lundi 19 août 2013

Arelate T1 et T2 - Laurent Sieurac et Alain Genot

Arles, fin du premier siècle après J-C. Vitalis le tailleur de pierres vient une fois de plus de se faire renvoyer d’un chantier. La fois de trop sans doute puisque plus aucun contremaître ne veut de lui. Bagarreur et incurable joueur de dés, il passe son temps à parier avec les autres ouvriers au lieu de travailler. Ayant contracté pas mal de dettes, il rentre chez lui la queue entre les jambes annoncer à sa femme enceinte qu’il est une fois de plus au chômage. Sollicité quelques temps plus tard par Atticus, un ancien gladiateur devenu entraîneur, Vitalis doit se résoudre à embrasser une carrière à laquelle il n’était absolument pas destiné au départ. En signant son contrat d’engagement auprès d’un promoteur, le jeune homme renonce à la citoyenneté mais trouve par la même le seul et unique moyen de gagner l’argent nécessaire pour rembourser ses créanciers. Seulement le plus dur commence, car pour devenir un gladiateur de talent, le parcours est long et difficile...

Une BD historique de plus sur la Rome antique ? Pas vraiment. Ne cherchez ici aucun empereur aux mœurs débridées. Point non plus d’épiques batailles ou d’intrigues politiques complexes mais plutôt une plongée dans le quotidien des gens du peuple. Le pari est très didactique. Aidé par un archéologue, Laurent Sieurac met en perspective les connaissances scientifiques les plus actuelles concernant le monde romain. Ainsi l’image des gladiateurs  présentée dans cette BD est à des années lumières des standards Hollywoodiens et du Gladiator de Ridley Scott. Contrairement aux idées reçues, la gladiature n’était pas une infâme boucherie au cours de laquelle des esclaves s’entretuaient pour le plaisir d’un public assoiffé de sang. Les gladiateurs étaient en fait des sportifs de haut niveau choyés par des promoteurs ayant beaucoup investi sur leur compte. Des athlètes volontaires grassement payés pour assurer un spectacle certes violent mais où, contrairement à ce que l’on croit, la mort des combattants était extrêmement rare.

Parfaitement documentée jusque dans les moindres détails (architecture, vêtements, objets), Arelate reste éloignée d’un ton professoral qui plomberait le déroulement des événements. Intelligemment, les auteurs ont préféré apporter les éclaircissements scientifiques nécessaires dans un copieux dossier à la fin de chaque volume. L’histoire racontée n’est donc en aucun cas parasitée par des considérations historiques et scientifiques qui rendraient la lecture pour le moins indigeste.

Visuellement les planches aux tons sépia sont du plus bel effet même si parfois les personnages souffrent d’une certaine raideur, notamment dans l’expression des visages. Quoi qu’il en soit, voila une série restituant le plus fidèlement possible la vie quotidienne d’une ville antique que j’ai trouvée passionnante et dont j’ai hâte de dévorer le troisième tome sorti il y a peu.

Arelate T1 : Vitalis de Laurent Sieurac et Alain Genot. Cleopas, 2012. 64 pages. 14,85 €
Arelate T2 : Auctoratus de Laurent Sieurac et Alain Genot. Cleopas, 2012. 64 pages. 14,85 €





samedi 17 août 2013

Arrive un vagabond - Robert Goolrick

1948. Quand Charlie Beale débarque à Brownsburg, Virginie, il n’a pour seules possessions que son vieux pick up et ses deux valises. Très vite il achète un petit bout de terrain et s’y installe de la manière la plus sommaire possible, vivant dans sa voiture et dormant le plus souvent à la belle étoile. Embauché dans la boucherie locale, il va peu à peu commencer à se faire apprécier par les autochtones, prenant notamment sous son aile Sam, le fils du boucher. Surtout, son regard va croiser celui de Sylvan Glass, femme du plus riche propriétaire terrien du coin. Un coup de foudre auquel il ne s’attendait pas et qui va causer sa perte. 

Un roman lauréat du prix des lectrices de « Elle » 2013 que Canel a eu la gentillesse de me prêter. Je dois reconnaître qu’elles ont bon goût les lectrices de « Elle » parce que ce récit tragique et nerveux est vraiment excellent. Bon, j’avoue que la mise en place m’a paru un peu lente. La présentation de Charlie, de son nouvel environnement et des différents personnages traîne parfois en longueur. Mais les 150 dernières pages font monter la tension crescendo jusqu’au final crépusculaire et inévitable. 


Robert Goolrick décortique les us et coutumes d’une communauté en apparence idéale. Mais ici comme ailleurs, la ségrégation raciale a toujours une raison d’être et le poids écrasant de la religion guide les faits et gestes de chacun. Charlie est sans doute, et de loin, le meilleur d’entre eux et sa relation passionnée avec Sylvan va peu à peu craqueler le vernis des conventions dans lesquelles cette microsociété est confortablement installée. Leur passion brûlante semble dans un premier s’affranchir de toutes ces conventions  mais le rêve d’une autre vie possible n’est qu’une chimère. Et lorsque la dure réalité rattrape le pauvre Charlie, elle lui est insupportable.


C’est beau et triste à la fois. Goolrick fouille dans les tréfonds de l’âme humaine et ce qu’il en ressort n’est pas joli-joli. Arrive un vagabond, c’est le drame d’une passion destructrice, le sacrifice d’un homme bon dont tout le monde finira par s’éloigner par peur du jugement dernier. Terrible et poignant, loin de la guimauve des harlequinades à la mord moi le nœud, un excellent roman.  





Arrive un vagabond
de Robert Goolrick. Éd. Anne Carrière, 2012. 316 pages. 21,50 euros. 

Les avis de Canel ; Jostein ; Théoma ; Clara ; Valérie 

vendredi 16 août 2013

Tartes aux pommes et fin du monde - Guillaume Siaudeau

La rentrée littéraire commence de plus en plus tôt. Quelques éditeurs ont choisi cette année de se lancer dès le 14 août. Et parmi cette première livraison, j’ai eu la chance de tomber sur une bonne pioche.


Il se souvient de Bobby, son labrador, mort d’une crise cardiaque au cours d’une balade. Puis ce fut le départ de sa mère. Avec sa sœur, il n’a pu que constater les dégâts : Papa qui tombe dans la bouteille et commence à cogner, de plus en plus. Ensuite il a eu droit à l’armée puis au premier appart et aux premiers petits boulots. Peu après il a rencontré Alice grâce à une boite de maquereaux. Une belle histoire qui se terminera mal comme celle d’Arni, un collègue devenu ami qui va sombrer après son licenciement. Quand Alice le quitte, il achète un flingue. Son nouveau et plus fidèle compagnon…      

Un premier roman dans l’air du temps. Le roman d’une génération de jeunes trentenaires un peu paumés. Roman de l’inquiétude aussi. Constater que l’on est difficilement arrivé jusque-là, avoir conscience d’être au monde mais ne pas savoir où l’on va. Rien de plombant pour autant, c’est là toute la force de ce court récit. Malgré l’adversité permanente qui semble le frapper, le narrateur garde un ton léger et non dénué d’humour où l’autodérision affleure à chaque page. Une mise à distance bienvenue et plutôt fine entre la réalité de sa situation et la façon dont il l’analyse.  

Solitude, instabilité chronique, précarité et crise existentielle… un cocktail dans l’air du temps je vous dis ! Mais le plus important reste que la petite musique de Guillaume Siaudeau est des plus agréables. Un premier roman réussi, ce n‘est pas toujours le cas. Autant en profiter…

Tartes aux pommes et fin du monde de Guillaume Siaudeau. Alma, 2013. 132 pages. 14 €.


Une lecture commune que j’ai le plaisir de partager avec Anne. Filez-vite découvrir son avis !






jeudi 15 août 2013

Le guide des voyages (3)

Déjà le troisième et avant dernier rendez-vous du Guide des voyages, modeste «périodique sporadique » regroupant des chroniques livresques rédigées par des auteurs et des passionnés de littérature. Ce numéro est sans conteste le meilleur des trois, je le dis d’autant plus facilement que je n’y ai pas contribué.

Un numéro en partie consacré à la mort, cette salope qui frappe sans crier gare et sans distinction. Déjà, l’éditorial est particulièrement touchant, pour des tas de raisons dont je ne veux pas parler ici. On trouve dans les pages suivantes et sur ce douloureux sujet des romans de Duras (La douleur), de José Giovanni (Le trou), d’Hubert Mingarelli (Un repas en hiver) ou encore de Philippe Besson (Son frère).
Mais il est aussi question dans ce numéro de Pérec (Les choses), du Che (Voyage à motocyclette),  de Pierre Bergounioux (La mort de Brune), d’Andreï Makine (La femme qui attendait) et d’Agnès Desarthe (Comment j’ai appris à lire).

Riche, varié et de qualité ce n°3 est vraiment un excellent cru.

Et comme d’habitude, si vous souhaitez recevoir directement ce numéro par mail, n'hésitez pas à me le demander, je me ferais un plaisir de vous l'envoyer.

mercredi 14 août 2013

La balade de Yaya : intégrales 1 à 6 - Jean-Marie Omont et Golo Zhao

Shangai, novembre 1937. Les japonais s’apprêtent à attaquer la chine. Poussé à l’exode, le richissime père de Yaya décide d’emmener sa famille à Hong Kong. Le matin du départ, la petite fille fugue. Elle veut absolument passer un concours de piano qui devrait lui ouvrir les portes d’une grande carrière. Mais sur le chemin de l’école de musique, les bombardements commencent et Yaya se retrouve au milieu du chaos. Secourue par un gamin des rues prénommé Tuduo, elle va tenter de rejoindre le bateau de ses parents qui est sur le point de quitter le port. Malheureusement rien ne va se passer comme prévu.
Au fil des six tomes de ces deux intégrales, Yaya et Tuduo vont multiplier les déboires. Poursuivis par un terrible bandit, exploités par des pêcheurs de perles sans pitié, trompés par ceux qu’ils pensaient être leurs amis, frappés de plein fouet par la maladie, rien ne leur est épargné. Le récit est parfois assez dur et ne donne pas dans l’angélisme. C’est trépidant, les événements s’enchaînent et chaque album se termine sur un insupportable cliffhanger. Une écriture digne d’une série télé en quelque sorte. La recette fonctionne et il faut dire que le trait de Golo Zhao y est pour beaucoup. Son découpage cinématographique à souhait dynamise le récit. C’est à la fois beau et parfaitement lisible.

La balade de Yaya est une BD jeunesse de grande qualité qui mêle avec brio action et émotion. Une vraie réussite mais je vous préviens, si vous laissez vos enfants mettre le doigt dans ce pot de confiture, isl ne vous lâcheront pas avant d’avoir découvert l’ensemble de la série (dont le 7ème tome vient d’ailleurs de sortir…).

La balade de Yaya : intégrale 1-3 de Jean-Marie Omont et Golo Zhao. Édition Fei, 2012. 144 pages. A partir de 8 ans.  

La balade de Yaya : intégrale 4-6 de Jean-Marie Omont et Golo Zhao. Édition Fei, 2013. 144 pages. A partir de 8 ans.  






mardi 13 août 2013

L’été slovène - Clément Bénech

Ils sont partis pour respirer l’air pur de la Slovénie. Leur couple bat de l’aile, c’est l’occasion de se retrouver et de prendre un nouveau départ. Des vacances simples, en immersion dans ce pays dont ils ne connaissent rien. Les péripéties s’enchaînent, la complicité semble toujours là malgré quelques moments plus tendus que d’autres. Pourtant, au fond d’eux-mêmes ils savent que le fil ténu qui les relie est sur le point de céder…   

Un premier roman agréable mais loin d’être inoubliable. De courts paragraphes, un style très descriptif qui empile de petites saynètes souvent proches de l’anecdotique, une dose de dérision et d’ironie, c’est frais et léger, rien de plus. Dans le genre « couple au bord de la rupture », le dernier roman de Stewart O’Nan (Les joueurs) a placé la barre tellement plus haut qu’il est difficile de soutenir la comparaison. Finalement si j’ai lu ce texte avec un certain plaisir c’est essentiellement parce que je me suis souvent retrouvé dans le personnage masculin, pas forcément au niveau du ton mais plus pour ce qui est de son attitude. Cette façon de tout prendre à la légère, de lancer des traits d’humour à contre temps qui agacent sa compagne, d’enfiler le costume du rabat-joie à la moindre occasion, c’est tout moi !  Bon, pour revenir au texte je dirais que c’est une lecture de vacances idéale : gouleyante mais sans prétention, un peu comme le rosé pamplemousse que l’on s’enfile à l’apéro avant d’attaquer les brochettes.

Il ne faut pas non plus oublier que Clément Bénech n’a que 21 ans. Pour une première tentative, c’est indéniable, le potentiel est là. Un écrivain à suivre donc...
 
L’été slovène de Clément Bénech. Flammarion, 2013. 126 pages. 14 €.


Un titre repéré chez Keisha et Clara et une lecture commune que j’ai le plaisir de partager avec Noukette (il y avait longtemps !).

Les avis de Kathel, Keisha et Clara



lundi 12 août 2013

La petite cloche au son grêle - Paul Vacca

Quand Noukette parle avec sa faconde habituelle d’un livre qu’elle a beaucoup aimé, elle sait se montrer persuasive. Il faut dire aussi que je suis fan de ses billets. Fan et faible, incapable de résister à l’appel d’un bon texte, j’ai une fois de plus craqué. Elle a mis son avis en ligne vendredi, j’ai trouvé l’ouvrage à la médiathèque samedi et l’ai avalé d’une traite …   

La petite cloche au son grêle est un premier roman. Le narrateur raconte son enfance. Il avait 13 ans et vivait à Montigny, dans le nord de la France. Ses parents tenaient le café du village. Chaque soir, le rituel était immuable : en rentrant du collège, il fallait attaquer les devoirs, sur une table près du flipper. La corvée terminée, il était temps de partir vers les sous-bois et la rivière avec maman pour flâner entre les arbres et les fleurs. Des moments privilégiés et inoubliables. Un jour d’orage, un heureux concours de circonstances lui permet de mettre la main sur un livre abandonné dans l’herbe par sa propriétaire. La couverture indique sobrement : Marcel Proust, Du coté de chez Swann. Une découverte qui va bouleverser le quotidien du garçon et au final de tout le village.  

Le problème quand un récit de jeunesse se passe dans un troquet c’est qu’il me ramène sans cesse vers Annie Ernaux. Et forcément il est difficile de soutenir la comparaison avec l’auteure de La place. Mais si l’on oublie cette aïeule encombrante, il faut bien reconnaître que le premier roman de Paul Vacca est une belle réussite. Une histoire d’amour fusionnelle et tragique avec la mère, une tranche d’enfance douce-amère dont on ressort avec un petit goût sucré en bouche. Le ton est juste, la sensibilité affleurant à chaque page sans tomber dans la nostalgie tire-larme. Beaucoup de tendresse chez ces gens simples et aimants qui osent rêver et gardent chevillé au corps un optimisme à tout épreuve. Et puis il est question d’éveil à la lecture, de la découverte du pouvoir des mots et de la littérature. Difficile d’y rester insensible. 

Maintenant je ne crierais pas au chef d’œuvre et n’en ferais pas non plus un coup de cœur. Un peu trop gentillet pour moi. Il n’empêche, je serais sacrément ingrat si je ne reconnaissais pas avoir passé un excellent moment avec cette famille touchante en diable.
 

La petite cloche au son grêle de Paul Vacca. Le livre de poche, 2013. 162 pages. 6,10 €.

Les avis de : Blablamia ; Clara ; Luocine ; Keisha




samedi 10 août 2013

Un pays à l’aube de Dennis Lehane

Je dois la découverte de Dennis Lehane à Syl. Des mois qu’elle me recommande de découvrir cet auteur qu’elle adore et qui, selon elle, a tout pour me plaire. Comme je suis toujours à l’écoute des bons conseils, j’ai foncé. Bon, plutôt que ses polars, j’ai préféré me lancer dans le roman historique qu’il a consacré à sa ville natale, Boston (ça vous étonne ?). Un pavé de 850 pages, le genre de bouquin que je ne peux lire qu’en vacances. Verdict ? Une fresque monumentale et passionnante !  

A Boston, Danny Coughlin, fils d’un ponte de la police locale, est un simple flic qui aspire à grimper les échelons au plus vite. Dans l’Ohio, Luther Laurence est un ouvrier noir qui vient de perdre son boulot. Avec sa compagne enceinte depuis peu, il part pour Tulsa. En cette fin de première guerre mondiale, l’Amérique souffre économiquement et les classes populaires ont du mal à joindre les deux bouts. Les grandes luttes syndicales se développent et anarchistes et bolchéviques venus d’Europe commencent à faire parler d’eux. Pour obtenir sa promotion, Danny doit infiltrer ceux que les forces de l’ordre appellent les « séditieux ». De son coté, Luther s’acoquine de trop près avec quelques truands locaux et doit quitter au plus vite l’Oklahoma. Deux destins à priori impossibles à réunir et pourtant leurs routes vont se croiser au cours de l’année 1919, pour le meilleur et pour le pire.

Rien de plus classique que d’insérer la petite histoire dans la grande mais quand c’est fait avec une telle maestria, on se régale. La description des événements de cette année 1919 à Boston, qui culminera avec la grève de la police et les émeutes qui s’en suivront, est palpitante. Très documenté sans jamais tomber dans le didactisme, le roman vous emporte dès les premières pages. Lehanne décortique le processus politique et social qui a poussé les policiers à entamer la première grève des forces de l’ordre en Amérique. On découvre la chasse aux sorcières menée contre les « rouges », les manigances pour briser toute aspiration syndicale, l’espoir d’une vie meilleure pour ses hommes et leur famille qui se fracasse face à l’intransigeance des élus. Et puis avec Luther, on plonge au cœur des premiers mouvements de défense de la cause noire et on reste abasourdi devant le traitement réservé aux gens de couleur dans une ville de l’Est pourtant réputée pour être une des plus tolérantes du pays.  

La construction est imparable et les chapitres consacrés aux émeutes urbaines sont d’un réalisme à couper le souffle. Personnages nombreux et incarnés, art consommé du dialogue, alternance entre tension dramatique, scènes plus légères et explosion de violence, le canevas est tissé au millimètre.

Ceux qui passent souvent par ici savent que je préfère de loin les écritures minuscules, les nouvelles et les textes courts aux pavés indigestes. Pour tout vous dire je n’avais pas dévoré un roman historique aussi dense et ambitieux depuis l’excellentissime « Mémoire des vaincus » de Michel Ragon il y a près de vingt ans.  Mais pour le coup, je ne regrette pas cette première rencontre avec le sieur Lehanne. Nul doute que nous serons amenés à nous revoir, ne serait-ce qu’avec son dernier ouvrage, « Ils vivent la nuit » qui est la suite d’ « Un pays à l’aube » et que je viens de réserver à la médiathèque. 


Un pays à l’aube
de Dennis Lehane. Rivages, 2010. 857 pages. 10,65 euros. 


Ce billet signe ma 1ère participation au challenge Pavé de l'été de Brize. 
Autant vous prévenir, ce sera ma seule et unique. 
Un pavé par an, c'est mon grand maximum !

vendredi 9 août 2013

Bonolon le gardien de la forêt - Seibou Kitahara, Go Nagayama et Tetsuo Hara

Bonolon est un géant orange qui vit à Tasman, la forêt des arbres sacrés. Un gentil géant qui s’est fait la promesse de protéger les êtres humains et de soulager leur tristesse. C’est pourquoi chaque fois qu’une personne en détresse pleure entre les racines d’un grand arbre, il accourt pour lui proposer d’exaucer un vœu.
 
Chacune des cinq histoires qui composent ce recueil commence par « Il était une fois ». Le schéma narratif à cinq temps du conte est ici respecté à la lettre : situation initiale, élément perturbateur, action, résolution et situation finale. Le propos est très positif, pétri de bons sentiments. La nature, l’amitié et l’entraide sont célébrées à chaque page. La gentillesse de Bonolon plaira forcément aux enfants. Ce géant bienveillant, Kawaï à souhait, ne peut qu’attirer la sympathie. Et puis le graphisme est séduisant, tout en douceur et en rondeur.

Beaucoup d’atouts donc pour cet ouvrage à partager en famille, à déguster en petite lecture du soir avant le coucher. Idéal pour partir dans les bras de Morphée avec de belles images plein la tête.


Bonolon, le gardien de la forêt de Seibou Kitahara, Go Nagayama et Tetsuo Hara. Nobi nobi, 2013. 138 pages. 16,50 euros. A partir de 5 ans.




jeudi 8 août 2013

Le pianiste afghan - Chabname Zariâb

C’est l’histoire d’une petite fille née dans les années 80 en Afghanistan. Ses parents font partie de l’intelligentsia locale et suite à l’invasion russe, il leur faut envisager l’exil. Ce sera la France, à Montpellier, chez une tante. L’intégration est difficile, tant à l’école que dans la vie quotidienne. Apprendre la langue, comprendre les us et coutumes de cet étrange pays. La petite fille grandit, devient une lycéenne comme les autres, en oublie presque son passé afghan. Mais là-bas elle a laissé Milad, son ami et son amour d’enfance. Devenue adulte, elle ressent un irrépressible besoin de le retrouver et de renouer avec ses racines. Plus dure sera la chute…

Un texte qui a reçu le prix du festival du premier roman de Chambéry et le prix méditerranée des lycéens en 2012. Personnellement, j’avoue que n’ai pas été emballé. C’est une jolie réflexion sur l’identité et le déracinement mais je suis resté à l’écart du  destin de cette jeune femme qui se raconte à la première personne. Aucune empathie, un regard distancié et presque indifférent sur son parcours que j’ai du mal à m’expliquer. Je crois que c’est à cause de l’écriture que j’ai trouvé plate, très scolaire. Et si l’ensemble se veut touchant, c’est quand même plutôt convenu. Bref je ne vais pas m’attarder, ça a été pour moi une déception même si comprends qu’il ait pu plaire à un public de lycéens (je veux dire par là que quand j’étais au lycée, c’est tout à fait le genre de lecture « facile » qui m’aurait séduit).

Le pianiste afghan de Chabname Zariâb. L’aube, 2012. 184 pages. 7,40 €.




mercredi 7 août 2013

Le vent dans les sables T5 : Du souk dans la casbah - Michel Plessix

Après leur périple dans le désert, Rat, Taupe et Crapaud retrouvent la ville et leur ami Blaireau. Grâce à lui, le trajet de retour vers le Bois Sauvage est enfin envisageable. Mais les choses ne sont pas si simples et un saucisson va entrer dans la danse, provoquant une course poursuite aussi folle que trépidante.

Voila c’est fini. Dix-huit ans après avoir entamé l’adaptation du roman Le vent dans les saules de Kenneth Grahame, Michel Plessix met un point final à l’aventure en clôturant ce second cycle avec maestria. Dix-huit ans pour neuf albums en tout, il aura fallu se montrer patient. Mais Plessix est sans doute l’un des derniers artisans de la BD actuelle : une semaine pour tomber une planche, dix à douze mois pour dessiner un album de trente-deux pages et quatre à cinq mois supplémentaires pour la couleur. Le résultat est là, c’est juste somptueux, découpé au millimètre, bourré de détails et toujours fort drôle. L’écriture des récitatifs et les dialogues sont très travaillés et le ton reste étonnamment léger.

Ce dernier tome est beaucoup plus mouvementé que les quatre précédents et fonctionne avec les mêmes ressorts que la conclusion du premier cycle à savoir un maximum d’humour et d’action. Ce second cycle sous forme de récit de voyage et d’ode à la culture maghrébine aura vraiment été un enchantement graphique : le travail sur la lumière, la minutie des décors et des costumes, tout est parfaitement ciselé.

Je ne suis pas objectif parce que je suis un fan absolu de Plessix mais il faut reconnaître que cette ambiance exotique à souhait, cette délicatesse du trait, cet éloge permanent de l’amitié et de la franche camaraderie rendent l’ensemble irrésistible. De la BD jeunesse réellement tout public comme on en fait plus. A lire, à relire et à faire lire sans modération.


Le  vent dans les sables T5 : Du souk dans la casbah de Michel Plessix. Delcourt, 2013. 32 pages. 12,50 euros.





mardi 6 août 2013

Le premier mardi c'est permis (19) : Il faut jouir, Édith

Bon, ce mois-ci, pas de clit lit à la c.., pas d’essai à la mords-moi-le-nœud mais un petit texte tout en finesse. Un texte publié pour la première fois en 2004 aux PUF dans la collection « Perspectives critiques ». Oui, vous avez bien lu, aux Presses Universitaires de France. Un roman érotique aux PUF, ça a quand même plus de gueule qu’un Passion intense chez j’ai lu, non ?

Ça commence par un coup de téléphone. Elle prospecte pour tenter de placer des stations d’affinage censées purifier l’eau courante. Il décroche et se lance dans un plan drague plutôt convenu mais qui a l’air de fonctionner. Il lui annonce qu’il est écrivain et lui demande ses coordonnées afin de lui envoyer son livre. Ils se recontactent à plusieurs reprises par téléphone puis entament une correspondance. Elle est mariée et mère de famille mais elle se laisse petit à petit embarquer dans un jeu de séduction qui bouscule son train-train quotidien et réveille une libido en sommeil depuis trop longtemps. Leurs échanges deviennent de plus en plus torrides et ils vont se rencontrer à plusieurs reprises, dans un parc, dans une voiture et finalement à l’hôtel. Lui n’a qu’une idée en tête, la faire jouir (car elle ne s’en croit plus capable depuis longtemps). Avec obstination, imagination et persévérance, il va parvenir à ses fins.

Enfin un vrai plaisir de lecture dans le cadre du rendez-vous de Stephie, je commençais à désespérer. Un délicieux petit roman, uniquement basé sur des échanges téléphoniques et épistolaires. C’est fin, jamais vulgaire, tout en suggestion, loin des descriptions quasi gynécologiques qui fleurissent partout ailleurs. Tellement plus émoustillant en somme. Et puis les personnages ont de l’épaisseur. D’un coté l’écrivain canaille, un brin pervers, séducteur patenté qui sait parfaitement ce qu’il fait et ce qu’il veut (sans compter qu’il n’a ni passé douloureux avec une fêlure d’enfance à cicatriser et encore mois un physique de dieu grec) et de l’autre une mère de famille faussement ingénue qui cherche juste à pimenter son quotidien et reste d’une totale lucidité quant à cette relation adultère (pas une oie blanche nunuche qui tombe amoureuse de son patron en attaquant son premier jour de stage).    

Les échanges sont enlevés, il y a ce petit soupçon vachard qui empêche le récit de tomber dans la guimauve et en plus quelques passages sont plutôt drôles. Bref, je recommande chaudement si vous voulez sortir de la médiocrité ambiante.

Il faut jouir, Édith d’Alain Bonnand. La Musardine, 2013. 138 pages. 7,60 €.





dimanche 4 août 2013

Zéro pour l’éternité T1 - Naoki Hyakuta et Souichi Sumoto

Kentarô est un NEET, un célibataire sans emploi ayant arrêté ses études. Un jeune qui passe son temps à ne rien faire et a du mal à se voir un avenir. Quand sa sœur lui propose de faire des recherches sur leur grand-père mort au cours de la seconde guerre mondiale, Kentarô accepte du bout des lèvres. Dès le début de son enquête il découvre que ce grand-père a perdu la vie au cours d’une mission suicide. En rencontrant un des derniers pilotes encore vivant ayant connu son aïeul, il comprend que ce dernier était tout sauf un héros.       

J’avoue que j’y suis allé à reculons. Un manga sur les kamikazes japonais, pas vraiment mon truc. La surprise fut d’autant plus belle. Adaptée d’un roman, cette histoire met en lumière la difficulté pour la jeunesse nippone actuelle d’accepter le passé guerrier de l’archipel. Elle montre aussi à quel point la société a toujours du mal à se considérer à la fois comme victime de la bombe et complice de la folie du Reich. Et puis l’on découvre que nombre de Kamikazes n’étaient pas habités par une quelconque fierté et que leur sacrifice, loin de relever du courage, était souvent dicté par un ordre de la hiérarchie auquel il était impossible de ne pas se plier. Des hommes comme les autres et non des ultranationalistes prêt à tout pour la prospérité éternelle de leur pays (le fameux cri « banzaï » signifie « prospérité éternelle »). Autre thème abordé par ce manga, l’attentat du 11 septembre au cours duquel les djiadistes d’Al-Qaida furent qualifiés par les médias de kamikazes. Une appellation inadmissible pour les japonais tant l’attitude des kamikazes de la seconde guerre mondiale n’avait pour eux strictement rien à voir avec celle des terroristes.         

Une lecture passionnante qui insiste sur la difficulté pour le Japon d’aujourd’hui de faire sereinement son devoir de mémoire. Trois autres tomes sont parus (la série en comptera 5 en tout) et je vais me faire un plaisir de tous les découvrir.



Zéro pour l’éternité  T1
de Naoki Hyakuta et Souichi Sumoto. Delcourt, 2013. 205 pages.  8,00 euros.

L'avis de Choco
L'avis de Yaneck



samedi 3 août 2013

Le guide des voyages (2)

Le guide des voyages revient pour un second numéro (il devrait y en avoir quatre en tout d’ici fin août). Le principe est simple, cette publication de 12 pages regroupe des chroniques livresques réparties en trois catégories : Pays chauds (des ouvrages que l’on a aimé) ; Pays froids (des ouvrages que l’on n’a pas aimé) ; Ailleurs (où l'on parle de quelque chose qui a à voir avec la littérature sans en être directement : une maison d'écrivain, un recueil de photos, une bio de compositeur, de peintre...).

Ce second numéro regroupe une fois encore les chroniques de 11 ouvrages. Parmi les pays froids, nous avons pour la première fois une visite en pays glaciaire avec « L’envie » de Sophie Fontanel (le degré zéro de l’écriture selon l’auteur de la critique) et  une balade sans saveur parmi la bourgeoisie de province avec Stéphane Hoffmann ("Les auto tamponneuses"). Du coté des pays chauds, Lydie Salvayre, Pierre Gamarra, Stewart O’Nan, Philippe Besson ou encore Sandor Marai…

Si je n’avais rien écrit dans le premier numéro, j’ai cette fois-ci contribué avec deux textes (à vous d’essayer de les retrouver, même si je reconnais que d’une part, c’est plutôt facile et que, d’autre part, ce petit jeu n’a aucun intérêt).


En tout cas si vous souhaitez recevoir ce numéro par mail, n'hésitez pas à me le demander, comme d’habitude, je me ferais un plaisir de vous l'envoyer.

vendredi 2 août 2013

Petit éloge des vacances - Frédéric Martinez

Le narrateur se balade dans les rues de Paris. Il pense à l’enfant qu’il était à la fin des années 70, au dernier jour d’école, à la nationale 7, aux séjours dans la Creuse... Surtout, il regarde les passantes et leur imagine un destin. Elles sont jeunes, belles, attirantes et lui il divague, se laisse emporter par son imagination...

Vu le titre, je m’attendais à une variation en finesse sur le thème des vacances, des textes à la Delerm, légers et délicieux. Pour tout dire, ça a été la grosse déception, je me suis retrouvé avec un petit exercice de style tout en futilité. Regarder les jolies filles et fantasmer leur vie, on fait tous ça non ? Là, c’est bien réalisé mais au final on n’est pas loin d’une certaine forme de masturbation littéraire. Le gars sait qu’il a une belle plume mais il ne pense qu’à se chatouiller tout seul dans son coin plutôt que d’en faire profiter le lecteur. Une pratique solitaire qui n’intéresse que lui il me semble. Tout cela m’a paru tellement vain, tellement inutile. Il n’y a rien d’autre à retenir que la vacuité des réflexions, certes bien troussées mais aussi vite lues qu’oubliées. C’est vraiment bien écrit, il y a de forts beaux passages mais j’ai juste eu l’impression de partager les soliloques d’un dandy qui s’écoute parler, tout ce qui me fait horreur quoi.   

Une lecture qui m’a agacé au plus haut point (mais je crois que l’avez compris...).

Petit éloge des vacances de Frédéric Martinez. Folio, 2013. 116 pages. 2 euros.

PS : vous savez quoi, je suis tellement passé à coté de ce texte que je veux bien lui offrir une seconde chance. Alors le premier ou la première qui se manifeste dans les commentaires en précisant qu’il souhaite recevoir ce livre, je lui envoie avec plaisir.


L’avis d’Hélène


jeudi 1 août 2013

Moi après mois : juillet 2013

Moi après mois, d’après une idée de Moka. C’est une grande première, je ne sais pas si je ferai ça régulièrement mais comme je suis en vacances et que j’ai un peu de temps, je me lance.  Et puis bon, c’est une idée Moka et j’adore Moka (elle me le rend bien il me semble). Je m’étais toujours dit que je me prêterai à l’exercice au moins une fois, alors voila. J’espère que vous serez indulgents…


Être sollicité par une chercheuse de l’université // Croiser Hardoc et Hautière par hasard dans une librairie et discuter longuement avec eux de leurs lulus // Amener sa fille une dernière fois à l’école avant le collège // Représenter les collègues au cours d’une réunion houleuse avec la direction pour demander qu’ils soient traités avec un minimum de respect // Recevoir un beau colis de Canel et un livre précieux de la part de Marilyne // Appeler le samu à 4h du mat pour son bébé dans une ville totalement inconnue et tomber sur un médecin de bon conseil qui vous évite de vous précipiter à l’hosto // Faire plus de 2000 km en voiture sans jamais entendre une seule fois bébé pleurer // Porter ce même bébé en écharpe façon kangourou et attirer les regards de la gente féminine // Profiter des vacances en bord de mer pour faire quelques excès alors que l’on est restés sages depuis trop longtemps // Souffrir de la chaleur comme rarement dans une maison trop petite et impossible à aérer // Fêter les 11 ans de sa grande et se dire qu’il y a 11 ans j’avais 10 kilos de moins // Constater une fois de plus que j’ai une femme en tout point admirable // Recevoir un mail qui fait partie de ceux que l’on ne voudrait jamais lire et penser comme Stig Dagerman que notre besoin de consolation est impossible à rassasier // changer de téléphone portable et avoir l’impression de changer de monde // Réaliser et programmer toujours plus de LC BD avec ma partenaire préférée // Passer les 15 derniers jours à lire encore et toujours plus parce que, bordel, il n’y a rien de meilleur quand on a enfin du temps devant soi !

Chiennes de vies - Frank Bill

Bon, après les minauderies cucul la praline de Frédéric Martinez (je vous en parle demain), il fallait que je retourne à la source, que je replonge dans cette littérature américaine cradingue que j’aime tant. En dernière page, parmi une tripotée de remerciements, on peut lire ceci : « Merci à Donald Ray Pollock pour son amitié, son soutien et ses conseils. » Sûr que Frank Bill doit beaucoup à Pollock. Même ambiance de fin du monde dans l’Amérique des paumés, au sud de l’Indiana. Mêmes trouduc alcooliques et violents, accros aux méthamphétamines et vivant dans des mobiles homes entourés de carcasses de bagnoles. Tous voleurs et escrocs à temps partiels, ivrognes à temps plein. Ils ont les cheveux sales, le « regard vide, comme dépouillé de toute étincelle de vie par un dieu qui ne [sait] dispenser que la souffrance. » Ici, on trouve « des couples où les hommes à l’haleine chargée de bière ne savent caresser leur femme qu’à coup de poing, leur offrant généreusement ecchymoses violettes, boursouflures rouge vif et os fracturés. » Ici, ce n’est qu’ « hommes et femmes d’un certain âge aux mains devenues calleuses à force de trimer pour survivre, et qui aspirent au carnage. » 

Dix sept nouvelles en tout où l’on découvre des chasseurs de ratons laveur, des organisateurs de combats de chiens, des dealeurs à la petite semaine, des junkies prêts à tout pour se payer leur dose, des femmes aux mœurs foutrement dépravées. C’est l’Amérique profonde des rednecks où l’on n’hésite pas à enfermer dans un sac un nourrisson né dans l’adultère pour le balancer à la rivière comme un chaton dont on veut se débarrasser et où les rancœurs séculaires entre voisins se terminent dans un bain de sang. Certains personnages se retrouvent d’une nouvelle à l’autre et donnent un semblant de fil conducteur à l’ensemble. Il faut dire que ce monde est tout petit et aux mains de quelques clans. Autre point commun entre ces textes, ils se terminent systématiquement mal, l’espoir n’ayant aucune raison d’être ici-bas.   
    
Âme sensible s’abstenir, un recueil aussi brutal vous secouera forcément. L’écriture est sèche comme un coup de trique, très visuelle. Frank Bill va à l’essentiel, il ne s’embarrasse pas de superflu et ne donne pas dans le gratuitement vulgaire. Chienne de vies s’est vu décerner le titre de meilleur polar de l’année par le magazine Lire du mois d’avril. Je ne vois pas bien en quoi c’est un polar mais on s’en fout un peu. Sachez juste que ça dépote sévère et qu’on en sort pas indemne. Autant dire que j’ai adoré.   


Chiennes de vies : chroniques du sud de l’Indianna de Frank Bill. Gallimard, 2013. 248 pages. 21 euros.

mardi 30 juillet 2013

La vraie vie de Toto : J’adore les animaux

Toto aimerait beaucoup avoir un animal à la maison mais son père ne veut pas en entendre parler. Il faut dire que le garçon possède quelques fâcheux antécédents : plus jeune, il passait son temps à arracher les ailes des mouches et à faire du pâté avec les vers de terre. Sans compter que quand sa grand-mère lui a offert un poisson rouge, ce dernier n’a pas survécu plus d’une semaine. Devant son insistance, ses parents trouvent une solution imparable : s’il rapporte un bulletin sans un seul zéro, il pourra avoir un chien. Autant dire, mission impossible…  

Le personnage de Toto fait immédiatement penser aux fameuses blagues. Déjà présent en BD chez Delcourt, il est devenu depuis peu le héros de mini-romans. Gamin facétieux et déterminé, il va ici tout mettre en œuvre pour faire céder les réticences paternelles en utilisant des procédés  pas toujours très catholiques. L’humour, loin d’être policé, donne plutôt dans l’irrévérencieux et les illustrations de Serge Bloch (connu pour son travail sur la série Max et Lili) sont dans l’ensemble drôles et parlantes.

Ma pépette n°2 (bientôt 8 ans) qui a lu cet ouvrage sur la route des vacances l’a qualifié de « trop classe », ce qui, dans sa hiérarchie de lectrice, correspond au top du top. Je n’irai pas jusque là mais il faut bien reconnaître que ce petit bonhomme malicieux en diable a tout pour plaire au jeune public auquel il s’adresse.

La vraie vie de Toto : J’adore les animaux de Marie-Agnès Gaudrat (ill. Serge Bloch). Tourbillon, 2013. 90 pages. 6,15 euros. A partir de 6-7 ans.


lundi 29 juillet 2013

Les enquêtes du limier T1 : Chien d’aveugle - Jirô Taniguchi

Taku Ryûmon vit quasiment en ermite au cœur d’une région montagneuse. Depuis son chalet, il exerce une activité de détective privé spécialisé dans la recherche de chiens de chasse perdus ou volés. Mais lorsqu’une jeune fille aveugle se fait dérober son chien guide, Ryûmon accepte de faire une exception et il se lance sur la trace du kidnappeur….       

Le dernier Taniguchi en date n’est sans doute pas le meilleur de son imposante production mais il se lit quand même avec un réel plaisir. Adapté d’une série de romans d’Itsura Inami, ce manga mettant en scène un privé un peu particulier ne se caractérise pas par un rythme trépidant et un foisonnement de scènes d’action. Les intrigues sont plutôt convenues et laissent la part belle aux bons sentiments. Ce n’est pas désagréable mais ça manque de peps. Au moins ai-je appris beaucoup de choses sur les chiens d’aveugle et la façon dont on les dresse, sans compter que le dessin de Taniguchi est toujours aussi fluide et aussi lisible. Rien que pour cela, ce volume vaut le coup d’œil.      

Un manga certes loin d’être indispensable mais qui reste néanmoins de fort bonne tenue. Et puis en ce qui me concerne ce titre restera comme la première découverte de cet auteur culte pour ma pépette n°1 qui a beaucoup aimé ces histoires animalières touchantes. Il gardera donc une petite place à part dans la mangathèque familiale.  


Les enquêtes du limier T1 : Chien d’aveugle de Jirô Taniguchi. Casterman, 2013. 228 pages.  

L'avis de manU


samedi 27 juillet 2013

La sauvage - Jenni Fagan

« J’ai été placée à ma naissance, je suis passée par vingt-quatre familles d’accueil avant l’âge de sept ans, j’ai été adoptée, je suis partie à onze ans, et j’ai changé encore vingt-sept fois au cours des quatre dernières années. » Anaïs a quinze ans. Soupçonnée d’avoir agressé une policière, elle est emmenée pour la énième fois dans un foyer pour ados. Au cas où la victime, dans le coma, venait à décéder, Anaïs serait envoyée dans un centre fermé jusqu’à sa majorité, en attendant la prison. Mais si les forces de l’ordre l’accusent, elle est persuadée d’être innocente. A vrai dire, elle ne se souvient de rien.

Au foyer, elle rencontre des gamines de son âge et des garçons un peu plus jeunes. Taciturne, provocatrice, en butte à toute forme d’autorité, Anaïs va peu à peu se rapprocher d’Isla, anorexique et séropositive et de son amoureuse Tash qui se prostitue pour qu’elles puissent louer un appart en sortant du foyer. Mais elle va aussi découvrir Shortie, Dylan, John et quelques autres, enfants en perdition marqués au fer rouge par un passé des plus douloureux. Et si la nouvelle pensionnaire a une réputation sulfureuse à entretenir, elle n’a pas besoin de se forcer pour montrer aux autres qu’il vaudrait mieux éviter de la chercher : « Je déteste dire s’il vous plait, ça me donne l’impression de me rabaisser. Je déteste dire merci. Je déteste dire que j’ai besoin de quelque chose. S’il fallait se lever et demander de l’air tous les jours, je serais déjà morte, putain. »     

Sauvage est roman coup de poing, cru, abrasif. Un récit dur, vulgaire, violent qui met en scène des gamins cabossés. Anaïs est la narratrice. On plonge dans son esprit torturé, ravagé par les psychotropes qu’elle consomme sans retenu. Évoluant constamment à la limite de la schizophrénie, ne cessant de se questionner sur ses origines, elle est persuadée d’être le fruit d’une expérience menée par un laboratoire secret. Totalement insoumise, elle est aussi particulièrement intelligente et lucide. Surtout, elle n’a pas encore tiré un trait sur ses rêves d’avenir.

En filigrane, l’auteur, écossaise, dénonce la façon dont les services sociaux traitent les enfants en souffrance. Elle dresse quelques portraits d’adultes qui frôlent parfois la caricature : il y a forcément un éduc plus compréhensif et humain que les autres, forcément une juge pour enfants incapable d’imaginer que les jeunes délinquants pourront un jour s’en sortir et forcément des forces de police totalement abruties. Mais à la limite peu importe. Le sel du roman tient dans la puissance de l’écriture ultra réaliste, dans la force des dialogues parfaitement crédibles et dans une construction imparable pleine de souffle et de colère contenue.

Un grand premier roman qui secoue furieusement et ne pourra laisser personne insensible. Nul doute que longtemps après avoir tourné la dernière page, la voix d’Anaïs continuera à vous hanter. On prend les paris ?   
Une belle découverte que je dois une fois de plus à Marilyne.


La sauvage
de Jenni Fagan. Métailié, 2013. 312 pages. 19,00 euros. 




vendredi 12 juillet 2013

Saints et pécheurs - Edna O’Brien

Des nouvelles qui se déroulent toutes (sauf une) en Irlande. On y retrouve un ouvrier qui a creusé les canalisations de Londres, une vieille logeuse choquée par les mœurs légère d’une famille qu’elle accueille le temps d’une nuit, un activiste politique à peine sorti de prison et déjà condamné à mort par ses « adversaires », une mère et sa fille, dépitées après leur invitation dans l’une des plus riches familles du village ou encore deux cousins n’arrivant pas à dépasser une querelle de famille séculaire.  

J’attendais beaucoup de ma première rencontre avec Edna O’Brien, grande dame des lettres irlandaises s’il en est. Trop peut-être car au sortir de la lecture de ce recueil, je ne suis pas d’un enthousiasme débordant. C’est certes bien écrit, il y est question de passions, de frustrations, de déceptions, de cet ordre moral typique de la société irlandaise catholique et nationaliste, cependant le tout manque de liant. Les personnages sont bien campés mais mon intérêt a fortement varié d’un texte l’autre et certains m’ont profondément ennuyé. Il y a quand même quelques nouvelles sortant du lot, notamment celles qui ouvrent et ferment le recueil.

Une prose délicate et sensible, une ode à une Irlande de pluie et de tourbières et à sa population la plus ordinaire (dans le bon sens du terme)  mais un ensemble pas suffisamment homogène. Disons qu’en ce qui me concerne Edna O’Brien n’arrive pas à la cheville de Claire Keegan.
 
Saints et pécheurs d’Edna O’Brien. Sabine Wespieser éditeur, 2012. 228 pages. 21,30 euros.

jeudi 11 juillet 2013

Pendant les combats - Sébastien Ménestrier

J’aime que l’on me confie des livres précieux. Par précieux j’entends des livres que l’on a particulièrement appréciés et que l’on a envie de partager. Par exemple quand Marilyne qualifie un texte de « merveille » et qu’elle me l’envoie, je sais d’avance que je vais me régaler. Pour le coup, ça n’a pas manqué.     

Joseph et Ménile se connaissent depuis l’enfance. Quand le premier entre dans la résistance par conviction, le second le suit sans trop réfléchir. Ils multiplient les actions plus ou moins spectaculaires et finissent par être arrêtés. Au moment où leur amitié passe au révélateur des interrogatoires, les choses vacillent : « J’ai donné Joseph. La nuit, quand les soldats sont venus, ils nous ont mis dans ce camion. Joseph et moi, on s’est regardés. On tiendrait l’un pour l’autre. On tiendrait. »

Ce pourrait être l’histoire d’une amitié trahie mais les choses ne sont pas si simples. Disons que l’on y découvre un homme qui renonce, vaincu par la tristesse : « C’est la tristesse, Jeanne, c’est la tristesse qui m’a eu. » C’est une tragédie en cinq actes dont on connait d’avance la funeste conclusion. C’est beau parce que malgré les circonstances, tout cela reste pétri d’humanité. Et puis c’est l’écriture que j’aime. Peu de mots, zéro dialogue, des phrases courtes, des petits  paragraphes qui claquent comme autant de micro-chapitres. La suggestion est tellement plus forte que les descriptions les plus précises : « On l’a conduit dans le bureau du colonel. On l’a fait asseoir en face de lui. Joseph n’a rien dit. Après ils l’ont mené dans un réduit, au fond du couloir, et ils lui ont fait mal, longtemps. Lorsqu’il est remonté par l’escalier, la nuit tombait, ses jambes tremblaient. » Tout est dit sans jamais rentrer dans les détails. Une puissance d’évocation tellement plus parlante, tellement plus forte…

Pendant les combats est un magnifique texte. Un premier roman qui, sous son apparente concision, se révèle particulièrement ambitieux. Et surtout particulièrement réussi. Applaudissements, comme dirait Marilyne.


Pendant les combats de Sébastien Ménestrier. Gallimard, 2013. 94 pages. 9,50 euros.

mercredi 10 juillet 2013

Sirène - Daphné Collignon

Au Maroc, Magda est enceinte de Nour. Ça fait deux ans qu’ils sont ensemble mais elle n’ose pas lui avouer cette grossesse en cours : «  Tu sais ce que c’est un enfant hors mariage au Maroc ? En particulier chez Nour ? C’est la honte, pour moi, l’enfant, le père, toute la famille. Un bâtard né dans le péché. Tu vois l’idée ? » Lorsqu’elle lui annonce la nouvelle par téléphone, le futur père n’est pas content. Pas content du tout : « Il a dit qu’il ne voulait pas en entendre parler, et qu’on avait déjà assez de problèmes comme ça. » Alors Magda décide de prendre la route. De la côte atlantique aux confins de l’Atlas, elle traverse le Maroc et ne cesse de se questionner. En chemin elle rencontre une jeune femme rousse qui semble être tout droit sortie de l’océan. Une jeune femme muette qui va croiser son chemin à de nombreuses reprises et qui semble veiller sur elle d’une étrange façon…

Un portrait de femme qui se veut touchant et intime mais pour le coup, j’avoue que la femme qui sommeille en moi est restée bien cachée. Je comprends qu’avec certaines lectrices ce récit puisse faire « tilt » mais en ce qui me concerne il a fait « plouf ». Sirène est selon moi une BD très sexuée. Le questionnement autour de la maternité, de cet enfant à venir que l’on désire ou pas, tout cela m’a laissé parfaitement insensible (quel salopard je fais quand même !). Aucune empathie pour Magda, aucune envie de la plaindre ou d’espérer que sa situation s’améliore, je n’ai finalement trouvé que très peu d’intérêt pour cet album (punaise, il est temps que je parte en vacances le cynisme professionnel dans lequel je baigne depuis quelques semaines commence sérieusement à jouer sur mon humeur). Le problème c’est que le propos est confus, il laisse place à trop d’interprétations possibles. On voit les doutes et les hésitations, la difficulté de la situation mais il n'est pas évident au final d’y voir clair. Qui est notamment cette jeune fille rousse surgit de nulle part ? Le double de Magda ? Son ange gardien ? Un miroir déformant ? L’image de son destin à venir ? Et puis la correspondance de l’héroïne, insérée au fil des pages dans de nombreux encarts, se perd dans un lyrisme très cucul qui ne relève pas le niveau d’ensemble.  

Graphiquement c’est très beau. Dessin généreux, couleurs franches, beaucoup de gros plans… il faut reconnaître que le trait de Daphné Collignon est des plus séduisants. Malheureusement ça ne suffit pas à faire une bonne histoire et la narration souffre d’une construction que je qualifierais volontiers de «nébuleuse ».

Un album bien trop hermétique pour moi. Ça m’agace de refermer un livre en me disant que je n’ai pas tout compris mais il faut parfois avoir l’honnêteté de reconnaître ses limites… Bon ce qui me rassure c’est que ma binômette habituelle de lecture commune s’est sentie aussi paumée que moi. Du coup je me sens moins seul mais ça ne changera rien à mon ressenti très défavorable.

Sirène de Daphné Collignon. Dupuis, 2013. 68 pages. 14,50 euros.

L'avis de Mo'
L'avis d'Oliv





mardi 9 juillet 2013

L’expédition du Poisson Parlant - W.E. Bowman

Engagé par son ami Wagstaff pour relater une expédition dont le but est de retrouver une espèce de poisson capable de parler (oui, oui, vous avez bien lu, d’ailleurs ce poisson s’appelle le « buburup »), Binder, le narrateur, se retrouve sur un radeau en plein océan pacifique avec pour compagnons d’aventure quelques zigotos affiliés au club des Martyrs. Ces masochistes patentés pensent qu’un explorateur digne de ce son nom se doit de souffrir en permanence. C’est ainsi que le dénommé Batters passera (de son plein gré et avec un plaisir non dissimulé) toute la traversée immergé dans la grande bleue la tête coincée entre deux rondins du radeau. Quant aux autres, ils se nourriront exclusivement de mastic et de sciure de bois. A noter également qu’une drôle de ménagerie, composée notamment d’une huître, d’une grenouille et d’un couple de chats complètent cet équipage de bras cassés qui ne va cesser d’enchaîner les épisodes rocambolesques. Ainsi, après avoir mangé des poissons radioactifs, les félins vont se multiplier de façon exponentielle. Un événement à priori anodin qui va pourtant mettre en danger l’équilibre géopolitique de la planète…

Soyons honnêtes, on n’est pas loin du grand n’importe quoi avec ce roman "So British" ou l’humour très particulier de nos amis anglais éclabousse de sa douce folie l’ensemble de cette improbable expédition marine. Pas pour rien que cet ouvrage datant de 1957 et publié pour la première fois en français fait partie de la collection « Les insensés » des éditions Wombat. Si certains lecteurs (dont je fais partie) trouveront ce court roman hilarant, je ne doute pas que d’autres pourront le qualifier de « complètement c** ». Disons que si les sketches des Monty Python ne vous ont jamais arraché le moindre sourire, mieux vaut passer votre chemin. Sans être fan, j’aime beaucoup, à petite dose, me plonger dans cette forme d’humour très particulière, souvent proche de l’absurde. A n’en pas douter, W.E Bowman fait partie de ces génies loufoques dont la perfide Albion a le secret.

Après le Wilt du regretté Tom Sharp et le Harry de Jack Trevor Story, voila donc ma troisième rencontre avec cet esprit de dérision typiquement anglais qui reste malgré les apparences d’une grande finesse. Amateurs du genre, vous pouvez foncer, vous ne serez pas déçus.  

L’expédition du Poisson Parlant de W.E. Bowman. Wombat, 2013. 152 pages. 16,00 euros.

dimanche 7 juillet 2013

Le guide des voyages (1)


Ceux qui passent ici régulièrement se souviennent peut-être que depuis 1 an et demi  je collabore à la revue en ligne Les années. J’y ai notamment en charge la rubrique BD. Si la revue s’éclipse le temps des vacances, nous avons choisi de la remplacer par Le guide des voyages, un «périodique sporadique » qui devrait compter quatre numéros entre juillet et août. Le principe est simple, cette publication de 12 pages regroupe des chroniques livresques réparties en trois catégories : Pays chauds (des ouvrages que l’on a aimé) ; Pays froids (des ouvrages que l’on n’a pas aimé) ; Ailleurs (où l'on parle de quelque chose qui a à voir avec la littérature sans en être directement : une maison d'écrivain, un recueil de photos, une bio de compositeur, de peintre...).

J’aime bien ce principe. Après tout, le voyage c’est comme la lecture, il y a de bonnes et de mauvaises surprises.

Ce premier numéro chronique 11 livres en tout. Parmi les pays froids, une descente en flèche de Christine Angot (Une semaine de vacances), Grégoire Delacourt (La liste de nos envies) et Caryl Férey (Petits polars du Monde). Du coté des pays chauds, nos « chouchoutes » Annie Ernaux et Jeanne Benameur mais aussi, Mathias Énard, Shumona Sinha,  Hervé Bazin, Jérôme Ferrari…

Si vous souhaitez recevoir directement chaque numéro par mail, n'hésitez pas à me le demander, je me ferais un plaisir de vous l'envoyer ;)