jeudi 19 juillet 2018

Brasier noir - Greg Iles

Accusé d’avoir euthanasié une infirmière noire avec laquelle il travaillait dans les années 1960, le docteur Tom Cage refuse de répondre à la justice, se retranchant derrière le secret professionnel. Son fils, ancien procureur devenu maire de Natchez, Mississipi, va tenter par tous les moyens de l’innocenter. Pour y parvenir, il va devoir se plonger dans le passé d’une communauté meurtrie par les crimes du Ku klux klan. Se faisant, il va remuer des souvenirs que bien peu de monde en ville souhaite voir remonter à la surface.

Quelle déception, mais quelle déception !  Il avait pourtant tout pour me plaire ce monumental pavé. D’abord avec son sujet au cœur des préoccupations d’une Amérique dans l’incapacité de solder les épisodes nauséabonds d’un passé toujours très présent, ensuite avec son traitement que j’imaginais fouillé (vu le nombre de pages !) et enfin avec son ambiance brûlante magnifiée par des personnages et des décors caractéristiques du Sud profond. Tout s’annonçait donc bien et pourtant, patatras !

Premier écueil, j’avais beau savoir que j’avais dans les mains le volume inaugural d’une trilogie, je ne pensais pas pour autant que la conclusion me laisserait à ce point sur ma faim. C’est simple, j’ai eu l’impression d’avoir été abandonné au milieu du gué et pour ainsi dire pas plus avancé qu’au premier chapitre. Après plus de 1000 pages quand même !

Deuxième gros souci, la question raciale n’est absolument pas le nerf de la guerre pour les protagonistes. Du moins pour ceux menant les investigations. Le maire veut juste sauver son père, sa future femme cherche la gloire et un éventuel Pulitzer, le journaliste d’investigation œuvrant depuis des décennies pour la vérité le fait en souvenir de son enfance, l’agent du FBI veut venger la mort de l’un de ses collègues, etc. Tous sont blancs et aucun d’eux, à aucun moment, n’agit pour la communauté noire. Leurs actions pour connaître la vérité ne sont guidées que par une histoire ou des intérêts personnels, absolument pas par de quelconques convictions politiques. C’est du moins l’impression qu’ils donnent et c’est plutôt gênant.

Troisième problème, l’écriture (ou la traduction) est d’une grande platitude. C’est simple, il n’y a quasiment que des dialogues entrecoupés de descriptions au ton journalistique. C’est rythmé et bien mené mais littérairement, ça ne vole pas haut. Bien sûr le suspens ne cesse de croître, la tension monte et on se prend au jeu mais ce genre de page-turner d’une redoutable efficacité privilégie la forme au détriment du fond, ce qui est bien dommage. La scène finale, digne d’un film d’action, cherche à en mettre plein la vue mais je l’ai trouvée aussi inutile qu’excessive, pour ne pas dire ridicule.

Pas grand chose à sauver donc, de mon point de vue du moins. Qu’un sujet aussi sensible soit traité à la manière d’un thriller jouant davantage sur la corde du « divertissement » que sur l’aspect social et sociétale me pose un vrai problème. Je me passerai sans regret du second tome et pour ce qui est d’éclairer « avec maestria la question raciale qui continue de hanter les États-Unis » (dixit la 4ème de couv), je préfère retourner vers le fabuleux Ernest J. Gaines.

Brasier noir de Greg Iles (traduit de l’anglais par Aurélie Tronchet). Actes Sud, 2018. 1050 pages. 28,00 euros.




Une lecture qui valide ma participation au



26 commentaires:

  1. C'est d'autant plus frustrant d'être déçu quand on a affaire à un pavé... le début de ton billet m'a fait saliver, le synopsis était en effet très alléchant. Je viens de terminer aussi mon premier pavé de l'été, qui a été le contraire d'une déception (Les disparus de Mendelsohn).

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  2. Je viens d'en terminer la lecture et tout comme vous j'ai peiné à aller au bout et quelle déception en effet : tout ça pour ça !
    J'ai pense (dans le genre somme romanesque) à "la Griffe du chien" et "Cartel" de Don Winslow, ces romans qui donnent la sensation de faire le tour complet d'une question cruciale et complexe...Une réelle densité dans laquelle pourtant on ne se perd jamais.
    Avec Brasier noir, j'ai été perdue dès le début et je me suis littéralement accrochée à la couverture du livre dans l'espoir,vain, de voir une lueur apparaître au loin...

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  3. Je l'ai abandonné au bout de 350 pages (quand même), alors que j'étais persuadée que j'allais aimer, déçue parce que je trouvais que ça tournait plus ou moins en rond, trop de détails sans que les choses avancent réellement : avec moi, même le côté thriller n'a pas fonctionné ...
    Du coup, ta lecture s'est avérée un véritable challenge, réussi au final, mais dommage que ça ne se soit pas mieux passé.

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  4. Ahaha, j'adore tes billets "déception" ! Je ne savais pas que tu traversais l'enfer toi aussi pendant que je galérais avec Guerre et Paix.^^ Bon, 1000 pages c'est déjà bien, et courageux finalement vu que ça ne semblait pas gagné dès le départ cette affaire.

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  5. Tu es arrivé au bout? Tu es bien courageux . Ce que tu en dis m'incite à penser que j'aurais abandonné bien avant.

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  6. Oh punaise, je n'aurais pas eu la force de lire les mille pages. :-o
    Bravo.

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  7. ah bah mince alors, j'avais prévu de le lire cet été, tu me refroidis bien. je vais y jeter un coup d'oeil voire deux quand même histoire de me faire une idée. merci pour ce billet que moi même j'ai du mal à en dire quelque chose quand j'ai été déçu.

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  8. Quelle déception! Se taper un pavé pour au final pas grand chose, c'est rageant!

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  9. Merci pour l'info, j'allais m'y coller... Je renonce !

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  10. Le prochain pavé sera le bon :)

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  11. Ouh punaise, plus de 1000 pages pour un polar, tu es devenu fou !
    En même temps, c'est vrai que le résumé donne sacrément envie. Heureusement que tu es là pour remettre les choses au clair.

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  12. bon .. mon pauvre ! tu enchainais les déceptions puis ça repartait au beau fixe et pavé de l'été se transforme en épreuve de force ! merci de m'éviter une grosse déception.

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  13. Et toi qui n'aime pas les pavés !!!! Au moins, tu auras valider ta participation au challenge de Brize .... Une toute petite consolation ^-^

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  14. Et bien bravo pour l’avoir lu en entier, moi je n’aurai jamais eu le courage de le finir !

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  15. Désolée, mais je ris dans ma barbe. Mon pauvre...
    Ton billet me pousse à aller du côté de Ernest J. Gaines. Depuis le temps que tu titilles ma curiosité avec cet auteur. Dis-moi, grand maître, je commence par lequel?

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  16. je fuis, je fuis!!! Merci de nous prévenir:)

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  17. merci de l'avoir lu pour moi! je vais fuir ce roman, évidemment!

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  18. Dommage ! surtout pour un pavé, tu as eu du courage de lire jusqu'au bout... j'ai eu plus de chance avec le mien : c'est "22/11/63" de S. King, si tu ne l'as pas lu je te le conseille !
    Bises et bon été !

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  19. Merci, merci ! J'ai hésité à me lancer dans cette somme, tu rafraichis mes ardeurs, tant mieux.

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  20. Dommage ! Les 4ème de couv sont parfois terriblement décevantes.
    Je te souhaite un bon mois d'août !
    Biz
    Syl.

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  21. Je crois bien que c'est le premier avis négatif (et très négatif) que je lis sur ce roman.

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  22. C'est vrai qu'il a l'air super intéressant, je pense que je vais passer mon chemin sans regret.

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  23. ça arrange ma liste d'envies !

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  24. Oh lala, une déception après 1050 pages!!! tu as été bien courageux de le terminer! perso si je sens que ça ne prend pas, je laisse tomber à même pas 100 pages!

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  25. J'ai pas mal tourné autour à sa parution, et j'ai renoncé, je crois que j'ai bien fait !

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  26. Tu as le mérite d'être allé au bout.
    Moi j'ai pris mes distances avec Don Quichotte. Je sais. C'est mal. Mais je vais y revenir.

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