dimanche 29 août 2021

Quatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes - Lionel Shriver

 

Serenata, sexagénaire fringante et active, se désespère de ne plus pouvoir faire les activités physiques intenses qu’elles s’imposaient depuis l’adolescence à cause de ses genoux en piteux état. Son mari Remington vient lui porter un coup au moral supplémentaire le jour où il lui annonce qu’il a l’intention de participer à un marathon. Lui, le néo-retraité qui n’a jamais couru de sa vie !  La nouvelle est difficile à digérée pour Seranata, qui y voit d’abord une volonté de lui nuire, de la mettre face à sa propre décrépitude. Elle finit par se convaincre que ce n’est qu’une passade, qu’une fois le marathon achevé tout rentrera dans l’ordre. Malheureusement pour elle, elle se trompe dans les grandes largeurs et la nouvelle obsession de son homme pour le sport ne va cesser de croitre, creusant entre eux une distance toujours plus grande et plus profonde.  

Cette Serenata, quel personnage ! Misanthrope, cynique, atrabilaire et plutôt imbue d’elle-même, elle ne va cesser d’enchaîner les désillusions et de constater le déclin d’un mariage aux fondations jusqu’alors solides. La faute à son mari bien sûr, puisqu’elle-même a bien du mal à se remettre en cause. Entendons-nous, Remington n’est pas tout blanc non plus. Manipulable, en attente permanente du soutien de sa femme, devenu un monomaniaque de l’effort n’ayant plus d’autres centres d’intérêts que les kilomètres avalés chaque jour, il est insupportable ! 

Lionel Shriver n’épargne personne. Elle appuie là où ça fait mal. Tout le monde en prend pour son grade et les nombreux personnages secondaires sont savoureux. C’est acide, débordant d’une ironie mordante et, au-delà de la dénonciation du délire narcissique d’une société américaine obsédée par le culte de l’effort et de la compétition, elle se permet d’égratigner au passage la culture woke et le politiquement correct poussé jusqu’à l’absurde. Son roman interroge aussi sur la difficulté à se projeter dans la vieillesse et surtout, pour un couple, la difficulté de vieillir ensemble.

L’épilogue est un peu idyllique et caricatural. Trop consensuel aussi, en tout cas en décalage trop flagrant avec tout ce qui a précédé. Dommage mais ça n’a aucunement gâché le plaisir que j’ai eu à découvrir une plume terriblement incisive. 

Quatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes de Lionel Shriver (traduit de l’anglais par Catherine Gibert). Belfond, 2021. 385 pages. 22,00 euros.  







20 commentaires:

  1. D'elle je n'ai lu que le bouquin parlant de Kevin (grosse claque), là je n'avais pas noté... maintenant, si! Merci. ^_^

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  2. Un thème qui me parle, je note même si ce que tu écris sur la fin me retient un peu

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  3. Je reviendrais bien vers cette auteure, j'ai lu uniquement Il faut qu'on parle de Kevin, magistral, et j'ai craint d'être déçue par ses autres romans jusqu'alors.

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    1. C'est le risque quand on lit un roman aussi marquant, on se dit que le reste ne sera jamais plus fu même niveau.

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  4. j'adore son style mais je sais que ses propos récents ont fait d'elle une pariah - je ne sais pas si le Caribou l'a lu ?

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    1. Je ne suis pas son actualité de près donc je ne sais pas ce qu'on lui reproche mais peu importe en ce qui me concerne.

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  5. Un sacré personnage que tu me donnes envie de découvrir.

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    1. J'espère que tu prendras le temps de le lire alors.

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  6. UN bon moment de lecture semble t il ... je note

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  7. J'ai découvert cette auteure avec "Il faut qu'on parle de Kevin" et je confirme les commentaires de Keisha et Kathel = une claque magistrale. Depuis j'ai lu "Double faute" que j'ai trouvé complètement nul, et "Big Brother", où l'on retrouve la plume incisive de Lionel Shriver, mais qui pâtit de longueurs et d'une 2e partie à mon avis raté... du coup, je crois que je ne tenterai pas celui-là... elle a placé avec "Kevin" la barre tellement haut, que j'ai l'impression qu'elle n'est jamais parvenue à atteindre le même niveau. Bref, lis "Kevin" !!

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  8. Je n'ai lu qu'un bouquin d'elle (pas Kevin), mais celui-là a l'air bien tentant.

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  9. J'ai encore Il faut qu'on parle de Kévin dans ma pal ! Celui-ci attendra.

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    1. Je pense en effet que tu peux faire de Kevin une priorité.

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  10. Je suis d'accord avec tout ce que tu dis de ce titre mais ... je m'y suis profondément ennuyée ... la plume est acide mais les personnages deviennent rapidement des caricatures et je me suis ennuyée tellement le truc tourne en boucle.

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    1. J'avoue que par moment les échanges entre mari et femme m'ont semblé bien longuets...

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