Shriver (traduit de l’anglais par Catherine Gibert). Belfond, 2021. 385 pages. 22,00 euros.  







lundi 23 août 2021

La saga des Cazalet T3 : Confusion - Elizabeth Jane Howard

Le titre de ce volume est parfait. Tout se complique, pour tout le monde. Et rien ne se décante, pour personne. La guerre se poursuit, le quotidien est difficile pour la population et celui des Cazalet ne fait pas exception à la règle. Dans la grande tribu les enfants ont bien grandi. Les cousines Polly et Clary s’installent ensemble à Londres et débutent une vie active chaotique. A 19 ans, Louise est loin de s’épanouir depuis son mariage et ce n’est pas une grossesse inattendue qui va arranger les choses. Chez les adultes, Hugh ne parvient pas à se remettre du décès de sa femme, Edward mène toujours une double vie, Zoë, n’espérant plus le retour de Rupert, tombe dans les bras d’un photographe américain et Rachel joue toujours la bonne samaritaine auprès de ses parents vieillissants, au grand dam de son amour Sid. Beaucoup de non-dits, beaucoup de tromperies, beaucoup de souffrances intimes que l’on garde pour soi car s’épancher n’est pas une habitude dans la famille Cazalet. Le roman se termine au moment de la victoire alliée, peut-être l’occasion pour chacun d’y voir une porte ouverte vers un avenir meilleur…

Quel bonheur de retrouver cette saga dont je me délecte depuis la première page du premier tome, quel plaisir de suivre les destins de cette floppée de personnages tous parfaitement campés. C’est facile à lire, l’écriture est simple et ne cherche pas de complications inutiles et on se surprend à trouver la narration addictive malgré la multiplication des intrigues.

Les thématiques abordées depuis le début ne changent pas, l’émancipation féminine face à la mainmise du patriarcat reste au cœur du récit, comme le manque de considération des adultes pour les enfants (se traduisant notamment par une volonté permanente de leur cacher les dures réalités de la vie). 

Un tome charnière, où l’on sent la grande famille bourgeoise atteindre le crépuscule de son âge d’or. Et si la chute risque d’être rude, elle pourrait aussi permettre à chacun de se projeter enfin vers de nouveaux horizons.

La saga des Cazalet T3 : Confusion d’Elizabeth Jane Howard (traduit de l’anglais par Anouk Neuhoff). La Table Ronde, 2021. 480 pages. 23,00 euros.








jeudi 29 juillet 2021

Au nord du monde - Marcel Theroux

Makepeace vit seule dans une ville abandonnée de Sibérie. Ses parents venus des États-Unis en pionniers et son frère sont morts juste avant le cataclysme, avant que la civilisation moderne disparaisse, avant que les rares humains restants soient partis vers d’autres contrées. Seule dans sa maison d’enfance, elle cultive son potager et se protège comme elle peut, des intempéries et des rares rodeurs. Jusqu’au jour où elle rencontre Ping, une esclave échappée d’un convoi en route pour le nord. Jusqu’au jour où un avion la survole et où elle s’imagine qu’un retour à la vie d’avant est possible. L’espoir chevillé au corps, Makepeace décide de partir sur la route, en quête de jours meilleurs.

Ok, ce western post-apocalyptique du grand nord n’est pas le roman le plus joyeux de l’année mais paradoxalement ce fut une lecture de vacances parfaite. Car même si les aspects liés au dérèglement climatique et à l’activité humaine irréfléchie sonnent de manière très actuelle et n’ont rien pour remonter le moral, la narration nerveuse rend le récit haletant et addictif.  

Et au-delà du contexte et de l’ambiance, au-delà des événements qui s’enchaînent, le personnage de Makepeace dégage une aura envoutante. Les coups durs qu’elle accumule, son regard lucide sur l’état du monde, ses réflexions sur la nature humaine, ses interrogations métaphysiques sur le sens de la vie donnent à l’ensemble une profondeur qui va bien plus loin que le simple roman d’aventure.   

Un excellent moment de lecture, enrichit par la postface d’Haruki Murakami et les informations apportées par l’auteur sur la genèse de son texte. Du tout bon !

Au nord du monde de Marcel Theroux (traduit de l'anglais par Stéphane Roques). Zulma, 2021. 400 pages. 20,00 euros.





samedi 24 juillet 2021

Ce qui est au-dedans - Sam Shepard

Le narrateur se réveille à 4h00 du matin. Comme chaque jour l’insomnie le tourmente, malgré les somnifères, et le fil de la mémoire se déroule, fragmenté, incomplet, aléatoire. Il pense à son père et à son amante d’à peine 14 ans qui deviendra par la suite son initiatrice. Il pense à son ex-femme qui veut le faire chanter. Il pense à son corps qui le lâche petit à petit, à la solitude dans sa maison isolée du Nouveau Mexique, avec ses chiens pour seule compagnie. Il se rappelle l’Amérique de son enfance, les grands espaces, l’avenir radieux qui s’offrait à lui. Aujourd’hui les coyotes hurlent au crépuscule et la fin du chemin est proche. Le constat est lucide, sans trémolo excessifs, intime mais pudique. 

Dernier ouvrage à l’évidence très autobiographique de Sam Shepard avant son décès en 2017, Ce qui est au-dedans sonne comme un adieu. Malheureusement les courts textes qui le composent forment un patchwork foutraque qui donne l’impression d’être dans la tête d’un vieil homme désorienté, incapable de remettre en place les différentes pièces du puzzle de sa vie. Ça pourrait être touchant mais j’ai trouvé l’ensemble super pénible. Par moment on se dit qu’on tient un vrai début d’histoire mais très vite il part dans une autre direction, vers un autre événement, une autre époque, un autre souvenir. A la longue c’est juste lassant et au final, rien ne ressortant du lot, on s’ennuie ferme. L’écriture n’est pas désagréable en soi, il s’en dégage même une forme de poésie et de mélancolie esthétiquement très plaisante mais cela n’a pas suffi à susciter mon intérêt pour le reste.    

J’ai beau chercher du positif, force m’est de constater que cette lecture n’a rien eu d’agréable, tellement peu marquante que quelques jours après avoir terminé le livre, il ne m’en reste rien de solide en dehors de quelques bribes éparses. Vraiment pas une réussite en ce qui me concerne et c’est bien dommage car avant le coup je pensais que j’allais adorer.

Ce qui est au-dedans de Sam Shepard. Robert Laffont, 2020. 230 pages. 21,00 euros.






lundi 19 juillet 2021

Les seigneurs - Richard Price

Bronx, années 60. Richie traîne dans la cité avec ses copains. Ils sont italo-américains, pauvres et désœuvrés. A 17 ans Richie est à la tête de la bande des Vagabonds, un groupe d’ados toujours prêt à se frotter aux autres bandes qui se partagent le quartier. Italien, irlandais, polonais, asiatique ou afro-américain, chaque groupe veut se faire respecter et les occasions d’affrontement sont nombreuses. Au-delà des rivalités ethniques, les Vagabonds doivent composer avec une envie permanente de perdre leur virginité, une scolarité chaotique, des perspectives d’avenir bien ternes, des parents violents, psychotiques et/ou alcooliques et un environnement où l’ennui domine toute autre forme d’activité.

Premier roman de Richard Price publié en 1974 et premier coup de maître. New-York, la zone, les terrains vagues, les bars miteux, la misère et la crasse à chaque coin de rue. Des gamins qui ne pensent qu’à tirer ou boire un coup, qui sèchent les cours et gagnent quelques billets en jouant les arnaqueurs. Les premiers émois amoureux, la baston, la solidarité, la perte des dernières illusions et une amitié qui s’exprime selon des codes bien particuliers sont les thèmes récurrents qui traversent le récit. La violence et le sexe sont très présents mais au-delà de ces aspects les plus frappants, ce roman d’initiation aborde avec beaucoup de justesse passage de l’adolescence vers l’âge adulte.

Chaque chapitre peut se lire comme une nouvelle indépendante mettant en scène un personnage différent mais l’ensemble forme un tout cohérent, cimenté par la colonne vertébrale formée par les membres des vagabonds. Il y a du Selby dans ce roman, certes moins dérangeant et extrémiste que Last Exist to Brooklyn mais l’esprit est le même, tragique, pessimiste, âpre et parfois aussi très drôle. Le décor est identique mais les personnages de Price sont plus attachants et son écriture moins crue, moins radicale. Une plongée pleine d’énergie et de désespoir dans l’Amérique pauvre et urbaine des années 60.

Les seigneurs de Richard Price. 10/18, 2007. 310 pages. 8,10 euros. 







mardi 6 juillet 2021

Melvin T3 : Melvin Gold - Artur Laperla

Pas la peine de tourner autour du pot, la couverture suggestive en dit beaucoup : Melvin a un gros paquet. Un gros paquet bien moulé dans son pantalon serré, qui ne laisse personne indifférent. Alors quand il arrive à la ferme des sœurs Wondershake, son sac sur le dos, le colosse est accueilli à bras ouverts (et il n’y a pas que les bras que les frangines vont lui ouvrir en grand). 

Problème, Melvin a fait des siennes avant de débarquer à la cambrousse. Il a notamment dévergondé la femme, la fille et la maîtresse de Patrick Bullshit, un escroc notoire qui l’a très mal pris, au point d’engager un tueur à gage pour se débarrasser de notre Don Juan monté comme un âne. Du coup, pendant que Melvin épuise les filles de la campagne, le danger se rapproche…


Il est marrant ce petit album à réserver à un public averti. Un format poche presque carré et un héros mutique qui préfère s’exprimer à coups de reins plutôt qu’avec des mots. La nature a été généreuse avec lui et ça tombe bien car le bonhomme est très généreux par nature. Ici les filles n’ont pas froid aux yeux et, en dehors de Melvin, les hommes sont tous des timides, aigris ou cul-serré sans cervelle. C’est distrayant, rigolo, sans prétention mais réalisé avec application. Une lecture de vacances parfaite pour s’émoustiller avant une sieste crapuleuse. 

Melvin T3 : Melvin Gold d’Artur Laperla. Bang Editions, 2021. 140 pages. 10,00 euros.








samedi 3 juillet 2021

L’étiquette olympique - Thierry Beauchamp

Avant de devenir un grand cirque médiatique, financier et publicitaire, les Jeux Olympiques sont longtemps restés un paradis de l’amateurisme où l’esprit sportif se détachait de toute arrière-pensée vénale. Entre les premiers jeux olympiques modernes de 1896 à Athènes et la tristement célèbre édition de 1936 à Berlin, les olympiades connurent nombre d’épisodes marquants, plus incroyables les uns que les autres.

Ainsi à Paris en 1900, l’épreuve de tir aux pigeons vivants laissa le bois de Boulogne jonché de cadavres de volatiles et l’atmosphère obscurcie par un nuage de plumes. Toujours à Paris, l’américaine Margaret Ives Abott, pensant participer à un simple tournoi de golf, remporta l’épreuve et s’éclipsa avant que les officiels annoncent les résultats. Elle mourut 55 ans plus tard sans savoir qu’elle avait été une championne olympique.

Quatre ans plus tard à St Louis le vainqueur du marathon, dopé à la strychnine et au cognac, franchit la ligne d’arrivée dans un état délirant, pensant avoir remporté l’élection présidentielle américaine. Au cours de cette même édition le trentenaire George Eyser décrocha six médailles en gymnastique malgré sa jambe de bois. 

L’édition de Londres en 1908 célébra une victoire anglaise en boxe où, après un match nul en finale, le vainqueur fut désigné par le président de la fédération, qui n’était autre que son père. Cette même année le suédois Oscar Swahn, soixante ans, remporta le concours de tir au cerf (rassurez-vous, l’épreuve consistait à tirer sur des cibles mouvantes représentant des cerfs et non sur de véritables animaux, la leçon des pigeons de Paris avait été retenue).

Et que dire de l’édition de Stockholm en 1912, où la finale du tournoi de lutte dura neuf heures et où se tinrent des épreuves d’architecture, de littérature, de musique, de peinture et de sculpture qui rassemblèrent trente-cinq artistes. La baron Pierre de Coubertin s’y vit décerner la médaille d’or de littérature pour un poème en prose vantant les mérites du sport.

Ce recueil à la prose délicieuse regroupe vingt-cinq savoureuses anecdotes olympiques représentatives d’une époque depuis longtemps révolue où l’important n’était pas de gagner. Drôles, instructives et pleines de fraîcheur, ces chroniques signées Thierry Beauchamp démontrent qu’il y a toujours eu bien des façons différentes d’entrer dans la légende du sport.

L’étiquette olympique de Thierry Beauchamp. Wombat, 2021. 96 pages. 13,00 euros.

PS : pour info ces chroniques ont été initialement diffusées sur France Culture durant l'été 2012. Elles sont toujours disponibles en podcast : https://www.franceculture.fr/emissions/letiquette-olympique








mardi 29 juin 2021

La meute - Adèle Tariel

Pour son entrée en seconde, Léa découvre un nouvel établissement où elle ne connait personne. De nature timide, elle se rapproche d’un garçon dont le magnétisme en fait le leader incontestable de la classe. Lors du premier cours d’histoire de l’année la jeune fille comprend que le professeur, en manque d’autorité, va être malmené par certains élèves provocateurs. Au fil des jours le chahut ne cesse d’empirer et l’enseignant va devenir la risée de tout le lycée sur les réseaux sociaux. Entraînée malgré elle dans ce tourbillon de moqueries et de violence, Léa préfère se taire pour ne pas risquer de mettre à mal son intégration auprès de ses nouveaux camarades.  

Intéressant de parler de harcèlement en faisant de la victime non pas un élève mais un prof. Le texte montre les ravages de l’effet de groupe, de l’influence toxique d’une poignée de meneurs que personne n’ose contrarier, auxquels personne n’ose s’opposer. Et au-delà, il montre l’importance pour la jeune fille de s’intégrer coûte que coûte, à la fois pour ne pas sentir exclue et pour éviter de devenir la prochaine harcelée en cas de résistance ou d’opposition.

Bien sûr Léa est mal à l’aise. Elle suit sans cautionner, elle assiste sans s’offusquer, du moins de manière frontale. Impossible pour elle d’afficher son intime conviction que tout va beaucoup trop loin, impossible pour elle de sortir du cercle infernal dans lequel elle est entrée et dont elle a trop peur de sortir. Adèle Tariel a su placer le curseur au bon endroit pour éviter la caricature et rester dans une forme de réalisme qui rend les réactions de chaque protagoniste d’une totale crédibilité. Son récit s’avère au final aussi poignant que dérangeant.

Un court roman parfait pour aborder la question du harcèlement en poussant les lecteurs à la réflexion.

La meute d’Adèle Tariel. Magnard jeunesse, 2021. 96 pages. 5 ,90 euros. A partir de 15 ans.


La dernière pépite de cette année scolaire partagée avec Noukette








mardi 15 juin 2021

Quelques secondes encore - Thomas Scotto

Alban est tombé d’un toit. Mort cérébral. Sa mère et sa sœur Anouk sont à l’hôpital, son père en déplacement professionnel. Alban avait assuré qu’il souhaitait faire don de ses organes s’il lui arrivait malheur un jour. Mais pour sa mère, la décision est trop difficile à prendre. Trop tôt. Trop vite. 

Nous sommes auprès d’Alban, dans les minutes qui suivent l’annonce du verdict des médecins. Anouk est l’unique narratrice de ce monologue bouleversant. Ses pensées naviguent entre l’insoutenable présent et les souvenirs heureux. Alban et sa passion pour la construction de meubles en palettes. Une sortie mémorable au parc d’attraction. Une tanière construite dans les bois pour jouer les fugueurs le temps de quelques heures. Des petits moments. Des trucs du quotidien. Anouk cherche les arguments pour convaincre sa mère, pour respecter la volonté de son frère. Sans la heurter, sans la brusquer. Mais du haut de ses 16 ans, elle se sent démunie à la fois face au drame et à l’urgence.  

Encaisser le choc. Être en pleine sidération. Sans déni accepter la réalité. Et au-delà ne pas pouvoir se projeter vers cette décision que le corps médical attend avec impatience. C’est là que le titre prend tout son sens. Quelques secondes encore. Du temps gagné sur la réponse impossible à donner. 

Il y a évidemment quelque chose de déchirant dans ce texte. De l’ordre de la douleur la plus violente, la plus intime, la plus insupportable. Mais on ne sombre pas pour autant dans des abysses de noirceur, on ne tire pas avec excès sur la corde lacrymale. Douceur, dignité et humanité servent de cadre au récit. Tout en retenu, les mots d’Anouk ne se laissent pas submerger par la colère ou la tristesse. Pas encore. Pas avant la fin du compte à rebours. 

Un roman à la beauté fulgurante, d’une infinie délicatesse.  

Et comme toujours avec cette collection, l'achat du livre papier offre accès à la version audio et à la version numérique via une application dédiée.

Quelques secondes encore de Thomas Scotto. Nathan, 2021. 56 pages. 8,00 euros. A partir de 15 ans.



Une sublime pépite jeunesse partagée avec Noukette





mardi 8 juin 2021

T’as vrillé - Joanne Richoux

Il pèse pas lourd, il est pas bien grand. Pompes niquées, jean large et sweat. Cheveux longs, pointes teintées en blond sur 15 centimètres. Il s’appelle Danaël parce que sa mère voulait Raphaël et son père Daniel. Il vit dans une cambrousse où l’hiver semble s’installer dix mois sur douze et sa seule passion dans la vie s’appelle Florine. Une gothique qu’il fréquente depuis quelques mois. C’est avec elle qu’il a perdu sa virginité, il l’a dans la peau sa Florine. Ce soir il file la rejoindre, masque sur le visage à cause de cette fichue pandémie. Direction leur endroit à eux. Caché. Florine l’attend, évidemment. Des jours qu’elle n’a pas bougé de là. Elle est son secret, un secret qu’il veut garder rien que pour lui.

Encore un texte coup de poing dans cette collection où chaque histoire doit se lire d’une traite, dans un souffle. Encore un monologue, voyage dans la psyché d’un ado fou amoureux. Un ado qui se livre sans filtre. Un ado qui a pour seul obsession son premier coup de foudre, celui dont on se persuade qu’il va durer toute la vie. 

Joanne Richoux joue des ambiguïtés de Danaël, elle lève le voile centimètre par centimètre pour révéler les desseins du jeune homme, pour souligner la porosité de la frontière entre l’amour et la folie. L’écriture concise et nerveuse entretient la tension, le discours passionné prend peu à peu un tournant malsain, la confession met mal à l’aise, l’angoisse monte. Un tout petit texte bluffant de maîtrise.   

T’as vrillé de Joanne Richoux. Actes sud jeunesse, 2021. 46 pages. 9,80 euros. A partir de 15 ans.



Une pépite jeunesse une nouvelle fois partagée avec Noukette






samedi 5 juin 2021

Un dernier ballon pour la route - Benjamin Dierstein

« Vous allez me goutez ça, les gars, a dit Gwenolé en remplissant nos verres, et à la couleur tourbée de son alcool j’ai eu l’espoir vain que ça pouvait être une sorte de whisky ou de rhum ambré.
J’ai avalé mon verre cul sec et j’ai aussitôt compris que ce n’était rien de tout ça, mais vraiment rien du tout. J’ai plutôt eu l’impression qu’on venait de me chier dans la bouche en m’arrosant d’essence. »

Rien de mieux que ce petit extrait pour saisir la substantifique moelle de ce roman. On y boit beaucoup, pour ne pas dire en permanence. Tout le monde lève le coude, tout le monde s’y assomme à coup de tord-boyaux. Dans le troquet de Mado on pose ses fesses sur des tabourets poussiéreux, on trempe ses lèvres dans des verres crasseux que l’on repose sur un comptoir graisseux. On y croise une faune de soiffards venus dépenser le maigre salaire péniblement gagné en se cassant le dos à l’usine. L’alcool éteint ou excite, c’est selon. Il délie les langues, désinhibe les plus timides. Quand l’ambiance s’échauffe, on finit par se foutre sur la gueule. On casse le mobilier, on crie, on jure, on s’insulte. Jusqu’à l’arrivée des gendarmes, qui sont souvent aussi bourrés que les ouvriers qu’ils viennent tabasser à coups de matraque pour ramener le calme.  

Ce roman ne dresse pas le portrait de la France d’en bas, il creuse jusqu’à la France d’en-dessous. Celle des paumés, des camés, des solitaires, des clochards célestes. Une France ou un pseudo médecin tient cabinet dans les chiottes d’un supermarché, une France où les loups rodent, où des fantômes de vaches éviscérées trainent au fond des bois, où des femmes bâties comme des armoires à glace croquent les verres à pleine dent après les avoir vidés et où les bergers peuvent se marier avec leurs chèvres. Une France de la cambrousse la plus profonde, pleine de mobile homes défraichis, « de magasins abandonnés ornés de pancartes à vendre, et de jardins remplis de ferraille rouillées et de vélos cassés. » 

Bien sûr il y a une intrigue. Fine comme du papier à cigarette, qui nous raconte les mésaventures de Freddie revenant dans son village d’enfance avec son copain Didier pour se faire embaucher par une maman désespérée, persuadée que son gamin a été enlevé par des hippies. 

Mais l’intrigue, on s’en fiche. Ce qui compte, c’est l’excès. Partout, tout le temps. Excès d’alcool, de personnages incroyables, de scènes improbables, de dialogues lunaires, de mélancolie, d’humour noir, de violence pure et d’odeurs immondes. Ce qui compte, c’est de se régaler d’un western rural délirant et sans temps mort. Ce qui compte, c’est d’être dans le brut de décoffrage, plus cinglant qu’un coup de trique sur les fesses blanches et crémeuses d’une fille de joie, plus abrasif qu’une ponceuse industrielle décapant le vernis d’un parquet en chêne. Ce qui compte, c’est d’avoir l’impression d’assister à un plan à trois entre Bukowski, Harry Crews et Jim Thompson. Ce qui compte, c’est d’avoir trouvé tout ce que j’aime en somme.

Un dernier ballon pour la route de Benjamin Dierstein. Les Arènes, 2021. 408 pages. 20,00 euros.

PS : âmes sensibles et vertueuses s’abstenir. Plutôt deux fois qu’une.    





mardi 1 juin 2021

Si tu avances - Cathy Ytak

Avant son entrée en première, Katja profite des vacances d’été pour se rapprocher du beau Quentin, dont elle est folle amoureuse. Avec l’autorisation de ses parents, elle va rejoindre le jeune homme en Provence, sur un chantier où des bénévoles participent à la préservation du patrimoine local en reconstruisant des murs de pierres sèches. Las, une fois sur place, les désillusions s’accumulent. La chaleur est infernale, le travail harassant, la promiscuité difficile à supporter et surtout Quentin la rejettent violemment. Désespérée, Katja s’enfuit seule, en pleine nuit, au bord d’un ravin…

Encore une belle surprise de la collection Court Toujours dont les textes concis et percutants ne cessent de me séduire. Il faut dire qu’avec Cathy Ytak à la manœuvre, je partais confiant. J’ai retrouvé avec plaisir son infinie tendresse pour chacun de ses personnages, sa façon bien à elle de les bousculer, de leur faire toucher le fond avant de les ramener vers la surface. Katja souffre du rejet de Quentin mais après avoir compris que l’on « ne peut pas obliger quelqu’un à vous aimer », elle se décide à aller de l’avant, aidée par de nouveaux amis dont elle découvre la prévenance et la gentillesse.

Un petit roman pétri de bienveillance et d’humanité, positif et lumineux.

Et comme toujours avec cette collection, l'achat du livre papier offre accès à la version audio et à la version numérique via une application dédiée.

Si tu avances de Cathy Ytak. Nathan, 2021. 64 pages. 8,00 euros. A partir de 15 ans.



Encore une pépite jeunesse partagée avec Noukette






dimanche 30 mai 2021

La rivière en hiver - Rick Bass

Chez Rick Bass on est chasseur d’élan, plongeur sous la glace d’une rivière en hiver ou bucheron alcoolique et sans emploi filant tout droit vers la banqueroute. On peut aussi racheter des terres pétrolifères à des familles sans le sou, s’offrir un road trip à travers le Montana de Missoula à Yellowstone, coacher avec passion l’équipe féminine de basket d’un trou paumé ou s’en aller couper un sapin en pleine forêt la veille de Noël. Chez Rick Bass on vit au grand air, dans des régions isolées. On a des rapports compliqués avec ses semblables et on est du genre solitaire. Surtout, on a un lien à la nature aussi rude que respectueux. Cette dernière n’est d’ailleurs jamais douce et bienveillante, elle n’est pas là pour jouer la muse des poètes fleur bleue et c’est tant mieux. 

Rien de romantique ni de bucolique à attendre de ces nouvelles débordant de nature writting mais rien de gratuitement démonstratif non plus. Ici la violence est sourde, la douleur rentrée, le danger latent ne se transforme pas automatiquement en drame. Tout en subtilité, parfois contemplative, la narration presque dépourvue de dialogues joue de l’alternance du calme et de la tension pour décrire un environnement âpre qui peut se révéler tour à tour cruel ou généreux. 

Un recueil de nouvelles ciselé, sans emphase ni lyrisme malvenu, qui va à l’essentiel, droit au but, et qui touche en plein cœur. Décidément, Rick Bass est un merveilleux styliste.

La rivière en hiver de Rick Bass (traduit de l’anglais par Brice Matthieussent). Christian Bourgois éditeur, 2020. 220 pages. 20,50 euros.



Un billet qui signe ma seconde participation au challenge
Mai en nouvelles d'Electra et Marie-Claude











mardi 18 mai 2021

Le journal de Gurty T9 : La revanche de Tête de Fesses - Bertrand Santini

Un joli mois de mai s’annonce pour Gurty lorsqu’elle descend du train en gare d’Aix-en-Provence. Le soleil, la maison de vacances de son maître, les retrouvailles avec sa copine Fleur, avant le coup tout semble parfait. Impossible de se douter que le séjour va virer au cauchemar. La première mauvaise surprise est violente. Trouver son pire ennemi le chat Tête de Fesses confortablement installé dans son panier est un énorme choc pour la petite chienne. Entendre ensuite celui-ci annoncer qu’il vient d’être papa et que ses rejetons vont débarquer avec leur mère est une seconde mauvaise surprise encore bien pire que la première. Surtout que Tête de Fesses a l’intention de faire de sa progéniture une horde de guerriers sanguinaires. Autant dire que pour Gurty et Fleur, l’overdose de chats va être difficile à supporter !

Le risque de lassitude est grand quand une série de romans arrive au 9ème tome. Surtout quand l’action se passe toujours au même endroit et toujours avec les mêmes protagonistes. Pourquoi n’est-ce pas le cas avec Gurty ? Parce que Bertrand Santini renouvelle sans cesse le comique de situation et que ses dialogues à l’humour souvent absurde font mouche à chaque fois. Sans parler de ses trouvailles graphiques si expressives ou de sa capacité à aborder entre les lignes des sujets bien plus sérieux que son intrigue ne le laisser supposer de prime abord (ici, entre autres, le machisme et l’assurance fort malvenue du mâle bien trop sûr de sa supériorité sur la gente féminine).

Au final le plaisir de suivre les aventures de Gurty et de ses acolytes ne faiblit pas le moins du monde. Comme une bande de copains que l’on apprécie de retrouver et avec laquelle on sait que l’on va passer des moments de franche de rigolade sans se prendre la tête. Et comme d’habitude on tourne la dernière page en pensant vivement la suite !

Le journal de Gurty T9 : La revanche de Tête de Fesses de Bertrand Santini. 240 pages. 10,90 euros. A partir de 8 ans.


Une nouvelle pépite jeunesse partagée avec Noukette







jeudi 13 mai 2021

Sortie parc, gare d’Ueno - Miri Yu

A la mort de sa femme, sa petite fille est venue à la maison pour s’occuper de lui. Mais il n’a pas supporté d’être un fardeau, un poids inutile pourrissant la vie de ses proches. Alors un jour il a quitté Fukushima en prenant le train pour Tokyo sans prévenir personne, avec un maigre bagage et quelques sous en poche. Et après avoir dormi pour la première fois de sa vie à la belle étoile, il est devenu un SDF sexagénaire, sous une tente de fortune, dans le parc d’Ueno.

Il raconte les jours mornes, les magazines ramassés ici où là et revendus pour quelques pièces à des soldeurs. Il raconte le froid mordant de l’hiver, la pluie incessante du printemps et la chaleur étouffante de l’été. Il raconte les jours particuliers où un membre de la famille impériale doit venir dans le parc. Ces jours-là les SDF ont l’obligation de démonter leurs abris, de faire place nette et d’attendre la fin de la visite pour s’installer à nouveau. Il raconte ses années de labeur sur les chantiers à travers le Japon. Des années loin des siens avant une retraite bien méritée dont il aura peu profité. Il raconte le décès de son fils dans son sommeil alors qu’il n’avait que 21 ans et un brillant avenir devant lui. Sans jamais s’apitoyer, il raconte une vie qui ne l’aura pas épargné. Au-delà de son propre cas, il parle aussi de ses compagnons d’infortune. De la violence, de la misère, du regard méprisant d’une société qui voudrait faire d’eux des invisibles. 

Le désespoir ne prend pas ici la couleur de la colère, il s’exprime plutôt dans une forme de résignation tout en retenue. La douleur se drape dans les habits de la dignité, le narrateur semble murmurer son histoire, comme pour ne pas déranger. C’est beau, c’est triste, c’est cruel, ça ressemble à la vie dans ce qu’elle a de plus dur à offrir. Un court roman poignant et pétri d’humanité. 

Sortie parc, gare d’Ueno de Miri Yu (traduit du japonais par Sophie Refle). Actes Sud, 2015. 170 pages. 16,80 euros.





mardi 11 mai 2021

Mon grand frère - Thierry Radière

Maturin adore son grand frère Victor. Ils ont beau avoir sept ans d’écart, ils sont très proches l’un de l’autre. Victor va bientôt fêter ses 18 ans. Et alors que le bac s’annonce, l’atmosphère à la maison ne cesse de se dégrader entre le fils aîné et son père. Passionné de musique, Victor passe ses week-ends à jouer du rock avec ses copains. Pensionnaire la semaine, il sèche les cours et cumule les mauvaises notes. Sa mère lui trouve toujours des excuses mais son père est impitoyable avec lui. Et Maturin regarde la situation empirer sans pouvoir intervenir. Il voudrait pourtant vivre dans une famille où règne l’harmonie et la joie de vivre mais que peut-il faire du haut de ses onze ans pour résoudre un conflit semblant sans issue ? 

Il est tellement touchant Maturin ! A la fois sensible et impuissant devant le naufrage de la relation entre son père et son frère. Lucide aussi, se doutant bien que rien n’y fera tant que leurs préoccupations respectives resteront aussi éloignées, tant qu’aucun des deux ne souhaitera faire un pas vers l’autre pour apaiser la situation.

Thierry Radière dresse le portrait d’une famille assise sur une poudrière. Jamais il ne force le trait pour mettre en musique sa partition entre un grand ado bientôt adulte un poil branleur, un père psychorigide, une mère qui ne veut jamais prendre parti et un petit frère déboussolé devant le désastre en cours. On voir venir de loin la conclusion de l’histoire : bien sûr qu’il va l’avoir son bac, bien sûr qu’au final tout va rentrer dans l’ordre, bien sûr qu’une happy end est la seule issue possible. Sauf que. Ce n’est pas si simple. Pas si simpliste. C’est même beaucoup plus complexe. Et tellement plus réaliste. J’avoue, je ne m’y attendais pas. Et en ce qui me concerne cette fin surprenante m’a beaucoup plu.

Mon grand frère de Thierry Radière. Magnard jeunesse, 2020. 140 pages. 13,50 euros. A partir de 13 ans.


Une pépite jeunesse comme toujours partagée avec Noukette