vendredi 30 novembre 2018

Neuf histoires et un poème - Raymond Carver

Que ça fait du bien de relire Carver ! Quand rien ne t’enthousiasme vraiment et que tu regardes les bouquins qui t’attendent sur leurs étagères avec autant d’envie qu’un gamin devant une assiette de choux de Bruxelles, tu te dis qu’il est temps de revenir aux fondamentaux. Et chez moi Carver fait partie des fondamentaux, au même titre que Bukowski, Selby, Fante ou Calaferte. Des gars que tu fréquentes depuis longtemps, que tu retrouves régulièrement avec plaisir et qui ne te décevront jamais.

Avec Carver la messe est dite d’emblée, on crie au génie ou on fuit : des nouvelles, une écriture minimaliste, des petites gens, des petites vies à la dérive, des petits rien du tout. Pas de chute, pas de grandiloquence, pas d’effet de manche, pas d’esbroufe, pas de larmes. Juste des micro-événements, des douleurs qui affleurent, des moments où l’on est sur le point de basculer. Ici un couple qui jalouse ses voisins, ici un homme qui met sa femme au régime, ici un autre homme qui va voir ailleurs si l’herbe est plus verte, ici un vendeur d’aspirateurs en pleine démonstration, ici de vieux souvenirs amers, ici une partie de pêche en cours malgré ce cadavre dans la rivière, ici l’enfant est mort, ici il faut se débarrasser du chien…

Carver déroule sa partition sur un rythme tranquille, sans accélération ni gros coup de frein. C’est fluide, ça coule tout seul, c’est la mise en scène d’un quotidien sans lumière, de vies à deux qui s’effritent, d’une misère affective sans misérabilisme. C’est fluide et petit à petit l’émotion surgit, on ne sait jamais vraiment pourquoi. Mais c’est là, au creux du ventre, ça vrille, ça monte, et ça s’arrête toujours avant d’en faire trop.

Neuf histoires et un poème qui ont inspiré le film Short Cuts de Robert Altman. Neuf histoires et un poème pour un bal des médiocres loin de toute flamboyance dont l’inclassable beauté vous touche alors que vous ne vous y attendez pas. « C’est pas grand-chose, mais ça fait du bien ». C’est le titre d’une des nouvelles de ce recueil et c’est l’effet que me fait Carver depuis que l’on m’a mis un jour un de ses livres entre les mains.

Neuf histoires et un poème de Raymond Carver. L’Olivier, 2018. 175 pages. 12,90 euros.








16 commentaires:

  1. Cela fait un bail que je veux lire cet auteur, et la sortie de ce recueil est l'occasion rêvée, il a déjà rejoint ma PAL. Si en plus tu valides !

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  2. Je vais le lire, j'adore Carver !

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  3. Je comprends bien que Carver fait partie des fondamentaux. Et Les éditions de L'olivier ont fait un super travail de traduction et réédition. J'ai collectionné les titres précédents ( en mode Oeuvres complètes :)). C'est chouette de recroiser Carver sur un blog.

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  4. ah oui, lu l'an dernier et tu as raison, je lis un livre et je suis mitigée et du coup je lorgne vers mes livres ... tu vas finir par me convaincre de changer !

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  5. "...Carver...Bukowski, Selby, Fante"
    Pareil !!!
    (Calaferte à creuser)

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  6. Carver et moi sommes fâchés, j'ai essayé de le lire à moult reprises et ça ne passe pas.

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  7. Réponses
    1. Le requiem des innocents peut être parfait pour commencer. Ou si tu veux attaquer directement par son chef d'oeuvre tu peux te lancer dans Septentrion (mais attention, lecture exigeante).

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  8. Ha dis donc, quand tu t'y mets... ^_^

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  9. Comme toi, en cas de panne de lecture, je reviens aux fondamentaux

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  10. Tu reprendras bien un peu de chou de Bruxelles ?

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  11. c'est un de mes livres préférés. Et j'ai beaucoup aimé le film aussi.

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  12. Rhaaa, il y a un Carver que je m'étais notée dans ma tête, vraiment susceptible de me plaire mais j'ai oublié lequel (et là je viens de lire tous ses titres mais ça ne me revient pas...). Un auteur toujours pas lu mais peut-être un jour, comme Buk.^^

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  13. J'aime et je connais Bukowski ou Fante, mais pas les autres... (Carver ou Selby de nom seulement)

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  14. Je ne l'ai jamais lu mais je retiens. Tiens, j'ai l'impression que tu as toujours un petit coup de mou en fin d'année ;), mal placée car le mien a quasiment duré toute l'année…. Pfff

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