mercredi 3 avril 2013

Le beau voyage - Zidrou et Springer

Zidrou et Springer
© Dargaud 2013
Ça commence par la mort du père. Un simple coup de téléphone et la nouvelle tombe, violente. Léa s’y attendait, elle savait qu’il était condamné depuis quelques mois mais le coup est rude à encaisser. Ce père médecin, fou de son boulot qui ne lui a jamais vraiment accordé l’attention qu’une petite fille mérite. Et que dire de sa mère, partie avec un représentant d’aspirateurs et qui ne la prenait jamais dans ses bras, ne la touchait que pour soigner quelques bobos. Elle aussi est morte, il y a longtemps maintenant. Accident de voiture. Au fil des pages on découvre que la vie de famille de Léa n’avait rien d’un long fleuve tranquille. Beaucoup de non-dits, de cadavres dans les placards. Difficile pour la jeune femme de se construire sereinement, de ne pas se bruler les ailes comme un papillon de nuit…  


C’est beau un scénario de Zidrou. Tricoté au cordeau, dévoilant les éléments de l’intrigue comme bon lui semble dans une logique qui s’avère au final implacable. Ils ne sont pas nombreux les auteurs de BD capables de glisser dans la même histoire des thématiques comme la mort du père, la maladie, l’avortement, le suicide, l’adultère ou l’homosexualité sans tomber dans le propos archi-plombant. L’histoire de Léa, jeune femme paumée, en manque d’amour, est bouleversante. Cette fille attachante en diable qui s’est construite avec ses innombrables blessures, on a qu’une envie, c’est de la prendre dans ses bras et de la réconforter. La fin positive m’a fait penser aux écrits de Boris Cyrulnik sur la résilience, ce concept désignant la capacité à réussir, à vivre et à se développer en dépit de l’adversité. L’espoir, toujours, demeure...           

J’aime beaucoup Springer depuis Les funérailles de Luce. Ici, son dessin est simple, proche de l’épure. Il apporte humanité et profondeur à l’histoire. Les scènes de nu, assez nombreuses, ne tombent jamais dans la vulgarité ou le racolage. A l’évidence, il était le dessinateur idéal pour illustrer au plus près l’intimité de Léa sans en rajouter des tonnes. Graphiquement sobre et juste, ce sont des qualités rares et précieuses de nos jours.    

Un magnifique album. Je me suis régalé.

Le beau voyage de Springer et Zidrou. Dargaud, 2013. 54 pages. 15 euros. 



Zidrou et Springer © Dargaud 2013




mardi 2 avril 2013

Le premier mardi c'est permis (15) : Le boucher

Reyes © Seuil 1995
Marre de la clit lit. Pas envie non plus de me plonger dans un pseudo guide sur la sexualité ou un essai bancal. Pas davantage tenté par un retour vers les grands classiques de la littérature érotique qui m’ont jusqu’alors laissé sur ma faim. Ok, mais il reste quoi ? Et bien il reste un petit roman publié avant la mode du Mommy Porn. Un texte qui ne surfe sur aucune vague, paru en 1988. Un premier roman qui a fait grand bruit à l’époque et remporté le Prix Pierre Louÿs. Surtout, pour moi qui me plains sans cesse de ces éphèbes en tous points parfaits que l’on se coltine dans les trilogies d’E.L James ou Sylvia Day (Gidéon, si tu lis ces lignes, sache que je ne t’aime pas, mais alors pas du tout…) voir un boucher source de fascination érotique, ça me plait. Ben oui quoi, le boucher, c’est un peu comme le professeur-documentaliste, c’est loin d’être l’icône glamour par excellence. Du coup ça me fait du bien de croiser des gens comme moi (euh, je précise juste en passant que  je suis documentaliste, pas boucher, même si c’est un métier tout à fait respectable).

La narratrice tient la caisse dans une boucherie. C’est un job d’été. Le boucher la trouble au plus haut point. Voir s’étaler sous ses yeux la chair du boucher et celle du bœuf a pour elle quelque chose de fascinant : « Qui a dit que la chair est triste ? […] la chair est notre guide, notre lumière noire et dense, le puits d’attraction où notre vie glisse en spirale, sucée jusqu’au vertige ». Le boucher lui parle de sexe toute la journée, il lui promet la lune : « Tu verras comme je prendrais soin de toi… J’ai les mains habiles, tu sais, Et la langue longue, tu verras. » Si écœurant et si doux. Elle l’a surpris une fois dans la chambre froide avec la bouchère : « La bouchère s’était agrippée des deux mains à deux gros crochets de fer au-dessus d’elle, comme on le fait dans le métro ou dans le bus pour garder l’équilibre. Sa jupe était remontée et roulée autour de la taille, découvrant ses cuisses et son ventre blanc, avec la touffe noire qui, de profil faisait une tache en relief. Derrière elle se tenait le boucher, le pantalon aux pieds et le tablier entortillé autour de la ceinture, la chair débordante. » Pas ragoutant le boucher, et pourtant elle ne pourra résister à son charme si particulier : « J’eus envie de lui. Il était laid, avec son gros ventre moulé dans le tablier taché de sang. Mais sa chair était aimable. » Leurs ébats vont s’étaler sur une vingtaine de pages, dans une succession de scènes d’un érotisme torride. Chaud bouillant !    

Alina Reyes ne cherche pas à faire fantasmer la ménagère. Alliant poésie et sauvagerie, elle traduit avant tout la conscience du corps qui s’éveille et s’abandonne jusqu’à à atteindre le seuil d’une certaine forme de folie. Troublant et dérangeant.

Entendons-nous, c’est un très bon roman mais ce n’est pas non plus un titre exceptionnel qui va me faire grimper au rideau. J’ai quand même eu l’impression de lire de la littérature, ce qui n’est pas si courant ces derniers temps dans le cadre du rendez-vous deStephie.       
   

Le boucher d’Alina Reyes. Le Seuil (Points), 1995. 90 pages. 4,60 euros.






Prix Pierre Louÿs 1988



dimanche 31 mars 2013

L’ensorcelée - Jules Barbey d'Aurevilly

Plus ça va et moins je lis de classiques. Heureusement que Marie et Aaliz sont là pour m’embarquer dans leurs lectures communes sinon je n’aurais jamais le courage de m’y mettre. Rendez-vous donc en ce jour de Pâques avec Barbey d’Aurevilly, l’écrivain dandy par excellence.

Lorsque le récit commence, un voyageur à cheval arrive à l’auberge du taureau rouge, à l’orée de la lande de Lessay, dans le Cotentin. Il y rencontre un fermier, maître Tainnebouy, qui accepte de le guider à travers la lande. Au cours de leur périple, le fermier se met à raconter à son compagnon l’histoire de l’abbé de la Croix-Jugan.
Cet abbé fut naguère un chouan qui, suite à une défaite face aux républicains près de St Lô, décida de se suicider. Recueilli et soigné par une vieille femme, il survécut mais les républicains le retrouvèrent et le défigurèrent de façon abominable. Après-guerre, on le vit réapparaître aux vêpres de l’église de Blanchelande, enveloppé dans un capuchon noir. Le chouan, devenu prêtre, fascina la belle Jeanne de Feuardent, femme d’un riche propriétaire terrien. Succombant à un attrait incontrôlable pour cet homme à l’horrible figure, Jeanne devint l’ensorcelée, celle dont la mort engendra les pires tragédies...     

La découverte de l’univers de Barbey d’Aurevilly fut un vrai choc. Étrange, inquiétant, sauvage, son récit sans concession exacerbe la violence des passions amoureuses. A l’évidence, le bonhomme entretenait une fascination pour le sacrilège, l’horrible (le visage du prêtre) et les forces occultes (les bergers errant sur la lande aux pouvoirs de sorciers). La lisière du fantastique est aussi par moment allègrement franchie, notamment lors de l’épisode du miroir. L’écriture est à la fois précise, expressive et tout en tension. Il y a bien quelques longueurs mais les événements marquants sont si nombreux qu’à chaque fois que le propos semble s’enliser, l’intérêt du lecteur est relancé par un coup de théâtre. La violence est omniprésente et s’accompagne d’un refus de toute morale. Une forme d’outrance et d’insolence propre au dandysme qui sonne comme un défi adressé au bon goût. Et que dire des personnages : point de tiédeur ou de demi-mesure. Du prêtre à Jeanne en passant par le mari trompé, les bergers-sorciers et même la Clotte, vieille femme paralytique qui sera lynchée sur la place publique, tous sont animés d’une force de conviction absolument remarquable et représentent des figures marquantes qu’il est difficile d’oublier.          
    
Je suis sacrément content d’avoir plongé sans retenu dans ce bouillonnement des passions saupoudré d’un zeste de surnaturel où la morale n’a pas sa place. La violence de l’écriture de Barbey, surprenante et sulfureuse, m’a, je dois l’avouer, ensorcelé au point que j’ai hâte de poursuivre la découverte de son œuvre avec le recueil de nouvelles Les diaboliques (tout un programme !).  


L’ensorcelée de Jules Barbey d'Aurevilly. Flammarion, 1987. 256 pages. 4,90 €.

L'avis de Marie




vendredi 29 mars 2013

Histoire du chat et de la souris qui devinrent amis - Luis Sepulveda

Sepulveda © Métailié 2013
Mix est un vieux chat aveugle qui passe ses journées seul dans l’appartement de son maître, à Munich. Découvrant par hasard qu’une souris mexicaine a depuis peu investi son territoire, Mix va devenir son ami. Une amitié indéfectible où la complicité et l’entraide ne sont pas de vains mots… 

Un tout petit roman jeunesse du grand Sepulveda qui m’a d’abord plu, essentiellement parce que l’histoire de ce chat m’a rappelé celle de mon propre chat qui fêtera bientôt ses 15 ans et perd progressivement la vue. J’ai été touché par la description de sa vie quotidienne, le fait de laisser chaque élément de son environnement à sa place afin qu’il se sente à l’aise et s’appuie sur des repères bien précis pour continuer à mener une existence normale.  C’est exactement ce que nous nous efforçons de faire au quotidien, même si avec des gamines qui laissent tout traîner un peu partout, la pauvre bête doit continuellement faire face à de nombreux obstacles qu’il découvre souvent après s’être cogner dedans…

Pour revenir au roman, je dois bien avouer que la suite m’a beaucoup moins emballé. La rencontre avec la souris, l’évolution de leur relation toujours plus amicale, leurs quelques péripéties très basiques, tout cela m’a semblé bien fade. Surtout, l’ensemble est tellement pétri de bons sentiments que ça en devient agaçant. Il y a notamment ces nombreuses phrases venant conclure certains paragraphes, sorte d’aphorismes qui sonnent comme des sentences quelques peu moralisatrices et qui frisent le ridicule : « Les amis veillent au bonheur de l’autre » ; « Les amis veillent toujours sur la liberté de l’autre » ; « Les amis comprennent les limites de l’autre et lui viennent en aide » ; « Quand les amis s’unissent, ils ne peuvent pas être vaincus » ; « Les amis pour de vrai partagent ce qu’ils ont de meilleur ». J’entends bien la volonté humaniste de Sepulveda, son intention de célébrer la force inébranlable de l’amitié, mais je trouve que les ficelles utilisées sont un peu grosses. Reste la petite musique propre à ce magnifique écrivain qu’il est toujours aussi agréable de parcourir au fil des pages. 
  
Un texte parfait pour les enfants désireux de découvrir une histoire très positive (pour ne pas dire cucul). Personnellement, j’ai trouvé que ce coté « chamallow sucré » tout en rondeur manquait quelque peu d’aspérité. Mais bon, je ne suis pas le public cible et mon âme d’enfant a depuis longtemps disparu alors mon avis ne vaut pas tripette. Filez plutôt voir ce qu’en pense Marilyne, son billet risque de sacrément plus vous donner envie que le mien ! 


Histoire du chat et de la souris qui devinrent amis - Luis Sepulveda. Métailié, 2013. 80 pages. 11 euros. A partir de 7 ans. 

Sepulveda © Métailié 2013


jeudi 28 mars 2013

Le facteur Quifaiquoi


Vilar et Ballester © La joie de lire 2012
Voilà un facteur bien étrange qui n’a qu’une chaussure, deux paires de lunettes, trois montres à goussets… Et qui transporte bien plus de lettres et de paquets qu’il ne peut. Il travaille douze jours par semaine, treize mois par an et reçoit quatorze pièces de monnaie tous les quinze jours.
C’est un métier très sérieux. Il a même reçu vingt instructions officielles quant au travail qu’il doit effectuer. La plus importante l’oblige à descendre de sa bicyclette à neuf roues toutes les vingt et une minutes, à faire vingt-deux révérences et à jouer l’hymne de son pays avec son sifflet… Entre autres choses… Car Quifaiquoi est endormi et rêve d’un monde heureux.
Un album au rythme frénétique qui permettra aux enfants de jouer avec les chiffres, et même de compter puisque on passe de un à trente-trois puis de trente-trois à un… Le texte défile au bas de chaque page, comme la ligne d’un prompteur sur un écran et il faut bien avouer qu’il est parfois difficile de ne pas perdre le fil. Mais peu importe finalement puisque cette sarabande n’est qu’un rêve. Le dessin est épuré, formé d’un simple trait et relie aisément  image et texte.
Dommage que l’ensemble dégage une trop grande impression de légèreté et soit aussi vite lu qu’oublié. Indéniablement original, je dois néanmoins avouer que cet album ne m’a que moyennement convaincu…
Le facteur Quifaiquoi de Ruth Vilar et Arnal Ballester. La joie de lire. 2012. 28 pages. 14,50 Euros. A partir de 6 ans. 

Vilar et Ballester © La joie de lire 2012


Et voila ma 4ème et avant dernière lecture dans la catégorie albums







mercredi 27 mars 2013

Le Loup des Mers - Riff Reb’s

Riff Reb's © Soleil 2012
Ce ne devait être qu’une formalité pour le critique littéraire Humphrey Van Weyden. La traversée de la baie de San Francisco, il l’effectuait chaque samedi pour rejoindre un ami. Seulement ce jour-là le brouillard était plus épais que d’habitude et lorsque son ferry fut harponné par un autre bateau, la panique s’empara des passagers. Sautant dans l’eau glacée, Humphrey se réveilla à bord d’une goélette en route vers les cotes japonaises pour chasser le phoque. Embarqué malgré lui dans cette campagne de chasse, le critique littéraire découvre  le terrible capitaine Loup Larsen, sorte de monstre à la force herculéenne et à l’incroyable érudition qui impose sa loi à chacun de ses marins par la violence et l’esprit.

Librement adapté du roman de Jack London, cet album met en scène la confrontation philosophique entre le principe du surhomme selon Nietzsche et la théorie de l’évolution de Darwin. Loup Larsen représente l’homme instruit et guerrier qui, depuis la nuit des temps, doit dominer le monde pour survivre alors que Van Weyden est une figure beaucoup plus « morale » qui préfère s’adapter à son environnement et agir avec intégrité. Le récit est donc traversé par un véritable questionnement métaphysique magnifié par le huis-clos étouffant imposé à la fois par l’espace confiné du bateau et le déchaînement des éléments naturels. Riff Reb’s a choisi de réinterpréter la fin de l’histoire. Chez London, Van Weyden, grâce à sa capacité d’adaptation, parvient à vaincre le surhomme incapable d’évoluer. Le dessinateur propose une vision beaucoup plus pessimiste, renvoyant dos à dos les deux protagonistes en considérant que la modernité du critique littéraire n’est pas un gage de survivance. Un parti-pris que je trouve plus intéressant et beaucoup moins simpliste que la vision de London.          

Graphiquement, le trait est d’une rare puissance. Toujours aussi à l’aise pour croquer des gueules un peu « cradingues », Riff Reb’s fait des marins de la goélette une bande de durs à cuir aux faux airs de pirates et son capitaine, force de la nature au physique de sculpture antique, est tout bonnement impressionnant. Ses représentations de la mer déchaînée sont elles aussi en tous points sublimes. Niveau couleur, chaque chapitre est décliné dans une nuance différente, comme si l’on avait apposé devant les planches en noir et blanc un filtre d’une seule et unique teinte (jaune, bleu, vert, orange, rouge ou rose). C’est spécial mais assez bluffant.

Entendons-nous : derrière les questionnements métaphysiques, il ne faut pas perdre de vue que cet album est avant tout une épopée maritime à l’ancienne. De quoi régaler à la fois les philosophes et les amateurs d’aventure avec un grand A.

Le Loup des Mers de Riff Reb’s. Soleil, 2012. 136 pages. 17,95 euros.

L'avis d'Yvan


Riff Reb's © Soleil 2012




mardi 26 mars 2013

Les nouvelles aventures du Chat botté - Nancy Pena

Pena © 6 pieds sous terre 2006
Rappelez-vous, à la fin du Chat botté, le félin parvient à convaincre un ogre de se transformer en rat puis il l’avale et offre sa demeure à son maître sans le sou, lui permettant ainsi de devenir le marquis de Carabas. Au moment où commencent Les nouvelles aventures du Chat botté, ce dernier doit affronter une montagne bien décidée à lui faire la peau. La montagne est en effet persuadée que le rat dévoré par le chat était son fils (puisque c’est bien connu, les montagnes accouchent parfois d’une souris). Toujours aussi rusé, le chat met au point une stratégie imparable censée duper son ennemie avec l’aide de la souris Patience, mais les choses ne se passent pas tout à fait comme prévu...

L’exercice est casse-gueule. Imaginer la suite de l’un des contes les plus célèbres de Charles Perrault, c’est prendre le risque de tricoter une intrigue plan-plan dont le final retombe comme un soufflé raté. L’autre danger, c’est d’utiliser le conte d’origine à minima et de n’en faire qu’un prétexte pour mettre en place sa propre histoire sans réellement se soucier du texte dont on s’inspire.  

Nancy Pena a su prendre le problème par le bon bout, avec sérieux et légèreté. Elle multiplie les références, ne se refuse aucune liberté narrative et plonge le lecteur dans une aventure revigorante en diable. De prime abord, ça peut paraître foutraque mais c’est en fait parfaitement maîtrisé. Les dialogues sont savoureux, les répliques fusent, les clins d'oeil à d'autres contes sont nombreux, les personnages n’hésitent pas à interpeller l’auteure qui doit parfois se fâcher pour garder la main sur son scénario et l’humour, tout en finesse, est très présent.

Graphiquement, c’est aussi fort moderne. Gaufrier, pleine page, double page, absence de cases, jeu sur les ellipses... le découpage est d’une grande inventivité. J’aime beaucoup par ailleurs le dessin tout en souplesse qui n’est pas sans rappeler celui de Thierry Martin sur son adaptation du Roman de Renart. Seul petit bémol, l’utilisation systématique du fond gris dans le troisième tome me parait moins pertinente que le blanc du premier volume.

Dommage par ailleurs que je n’ai pas pu récupérer le tome 2 (à priori épuisé chez l’éditeur), j’ai la désagréable impression qu’il me manque une pièce importante du puzzle. Il n’empêche que ces petits albums, dévorés d’une seule bouchée, m’ont fait passer un délicieux moment en compagnie du Chat botté et de la souris Patience.

Heureusement que Mo’ a braqué les projecteurs il y a peu sur cette série que je ne connaissais pas du tout. Une nouvelle belle découverte dont je lui suis redevable.

Les nouvelles aventures du Chat botté T1 : La montagne en marche, de Nancy Pena. Six pieds sous terre, 2006. 32 pages. 6 euros.
 Les nouvelles aventures du Chat botté T3 : Mortefauche, de Nancy Pena. Six pieds sous terre, 2012. 32 pages. 6 euros.


Pena © 6 pieds sous terre 2006




dimanche 24 mars 2013

Mon petit salon 2013


A vrai dire je n’avais pas spécialement prévu de faire un petit retour sur ma journée au salon du livre. Pas certain que ça passionne grand monde mais plus j’y repense et plus je me dis que c’était une bien belle journée alors autant vous la faire (un tout petit peu) partager.

Donc, en vrac, sans chronologie et sans hiérarchie, mon court séjour au SDL à consister entre autres à :

- Gagner des lunettes de soleil toutes pourries sur le stand de la SNCF
- Tomber nez à nez avec Manuel Valls et son armada de gardes du corps au détour d’une allée
- Apercevoir Marc Lévy, Jean Teulé, Luis Sepulveda, Jérôme Ferrari et Jean-Pierre Coffe
- Passer un excellent moment sur le stand Métailié
- Offrir avec plaisir une tarte au citron
- Assister à une conférence sur « La littérature dans tous ses ébats » avec la présence de Sylvia Day (Dévoile-moi) où les intervenants n’ont fait qu’enfoncer des portes ouvertes
- Se sauver dès la conférence suivante en voyant Amélie Nothomb monter sur scène pour parler de ses 20 ans de carrière
- Admirer Jean-Claude Denis (grand prix du festival d’Angoulême 2012) faisant une belle dédicace de son album Tous à Matha
- Voir Noukette se pâmer devant Laurent Gaudé
- Passer à coté d’une sculpturale ex-miss France en train de se pomponner avant un passage télé et ne pas la reconnaître (heureusement que l’on m’a soufflé à l’oreille que c’était Laurie ?)
- Se dire avec regret qu’il est déjà l’heure de rentrer et que, même si je suis sur les rotules, j’ai drôlement bien fait de venir.

Évidemment, en plus de tout cela, il y a eu quelques achats de livres, quelques discussions avec les auteurs et les éditeurs, la découverte de l’expo Titeuf, les fameux badges "Fifty Shades of Dewey" de Livres Hebdo et bien d’autres choses encore. Surtout, et c’est bien là l’essentiel, j’ai passé mes meilleurs moments de la journée en charmante compagnie et j’ai pu constater une fois de plus que les blogueuses sont des femmes d’une rare gentillesse (ou alors c’est parce que j’ai eu la chance de tomber sur les plus sympathiques d’entre elles^^). En tout cas Stephie, Moka, Noukette et Sara, merci à vous pour ce joli moment passé en votre compagnie. On remet ça quand vous voulez !

PS : je n’oublie pas Lucie et Les livres voyageurs (qui sévit sur FB), croisé rapidement mais qui m’ont l’air tout aussi charmantes que le quatuor cité ci-dessus.


Knockemstiff - Donald Ray Pollock

Pollock © Libretto 2013
Donald Ray Pollock m’avait littéralement troué le c.. l’an dernier avec son premier roman, Le diable toutle temps. Une énorme claque à laquelle je ne m’attendais pas du tout. A la fois totalement barré et parfaitement maîtrisé, dévastateur, sans aucune retenue. Pas un bouquin pour les petites natures, quoi.

A découvrir aujourd’hui ces nouvelles publiées avant le roman, je me dis que le bonhomme sait aussi y faire avec la forme courte. Ce que j’apprécie chez lui, c’est qu’il ne faut pas trois plombes avant de savoir où on met les pieds. Laissez-lui cinq lignes et il vous plante le décor de façon magistrale. Exemple avec la première phrase de la nouvelle intitulée Dynamite Hole : « Je descendais juste des Mitchell Flats avec trois pointes de flèches dans ma poche et un serpent copperhead mort qui me pendait autour du cou comme un châle de vieille bonne femme, quand j’ai surpris un gars nommé Truman Mackey en train de baiser sa petite sœur dans Dynamite Hole. »   

Bienvenue à Knockemstiff, Ohio. Le trou de balle de l’Amérique. Une population 100% blanche, désœuvrée, décérébrée, accro à toutes les sortes d’opiacées imaginables et qui vit dans des caravanes où des mobil-homes. On y croise un père ravi de voir son fils casser la gueule à un autre gamin sous ses yeux, une nièce qui joue les racoleuses pour sa tante et drogue le premier clampin venu afin que la tata ait un homme à poil dans son lit en se réveillant le matin ou encore une nana qui adore à ce point le poisson pané qu’elle en garde toujours quelques bâtonnets au fond de son sac à main. Tous ces gens vivent en vase clos. Impensable pour eux de sortir des limites du comté pour aller « découvrir le monde. » Et quand ils tentent leur chance c’est pour être pris en stop par un camionneur aux intentions pas très catholiques. Dix-huit nouvelles pour autant de cas totalement irrécupérables. Y a pas à dire, elle est pas jolie-jolie la vie au fin fond de l’Ohio !

Attention, cette prose au vitriol est dangereuse : ça pique, ça gratte, c’est hautement abrasif et furieusement décomplexé. Vous serez prévenu, lire une nouvelle de D. Ray Pollock, c’est un peu comme s’exfolier au papier de verre. Spéciale comme pratique mais perso, c’est tout ce que j’aime...

Un grand merci à Valérie qui m’a signalé que ce titre faisait partie de la sélection de la dernière opération Masse critique de Babelio. Sans elle je crois que je serais passé à coté et j’aurais vraiment raté quelque chose !

Knockemstiff, de Donald Ray Pollock. Libretto, 2013. 346 pages. 9,10 euros. 



vendredi 22 mars 2013

La nuit tombée - Antoine Choplin

Choplin © La fosse aux ours 2012
L’Ukraine. Tchernobyl. La catastrophe. Des vies brisées à jamais. Gouri arrive de Kiev avec sa moto et sa remorque. Il veut aller dans la zone interdite, à Pripiat, revoir une dernière fois l’appartement qu’il à dû quitter définitivement quelques jours après « l’incident ». Il souhaite récupérer un objet particulier qui, il en est persuadé, n’a pas pu intéresser les pillards. Avant de pénétrer dans la zone, il s’arrête chez  Iakov et Vera. Deux ans qu’il ne les a pas vus. Une halte bienvenue qui ravive les souvenirs. Le temps d’avant, celui où il faisait bon vivre dans cette campagne verdoyante. Iakov se meurt. Gouri le poète va l’aider à écrire une dernière lettre à sa femme : « On ne s’est jamais trop dit les choses avec Vera. C’est pour ça. Mais maintenant, c’est différent. J’aimerais bien écrire quelque chose de gentil pour elle. Tu comprends. Quelque chose qu’elle pourra lire quand je serai passé et que ça lui fera du bien de le lire. Qu’elle pourra même garder avec elle, si elle veut, comme ça dans la poche de son tablier pour se le relire de temps en temps et se souvenir de tout ça. Comme on s’aimait bien tous les deux. Voila, c’est ça que j’aimerais faire pour elle. »

Un livre prêté par Noukette. Pas à dire, elle sait quand un roman va me plaire. Après Les Demeurées, je lui suis donc redevable d’une nouvelle pépite avec La nuit tombée. Pour le coup elle n’était pas la seule à avoir adoré ce roman puisque je me rappelle de billets très élogieux chez Valérie et Hélène, entre autres. Quoi qu’il en soit, c’est un texte fait pour moi. Court, percutant, plein d’émotion retenue, sans un mot de trop. Antoine Choplin marche sur un fil et jamais il ne tombe du coté du larmoyant.

A Tchernobyl, au bord du chaos, l’humanité reste debout. Certains sont condamnés, d’autres savent que ce sera sans doute bientôt leur tour. Mais en attendant, la vie continue et il faut rester soudé. L’amitié, l’entraide, les moments passés ensemble autour d’une bouteille de Vodka, c’est ce qui donne du sens à ces existences en perpétuel sursis. Une belle réflexion également sur la difficulté à quitter de force la terre qui vous a vu naître et où vos enfants on grandi.  Impossible d’oublier ce monde aujourd’hui défunt, ravagé par l’apocalypse. Finalement, il n’y a rien de mieux que les mots et l’écriture pour garder à jamais une trace de nos souvenirs les plus doux.

Un texte magistral.

La nuit tombée d’Antoine Choplin. La fosse aux ours, 2012. 122 pages. 16 euros.

Les avis de Noukette, Valérie, Hélène, Kathel, Philisine Cave, Cristie, Marilyne.




Prix France Télévision 2012