mardi 13 mars 2018

Soixante-douze heures - Marie-Sophie Vermot

Voilà, il est né, Max. Il est né à 15 heures le 15 avril. Trois kilos six cent vingt grammes. Irène a choisi elle-même son prénom. Elle a accepté qu’on le pose sur elle. Ce bébé qu’elle vient d’expulser de son corps est le sien pour la vie. Elle le sait. Et le fait de l’abandonner à la naissance n’y changera rien.

Irène, 17 ans, élève de première. Il a suffi d’une fois, sa première fois, pour qu’elle tombe enceinte. Elle a pu cacher se grossesse le plus longtemps possible. Ses parents ont évidemment mal pris la chose. Leur petite fille modèle qui attend un bébé, bonjour le choc ! Maintenant que le mal est fait, sa mère voudrait la convaincre de garder l’enfant. Irène a soixante-douze heures pour revenir sur sa décision. Mais la jeune fille semble sûr d’elle, inébranlable. Ce bébé a beau être le sien, elle n’envisage pas une seconde de l’élever.

Soixante-douze heures dans la tête d’Irène. De son accouchement au moment où elle quitte la maternité. Irène avec sa mère, Irène avec la psy, Irène avec l’assistante sociale. Et le temps qui passe jusqu’au moment de signer les papiers faisant de Max un enfant né sous X. La jeune maman revient sur le moment où sa vie a basculé. Elle revient sur son environnement familial, sur sa relation difficile avec sa propre mère, sur l’amour qu’elle porte à sa jeune sœur handicapée mentale, sur sa grand-mère qu’elle adore, sur ses vacances d’été avec sa meilleure amie Nour. Les heures passent et Irène vit un tourbillon intime. Elle dit en toute sincérité à la fois son attachement à Max et sa conviction d’avoir fait le meilleur choix. Pour lui mais aussi pour elle.

Un roman jeunesse qui, malgré son sujet, ne joue pas sur le registre de l’émotion et c’est tant mieux. Il y a chez Irène quelque chose de froid, d’analytique, de réfléchi. Elle n’est pas vraiment touchante, on n'a pas vraiment envie de la plaindre mais son cheminement intérieur et sa maturité fascinent. A la fois forte et fragile, elle se pose évidemment une tonne de questions mais elle assume et ne se laisse pas influencer.

Un texte aussi percutant qu’atypique, qui ne nous emmène pas sur des sentiers où tout semble couru d’avance. Le thème de la maternité est abordé de manière frontale, sans jugement ni bienveillance mal placée. C’est cru, réaliste, sensible et surtout d’une grande subtilité.

Soixante-douze heures de Marie-Sophie Vermot. Éditions Thierry Magnier, 2018. 170 pages. 13,00 euros. A partir de 15 ans.


Une pépite jeunesse évidemment partagée avec Noukette.
















16 commentaires:

  1. Tu as fini de me convaincre de lire ces 72 heures. Je suis curieuse de lire ce qu il se passe dans la tête de cette ado.

    Tiens, je croyais que l 'on ne pouvait plus accoucher sous X ! ?

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    1. Aucune idée, je ne suis pas franchement au point sur les aspects juridiques de la question.

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  2. Un thème dur mais qui semble bien traité, voilà qui me donne très envie :)

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  3. Comme chaque mardi ou presque, je suis tenté !

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  4. Hmm là j'avoue, le thème ne me parle pas du tout, surtout que c'est vraiment très centré là-dessus, pas d'à-côté a priori. Je m'en vais me replonger dans Sauveur & fils.^^

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  5. Percutant oui. Malgré la distance voulue, on ne sort pas indemne de ce texte... Bonne pioche !

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    1. On ne peut pas en sortir indemne, non, et heureusement quelque part.

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  6. Pauvre petit Max. C'est ce que j'ai pensé en lisant ce billet.

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    1. C'est sans doute lui le plus à plaindre dans cette histoire en effet.

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  7. Je suis un peu déçue par ce texte. Je trouve que les problèmes de la famille (soeur, grand-père avocat ...) prennent trop de place. Même chose pour "l'accident" de la copine à la mer. Ça vient faire quoi ? Du coup je n'ai pas réussi à vraiment entrer dans le roman.

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  8. Un thème pas facile à traiter... Je pense qu'on n'a pas grand-chose sur le sujet, je le note.

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    1. C'est un sujet rarement abordé il faut dire.

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