Mettre dans le même sac une famille de suprémacistes blancs,
un gang mexicain et un ancien sniper de l’armée américaine décoré pour ses
« exploits » au Vietnam équivaut à jeter une allumette dans un baril
de poudre. Au départ pourtant, c’est le calme plat à Taggard, coin paumé du fin
fond de l’Arkansas. Jeremiah s’apprête à accompagner sa petite fille Jo au bal
de fin d’année. Il tient à cette gamine comme à la prunelle de ses yeux, lui
qui l’a élevée depuis que son père a été condamné à perpétuité pour meurtre
alors qu’elle n’était qu’un nourrisson, juste après que sa mère camée l’ait
abandonnée. Problème pour Jeremiah et Jo, Evail Ledford veut gâcher la fête.
Lui, dont le frère a été abattu par le père de Jo au cours d’un cambriolage,
n’a que la vengeance en tête. Pour l’accomplir, son plan est simple :
kidnapper l’adolescente et la vendre à un cartel mexicain contre des kilos de
drogue. Évidemment, rien ne va se passer comme prévu. Et évidemment, le papy va
faire de la résistance (et des dégats) pour protéger la seule chose qui lui
reste.
Eli Cranor sait jouer avec des ingrédients hautement
inflammables pour créer une situation explosive. Il prend son temps, accélère
quand la situation l’exige, enclenche une marche arrière pour mieux expliquer
les motivations des uns et des autres et n’hésite pas à se lancer dans des
dérapages incontrôlés pour tout faire valser. Pour autant il ne fonce pas tête
baissée, en gros bourrin. Ces personnages ont de l’épaisseur. Sous le vernis de
la brutalité pure, tous trimballent une sacrée cargaison de tristesse et de
fragilité. Les héritages sont lourds à porter, les rancœurs tenaces et dès le
départ, on sait comment les choses vont se terminer.
Du noir serré, amer, brûlant comme j’aime. Eli Cranor est assurément une
nouvelle voix du polar américain à suivre de près, aux côtés de S.A Cosby, Benjamin Whitmer ou Jake Hinckson (liste évidemment non exhaustive).
Chien des Ozarks d'Eli Cranor (traduit de l'anglais par
Emmanuelle Heurtebize). Sonatine, 2025. 300 pages. 22,00 euros.
On parle beaucoup de ce roman, et en bien ! Pour le moment, ça ne m'a pas détourné de lui ! ;-) Il faut dire que les comparaisons sont flatteuses...
RépondreSupprimerJe te suis les yeux fermés et je note ce titre.
RépondreSupprimerComme j'aime aussi, donc !
RépondreSupprimer"Du noir serré, amer, brûlant comme j’aime." moi j'ai en plus besoin de penser que cela peut être réel , le noir pour le noir me déçoit car la réalité est suffisante surtout en ce moment !
RépondreSupprimerOuch, sans doute trop noir pour moi
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