mardi 25 janvier 2022

Miettes (humour décalé) - Stéphane Servant

C’est la fête de fin d’année au lycée et un ado s’apprête à monter sur scène pour proposer un numéro de stand-up. D’emblée il s’excuse. De ne pas être l’archétype du beau gosse. De ne pas cocher les cases de la virilité qui fait de vous un homme. « Avec son mètre cinquante, ses lunettes, et sa tête d’allumette. » Sans parler de ses bras « comme des bretzels ». Le genre de garçon discret auquel personne ne fait attention. Le genre de garçon que l’on choisit toujours en dernier pour faire son équipe en cours de sport. Le genre de garçon qui déçoit son père quand celui-ci comprend qu’il ne pourra jamais en faire un mec, un vrai. Le ton se veut d’abord léger, mélange d’ironie un poil mordante et d’autodérision bien sentie. Mais peu à peu le propos se durcit, devient accusateur, et tourne finalement à la confession glaçante.

Un monologue en public cathartique, libérateur, à la fois cri de rage, expression de colère et volonté de ne plus accepter les normes d’une masculinité toxique que l’on cherche à imposer dès le plus jeune âge. L'ado voudrait pouvoir revendiquer sa sensibilité sans être marginalisé, il voudrait que volent en éclat les modèles hiérarchiques patriarcaux pour enfin être capable de ne plus faire semblant d’être ce qu’il n’est pas. Le chemin sera long mais ce premier pas l’a au moins libéré d’un poids.

Un texte court, puissant, touchant de sincérité et de maladresse. Stéphane Servant sait appuyer là où ça fait mal, avec l’intelligence et la finesse qui le caractérisent.   

Miettes (humour décalé) de Stéphane Servant. Nathan, 2021. 50 pages. 8,00 euros. A partir de 14 ans


Une pépite jeunesse évidemment partagée avec Noukette !







mardi 11 janvier 2022

Queen Kong - Hélène Vignal

« Si tu veux du sexe sans amour, si tu veux démêler les deux, le temps de comprendre quelque chose, il faut être prêt à payer la note. On te le pardonnera pas. En tout cas si t’es une meuf. »

Elle est cataloguée, elle le sait. Pour eux elle est une fille facile, une fille qui couche avec tout le monde, une belle s…. C'est ce qu'ils disent dans les commentaires qui font vibrer son téléphone à répétition, entre insultes et émojis assassins. La meute est à ses trousses, babines retroussées, l’écume aux lèvres, prête pour la curée. Et pourtant, même si la situation est difficile à vivre, elle préfère être de son côté de l’écran, seule mais libre, tellement plus libre que ceux qui la harcèlent.

Un monologue adolescent cru et percutant pour dire le commencement d’une vie sexuelle active, de la découverte de son corps à la première fois ratée, de la montée du désir à l’explosion du plaisir. Un chemin assumé vers le lâcher-prise, loin des convenances et du qu’en dira-t-on, où il n’est pas nécessaire de se voiler la face pour reconnaître qu’on a le droit d’aimer le sexe et de le pratiquer sans se soucier du regard des autres, même au prix d’un inéluctable lynchage en ligne. 

Le style est simple, direct, désarmant de naturel et de sincérité. La narratrice se livre sans filtre, à la fois forte et fragile, lucide et résignée, sachant qu’assumer ses envies ne fera que lui attirer des ennuis mais sachant aussi que, quel que soit le prix à payer, rien ne pourra lui enlever sa liberté. 

Queen Kong d’Hélène Vignal. Éd. Thierry Magnier, 2021. 82 pages. 12,90 euros. A partir de 15 ans


Une Pépite d'or de Montreuil partagée avec Noukette